Deux comédiennes en vadrouille
ou comment se déroule notre "Voyage au bout du théâtre" en Amérique du Sud


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Last days in South America ... last photos ...

Notre voyage au bout du théâtre est arrivé à sa fin ... mirez les visages impatients des 2 baroudeuses.

Et pour fêter tout ca bien sûr, pour ceux que ca intéresse, quelques photos de nos derniers jours à Cali à partir d' ici, et en Equateur ici.

A très vite en terre francaise.

"Las 2 que no" (private joke)



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Publié à 11:31, le 31/05/2009 dans Équateur, Guayaquil
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Colombie, suite et fin de l'investigation : La Mascara et El Presagio

On n'y croyait plus et pourtant ... ca y est, les 2 mémés-voyageuses bouclent enfin leurs interviews colombiennes avec ces deux dernieres rencontres. On dit bravo, s'il vous plait ! Fin de voyage oblige, envie de faire bien autre chose que de se repencher sur l'investigation, qui est officiellement terminée depuis l'Equateur, et d'écouter les vieux grésillements du dictaphone (marche de moins en moins bien le pauvre).
Cali. Pour cette interview-là, j'ai en face de moi 3 Dames de Pique, profondément engagées dans leur combat pour la femme. D'âges différents certes, mais avec cette même flamme dans le regard. Du talent, du vécu, de la volonté et de la colère, il y a tout ça dans leurs yeux. Lucy, Suzana et Pilar, du Teatro La Mascara, à Cali. Les voici en photo, et ici leur interview.
Lucy, Pilar, moi, Suzana.
Cela dit, il y a quelque chose qui me dérange.
L'impression qu'elles sont imperturbables, que leur but, l'objectif de leur vie est déjà ancré en elles, que la ligne est tracée voire incrustée dans leur parcours et que rien ne pourrait les faire ployer. C'est beau et tout à la fois, ça vous glace les sangs. Où est la marge d'erreur dans tout ça ? Ou est l'humanité ? Oui, je sais qu'elle existe, que ces 3 artistes ont un coeur gigantesque qu'elles voudraient éparpiller un peu partout, mais il y a tant de rigité dans tout ca ! Est-ce nous ? Ou bien elles ? On ne sait pas trop comment se comporter, comment réagir. Si on a le droit de plaisanter et de poser des questions simplistes (ce qui est le cas des notres parfois). Peut-être est-ce un jour "sans", un jour où rien n'a commencé comme elles le souhaitent, toujours est-il qu'on ne se sent pas vraiment bienvenues, avec Nasta. Pourtant, l'espace en lui-meme, une fois encore, est sympa, petite caféteria à l'étage qui donne sur la rue, pas un chat vu l'heure, mais un temps délicieux qui mettrait tout un chacun de bonne humeur. Heureusement qu'il y a Pilar, la douce ... avec elle, on s'extasie un peu plus que sur la taille incroyable de notre microphone, elle approfondit quand a leur travail au sein des communautés minoritaires et cherche à en savoir plus sur notre investigation. C'est toujours plus agréable. Quand la discussion ne vient que d'un seul coté, ça rend la communication beaucoup plus poussive. Ça donne envie d'en finir vite, et d'aller se boire un jugo plus bas dans la rue pour se détendre.
 
C'est quand même dommage, quand on connaît un peu le parcours de la Mascara, groupe phare de Cali après le TEC.
 
Ce qui est étonnant c'est que le groupe était mixte au départ, et peu à peu les hommes ont quitté le navire (mais pourquoi ?) laissant place à un engagement de femmes (pour ne pas dire "féministe" parce que le mot serait mal choisi) ultra prononcé.
Curieux, non ?
Je passe la plume a Nast' ...
Visite éclaire à Cali = emploi du temps bien chargé !
L'interview avec les femmes de La Máscara a peine bouclé, on saute dans un taxi pour filer un peu plus au sud de la ville, où nous attend le groupe de théâtre El Presagio. Toujours à flanc de colline, un peu surelevé... qui sait, peut-être est-ce plus propice au théâtre, un peu de hauteur ?
Le taxi nous dépose devant la porte, des jeunes gens arrivent tour à tour, avec des drôles d'instruments. On demande : "vous êtes du Presagio ?" "Si senoritas !"
 
Et on est pas les seules à être là pour les interviewer : la télévision filme elle aussi la répétition (damned, ce n'est pas une caméra, c'est un mastodonte !). C'est que dans quelques jours commence le festival de théâtre international de Cali (encore un festival qu'on aura raté... heum heum), et que le Presagio est au programme.
On filme donc l'extrait de la pièce Oedipe, poème dramatique en un acte, qui transpose le mythe d'Oedipe au monde contemporain, et à la réalité colombienne.
Les comédiens sont disposé en demi-cercle, et souffle dans leur dijeridoo, dont l'extrémité et plongée dans l'eau. Statiques, peu de texte, l'esthétique est sobre, et c'est plus l'ambiance créée qui nous transporte, qu'un récit ou des personnages. On aurait bien voulu en voir plus.

 Quelques minutes plus tard, tout le groupe s'est assis à une table, prêt à répondre à nos questions. Le théâtre du Presagio, c'est le projet d'un groupe de jeune issu de l'École des Beaux Arts. Même s'ils sont encore des "gitans du théâtre" (dixit eux-mêmes, lire leur fiche), sans espace fixe, ils forment un groupe stable dans la cité du diable - nom donné à la ville de Cali, allez savoir pourquoi !. Leur travail se concentre sur les sensations, les atmosphères, les ambiances, et c'est ce qui constitue leur marque de fabrique, loin de tout réalisme.
 
On achève l'interview, et on nous demande de faire silence : le mastodonte s'apprête lui aussi à filmer une interview, juste à côté. On plie bagage, en rangeant notre modeste - mais précieuse - Didine.
 
La rencontre fut courte, peut-être un peu trop, et pas toujours facile d'enchaîner les interviews et d'arriver à chacune d'elles curieuses. Surtout après plusieurs mois d'investigation théâtrale... allez, notre documentaire sur le théâtre colombien sera, je crois, plus que complet, il s'agit maintenant de s'attaquer à la suite du théâtre équatorien !
... à suivre...



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Publié à 09:55, le 13/05/2009 dans Colombie, Cali
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A Cali toujours, Cualquiera Producciones !

Ah, ces Colombiens !

Y a pas à dire, ils sont exceptionnels. Tenez, Cualquiera Producciones par exemple : cela fait depuis que nous avons posé le premier pied en Colombie (le droit, c'est sûr, je m'en souviens bien) que nous sommes en contact avec leur directeur, Ariel Martínez.
C'est grâce à eux que nous avons pu rencontrer le jeune dramaturge Enrique Lozano à Bogotá (pour ceux qui suivent), et c'est grâce à eux que notre investigation à Cali aura été plus que largement facilitée : rendez-vous fixés, agenda rempli... s'il y avait eu des groupes comme ça dans chaque ville, on n'aurait plus eu qu'à demander des vacances !

Évidemment, ils ne se contentent pas de nous aiguiller dans notre investigation théâtrale, non. Il nous font découvrir Cali, ses bars à salsa où on tournicotte jusqu'à pas d'heure, le maïs grillé sur la colline de San Antonio, le rhum blanc qui se boit accompagné de bière (ils sont fous, ces Colombiens !) et l'aguardiente del Valle, qui est bien sûr meilleur que celle de Medellín (ben voyons).

Mais revenons au théâtre, puisque c'est ce qui nous intéresse. Heum.
Noooon, je sais qu'il y en a plein qui sont intéressés par la face cachée du voyage, mais vous ne saurez rien ! Les potins, ça sera pour le retour (faut bien qu'on ait encore quelque chose à raconter...).

Donc, après deux jours d'escapade à San Cipriano, à quelques heures de bus de Cali, dans un village tout petit, doté d'un fleuve, où on se croirait directement débarqué en Afrique, puisqu'on est, je crois, les seules blanches. Deux jours, donc, de baignade dans le fleuve et de sirotage de jus de fruit.



Nous revenons le lundi soir, pour filer à la répétition de Cualquiera Producciones : même pas douchées, les cheveux qui sentent la baignade, c'est à peine si on a eu le temps d'enlever les maillots de bain.

C'est Andrés qui nous accueille, et nous fait pénétrer dans la salle. Sur la scène, un grand filet, des paires de chaussures éparpillées, et 4 acteurs en tenue de militaires. La pièce parle de la guerre, cela ne fait aucun doute. Ils nous montrent quelques extraits, tandis qu'Ariel fait quelques remarques, depuis le fond de la salle.



Ensuite, nous faisons l'interview (jamais facile d'interviewer un groupe, mais on vous l'a déjà dit, non ?), sur la scène. Il y en a de plus bavards que d'autre, comme toujours, certains qui font de grands détours avec foule d'anecdotes, et d'autres qui ne disent tout simplement rien. Le mieux, c'est encore d'aller lire la fiche ! Ce qu'ils disent de leur travail, et du rôle de l'artiste de théâtre vaut le détour par blogspot ;)

(De gauche à droite : Wendy, Ariel, Nastassia, Andrés, Paola, John Alex et Oscar)

J'allais oublier, Cualquiera Producciones , ça veut dire à peu près : "N'importe quelles Productions", ou "Productions Quelconques". Ils montent des pièces écrites par Enrique Lozano - qu'ils surnomment tous affectueusement "Quique" - le dramaturge rencontré à Bogotá.
L'important pour eux ? Ne pas oublier que derrière chaque guerre, chaque conflit, il y a des être humains. Et le théâtre est là pour ça : "récupérer" l'humain.
Ils sont aussi à la base d'un portail internet sur le théâtre à Cali
, qui va s'étendre à toute la Colombie.

Une compagnie, jeune, fraîche, pleine d'initiatives pour rendre le théâtre attrayant et accessible. Et bien sûr, ultra accueillants.
D'ailleurs, après l'interview, on est invitée à manger sur la colline de San Antonio, et à boire un petit verre d'aguardiente tout en apprenant quelques pas de salsa. Ça ne se refuse pas, non ?! Si ??? Non.



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Publié à 04:54, le 2/05/2009 dans Colombie, Cali
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Photos d'Equateur, dernière ligne (pas vraiment) droite avant le retour ...

Et voici les nouvelles photos, dans :

 Equateur - Cuenca

Equateur - Guayaquil

Bises de nous 2, on se porte bien ;-)



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Publié à 02:17, le 2/05/2009 dans Équateur, Guayaquil
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Une maison de marionettes à Cali, Colombie

Une boîte à marionettes en plein centre de Cali. C'est ce qu'on nous propose de rajouter à notre investigation, et l'idée nous botte, même un lendemain de soirée salsa au Tin Tin Deo. Mirez les apprentis-danseuses que nous sommes ...
Dimanche matin donc, le tête qui bourdonne encore des rythmes latinos de la veille, nous voilà en train d'arpenter les ruelles de San Antonio, quartier "bohème" de Cali, beaucoup plus attrayant que le centre (tout vilain et puant la friture).
Il n'y a pas un chat sur les trottoirs, silence de weekend, on entendrait résonner nos propres pas jusqu'à Bogotá. Le soleil lui par contre, est déjà là, tout brûlant au dessus de nos têtes. Et à force de tourner en rond, le radar au minimum de sa capacité, on tombe sur le petit théâtre. Yes !
On se croit en retard mais on est en avance, la pièce commence dans 20 minutes. A l'intérieur de la Casa de los Titeres, on trouve Gerardo Potes López, Leonor Amelia Perez, et des marionettes de toutes les tailles, couleurs, genres et formes. Un salle entière leur est consacrée, à droite en entrant, comme un musée miniature, et on observe ces pantins pleins de vie accrochés sur les murs comme une leçon d'art plastique. Tous ces visages qui nous dévisagent. C'est ici qu'on fera l'interview , pas de doutes.
Gerardo et Leonor ont tous les deux les cheveux longs et sombres. Ce sont les dueños de ce monde merveilleux. Après les pantins bien sûr, qui habitent complêtement la maison. Je n'ai pas bien compris s'ils étaient en couple, en tous cas si une passion les unit, c'est bien celle des marionettes. Leonor et ses longues boucles brunes s'apprêtent d'ailleurs à jouer, et Gerardo s'occupe de l'accueil du public. De ce fait il est un peu stressé, pas vraiment open -peut-être un peu trop de salsa lui aussi- cela dit il nous délivre 2 billets pour le spectacle sans qu'on n'ait rien demandé.
Parmi les spectateurs, beaucoup d'enfants évidemment, tous accompagnés d'adultes (je ne sais pas pourquoi je précise, ça coule de source). Chacun se faufile comme il peut dans les gradins serrés du public, quand à nous comme à notre habitude on s'assoie tout en haut pour ne pas gêner derrière et avoir une vue globale de la scène. Le spectacle encore une fois réserve toute sorte de surprises féériques, avec peut être un décor un peu trop chargé à mon goût, ce qui ne laisse pas vraiment d'espace aux marionettes elles-même. On se demande comment les comédiens circulent derrière et ne s'emmêlent pas les baguettes. Leonor porte un drôle de masque et une combinaison argentée, elle saute dans tous les sens tout en contant son histoire. Je ne suis pas convaincue par la présence de la comédienne ici, peut-être aurait il fallut laisser aux pantins toute la place ... je ne sais pas.
Toujours est-il que les enfants adorent, ils applaudissent frénétiquement à la fin du spectacle. C'est le principal, non ?
Et nous de basculer en mode interview en sortant Didine et tout le tintouin, vite vite installer les affaires dans la salle et trouver la bonne lumière. Gerardo nous accueille à l'extérieur, beaucoup plus sympathique, regard noir mais attachant. Leonor apparaît à son tour, tout juste démaquillée, pleine d'allant. Deux belles âmes.
Il s'installent comme on leur demande sur un petit banc au milieu de leurs enfants, j'ai nommé les marionettes. Ils auront d'ailleurs beaucoup à dire sur la sujet, puisque la Casa de los Titeres est devenu, bien plus qu'un simple théâtre, un membre à part entière de la vie du quartier. Un espace que l'on aime visiter, même un dimanche sans spectacle, pour voir si la petite famille de tissu se porte bien. Je trouve ça formidable. Ils nous expliquent en coeur qu'à travers leurs pantins, qui allient à la fois arts plastiques, musique, théâtre et danse, ils essaient de former un public pour le futur. Un public qui soit ouvert à toute forme d'art.
Et en avant première, rien que pour le plaisir des yeux, nos 3 vainqueurs ...





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Publié à 04:50, le 30/04/2009 dans Colombie, Cali
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Un autre incoutournable du théâtre colombien : le TEC (Théâtre Expérimental de Cali)

Cali.

Notre première et (hélas!) dernière étape colombienne, la boucle se boucle, une page se tourne (et on en aura tourné, des pages... heum), bref, comme tout au long du voyage, c'est la fin de quelque chose, et le début de plein d'autres !

Pour ne pas aterrir dans un hôtel de passe glauque en plein milieu de la nuit - comme lors de notre précédant passage, on a cette fois été prévoyantes : CouchSurfing ou rien !
On débarque donc un samedi matin ensoleillé chez Diana, son mari Dany et leur fils, Santiago. Une petite famille incroyable, d'autant plus que Diana a seulement 23 ans, et une poigne d'enfer. Il faut dire que, pour mener un ménage, éduquer un petit garçon et recevoir des voyageurs en tout genre dans son appartement, il faut au moins ça !
Ce jour-là, son petit frère est là, aussi. Il s'appelle Diego, a 18 ans, et le plus beau visage du continent. Il est militaire. Il part le lendemain dans une zone de conflit entre la guérilla et les paramilitaires. Dans son portable, des photos de lui avec sa mitraillette, qu'il nous montre fièrement, tandis que Diana et Dany tentent de nous apprendre les rudiments de la salsa dans le salon. Je parviens difficiliment à détacher mes yeux de son visage (oui, ça arrive, que voulez-vous !), et le contraste entre ce jeune homme beau comme un dieu, pas tout à fait homme, et déjà loin d'être un garçon, et sa mitraillette - qu'il arbore si fièrement - me noue la gorge. Tout cela me paraît complètement absurde. Rien qu'en écrivant ces lignes, un sentiment de révolte et d'injustice m'assaillit.
C'est peut-être ça, la Colombie: un paradis infernal.
Ou un enfer paradisiaque.

A peine arrivées donc, en sueur (il fait chaud, très chaud à Cali), on file à notre rendez-vous avec le fameux Teatro Experimental de Cali (TEC) et sa représentante : Jacqueline Vidal. Pas très colombien, ce nom, vous l'aurez remarqué. C'est que Jacqueline Vidal est française ! Il y a un peu plus de 50 ans, elle est tombée amoureuse d'un Colombien, qui se trouve être l'un des plus grands dramaturges de son pays : Enrique Buenaventura. Comme Santiago García et Gilberto Martínez, Enrique Buenaventura et le 3ème mousquetaire de la plume : une référence. Décédé il y a 6 ans, son théâtre demeure, lui, l'un des piliers du théâtre latino-américain.

Jacqueline Vidal est accompagnée pour l'interview de Serafín Arzamendía, un des acteurs du TEC depuis 18 ans.
 
Impressionée par la caméra (elle nous l'avoue timidement - Didine est pourtant si petite !), elle nous livre cependant tous les secrets du TEC (ou presque!) : tout a commencé en 1955 avec Enrique Buenaventura, la création collective est bien sûr la politique de travail du groupe, l'engagement politique, social et artistique est évident, et surtout, la poésie, le mot.
Mais l'artiste étant le plus irresponsable de tous (dixit Serafín !)... que peut-on ajouter !? (lire la fiche)

Jacqueline nous confie en souriant que Enrique Buenaventura lui avait offert son billet d'aller pour la Colombie, et qu'il ne lui a toujours pas offert le retour... elle est donc restée là ! (On a un billet de retour, nous ? mmmmmh, je sais pas... )


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Publié à 06:46, le 27/04/2009 dans Colombie, Cali
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Longue, mais alors très longue vie au Teatro Matacandelas de Medellín. Hip hip hip ... !

Fan de.
 
 
 
Comme l'émission sur M6, avec des coeurs qui vous explosent à la figure (à l'époque où je regardais moi, c'est à dire il y a environ 10 ans).
Là il ne s'agit pas de stars montantes jeunes et bronzées, mais d'un groupe de théâtre à Medellin, j'ai nommé le Teatro Matacandelas , qui nous a retourné la tête ... surtout le chef de troupe, Cristóbal Peláez. A l'heure où j'écris ce mail, on les a pourtant quitté depuis plus d'1 mois (quel retard mes aïeux, on sent la fin du voyage qui approche), mais leur réussite artistique nous aura laissé relativement rêveuses.
Tout d'abord, il faut savoir que Matacandelas fait partie de ces groupes incontournables en Colombie, au même titre que le Théâtre Expérimental de Cali ou le Teatro La Candelaria à Bogota. En plus stable d'ailleurs, puisqu'on se serait laissé entendu dire que ce dernier aurait un peu perdu de son assise. Encore que cela ne nous regarde pas. Le groupe de Matacandelas existe depuis 30 ans donc, et pour l'instant, tout roule. Ils ont élu domicile dans le centre de Medellín, et si vous osez demander à un passant où se trouve leur cachette, c'est une 12 aine de doigts qui se lèveront pour vous montrer la direction.
 

Le théâtre est peint en rose et vert. Ça pourrait jurer avec le reste de la rue, mais ce n'est pas le cas. C'est une tâche colorée au milieu du gris. Et parce qu'on est des filles, nous, on aime ça. Pour entrer dans la journée c'est bien simple il faut sonner, comme dans une maison normale. Quelqu'un vient vous ouvrir, un des membres du groupes (tous jeunes et dynamiques). Et pour accéder à la cuisine (où on a RV), il faut grimper des escaliers métaliques. Car contre toutes attentes elle se trouve au 1er étage, laissant au rez de chaussée une salle de spectacle gigantesque avec petits guéridons et bar. Avec juste à côté l'administration : bureaux, ordinateurs, téléphone et paperasse.
 
 
Il est 13h, et c'est pour déjeuner que Cristóbal nous attend, à sa table, le pied dans le plâtre. Le pauvre. Il nous raconte qu'il a glissé sur une marche et qu'il est à présent dépendant de ses béquilles et surtout des autres. Ce qui n'a pas l'air de l'enchanter. Tiens donc ? On s'assoit autour de la table, sans trop savoir comment commencer, et s'il faut commencer maintenant, visiter d'abord, attendre de déjeuner ... ? Aaaah, tant de questions qui nous assaillent violemment. Surtout que Cristobal a déjà plein de choses à nous dire (il repousse sûrement l'interview le coquin, on nous la fait pas). Derrière nous plusieurs cuisinières s'activent au dessus des fournaux, des comédiens vont et viennent, sûrement attirés par l'odeur. J'ai d'ailleurs moi même le ventre qui gargouille. Je me demande ce qu'elles concoctent, dans leurs casseroles. Je remarque sur une étagère des grands bocaux remplis d'olives. Je montre à Nasta, la lèvre pendante. Puis je me dis que ça n'a rien à voir avec le théâtre, et je me reconcentre.
 
 
 
En face de nous Cristóbal a trouvé son auditoire, on boit chacun de ses mots. Ça fuse dans tous les sens : blagues, citations, anecdotes en tout genre ... on rit, on grimace, on questionne et on en redemande. Certains membres du groupe s'installent autour de nous, et se mettent à écouter à leur tour. Ça ne doit pas être la 1ère fois pour eux, et pourtant ils y reviennent, comme s'il avaient besoin de leur dose journalière. C'est un maestro, certes, mais surtout un bon vivant, un humaniste, et un clown cynique. Le repas est prêt, chacun prend une assiette et va se servir. Il y a de tout, soupe, jus de fruit, viande, légumes, riz, pain "baguette" (rien à voir avec chez nous), vin, les fameuses olives ramenées par un des comédiens d'origine italienne, du patacone (banane écrasée et frite dans l'huile - discutable), salade ... on ramène une assiette à Cristóbal évidemment, qui ne peut pas bouger. Il demande du jus de fruit sans sucre (parce qu'il y a les 2 bien entendu) et me demande pourquoi je ne prend pas de soupe. Je répond que pour nous ça fait souvent trop, soupe + plat principal + dessert. Il fait la moue sans comprendre et me charrie. On se doute bien que l'interview ne sera pas pour aujourd'hui, avec un autre RV dans 30 minutes. Peu importe, on se régale à manger et à l'écouter. Il nous appelle les 2 françaises de France. On est toutes contentes.
 
 


Ravi d'avoir échappé à la caméra, il nous fixe une autre date, le Samedi soir, avant leur pièce Los Diplomas. Lire son interview ici .
 
 
L'occasion de découvrir ce soir-là le public de Matacandelas : que des jeunes de moins de 30 ans. Ahurissant. Les gradins sont remplis, les spectateurs receptifs. La pièce est écrite par Andres Caicedo, un jeune dramaturge de Cali mort à 25 ans. Un génie trop génial pour vivre sa vie simplement et qui avait planifié sa mort dès l'adolescence, pour ne pas avoir à supporter le reste. Plusieurs tentatives de suicide jusqu'à ce que ce soit la bonne. Son oeuvre était déjà considérable. Et c'est avec Los Diplomas que l'on découvre son univers, à la fois morbide et poétique.
 
 
Satire sociale sur fond de musique trash, mise en scène super sobre mais remplie d'images géniales (2 amoureux qui rentrent en contact en se chatouillant les petits doigts), jeu des comédiens au top, on adhère. Ça fonctionne parfaitement, et le public a l'air d'accord, il applaudit généreusement.

On retrouve notre Cristóbal en véritables VIP dans le hall principal, et il nous invite à partager une bière à sa table - ce qui ne se refuse pas. Bizarrement il évite de parler de la pièce, comme le sujet à bannir. De la timidité sûrement, la peur de décevoir aussi. Si seulement il avait pris le temps d'observer l'expression béate de nos visages ... il nous en aurait peut être un peu plus dit que "la musique était trop forte". Toujours est-il que pour Cristóbal, faire du théâtre a tout d'abord été dans le but de reformer une patrie. Ce sont ses mots. Puis celui de se divertir, passer un bon moment, et le faire partager.
Ce qu'on fait à ce moment-là autour de la table, avec des convives qui se rajoutent au fur et à mesure, des rires qui fusent ... quelque chose d'assez simple au final.
 


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Publié à 03:42, le 24/04/2009 dans Colombie, Medellín
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Une autre facette de Medellín : Nuestra Gente ou le théâtre dans les quartiers populaires

Le métro de Medellín.


Tout beau, tout propre, spacieux, des gens qui vous laissent descendre... on a
jamais vu ça en Amérique du Sud (ni à Paris, d'ailleurs !). C'est donc
pleines d'enthousiasme qu'on s'apprête à faire notre trajet de métro
medellinien jusqu'à un quartier un peu éloigné du centre. Ce soir nous
allons voir une pièce de la Corporation Culturelle Nuestra Gente.

Resituons : Nuestra Gente , on nous en a parlé à Bogotá (vous commencez à
avoir l'habitude, non ?!?). On nous avait dit : "il y a un groupe près de
Medellín qui parvient à arrêter les affrontements entre guérillas pendant
une semaine, en organisant un festival de théâtre." Faut pas nous le dire
deux fois. Si un groupe de théâtre parvient à stopper la guérilla, nous on
VEUT les rencontrer.
On attrape le numéro sur internet (internet, ça vous révolutionne un voyage,
et une investigation théâtrale, inutile de le préciser), on appelle entre
deux Milo, et hop, voilà qu'on est déjà dans le métro, en route pour une
pièce pour enfants.
On arrive, dans le quartier est de la ville. Beaucoup plus populaire et
moins siliconné que le centre. Il nous faut faire travailler nos
molets endormis pour parvenir jusqu'a la maison colorée, et oui, nous
sommes à flanc de collines. On entre, un peu gênée de ne même pas
connaître le nom du directeur qu'on va interviewer après la piece (la
honte).
Devant la porte, une foule d'enfants, qui nous interpellent et nous
demande les yeux fascinés et le sourire au coin des lèvres : "Vous
venez d'où ?" "Paris ? Waoooooooow, comment on dit : je m'appelle
Maria ?" Et nous de répondre, amusées, au flot de questions des
enfants.



Je ne m'étendrais pas sur la pièce, encore une pièce pour enfants (je
crois qu'on aura eu notre dose, durant notre tour de l'Amérique du
Sud...), ultra didactique et un peu frénétique, mais courte, efficace,
et au final, assez divertissante.



A la sortie, le fameux directeur dont-on-peut-prononcer-le-nom, Jorge
Blandón, nous reçoit autour d'une part de pizza rechauffée et d'un
soda rose fluo. Sous la lumière blafarde du néon de la salle à manger
il répond a mes questions, sans trop s'étaler, et comme s'il avait
hâte d'en finir (ça arrive, même parfois a nous, alors bon... !).


(Les comédiens de la pièce, Jorge Blandón à droite, avec le T-shirt bleu)

Nuestra Gente a pour but affiché de vouloir transformer la société par
l'art (théâtre, musique, danse,....), et cela fait depuis 1987 qu'ils
mettent du coeur à l'ouvrage. Ils n'ont pas fait cesser les guérillas,
non, mais ont reussi à amener un peu plus de paix et de tranquilité
dans le quartier et meme parfois, à atténuer les conflits entre les
gangs.
Jorge Blandón pense d'ailleurs que les 74 personnes qui étaient dans
la salle ce soir-là, ce sont 74 personnes qui ne seront pas impliquées
dans les conflits de la ville (lire sa fiche).

Un travail incroyable, qui inspire respect et admiration. Total.
Dommage que Jorge Blandón ait été si peu généreux durant
l'interview... impressioné par notre Didine globe-trotteuse, peut-être
??? ;)



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Publié à 08:12, le 23/04/2009 dans Colombie, Medellín
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Medellín, entre le silicone et Botero, 2 rencontres : Frenando Velásquez et Gilberto Martinez

Medellín. (Prononcez "Medeyín", et non pas "MedeLín" - c'est plus charmant, non ? )
Après notre séjour plage-riz à la coco-soleil-carnaval-et (un peu) d'investigation théâtrale, retrouver la grande ville c'est un peu comme le premier jour de boulot après 3 semaines de vacances.
Heureusement, les citadines chevronnées que nous sommes (et oui, on aime le stress, la pollution, les klaxons, la foule, que voulez-vous, on ne se refait pas) se remettent vite dans le bain (enfin, "vite" au sens costéñien du terme...) !
Il faut dire que Medellín a de quoi nous séduire : montagnes verdoyantes à l'horizon, métro tout neuf, tout beau, tout propre, place avec nombreuses statues de Botero, et un lit super douillet au 13ème étage, avec balcon. Non, on ne s'est pas offert une nuit dans un 5 étoiles, on a juste trouvé un Couch Host qui mesure 2 mètres et qui vit tout seul dans un immense appartement.
Et Pablo Escobar, dans tout ça ? Et le cartel de Medellín ? C'est pas une ville dangereuse ? Ça me rappelle vaguement les chansons de MC Solaar que j'écoutais quand j'avais 13 ans ("... les idoles de jeunes sont des porno-stars, voire Pablo Escobar..." Paradisiaque). C'est vraiment étrange d'arriver dans une ville dont on a toujours entendu parler, qu'on imagine comme un nid à mafieux, et dont on repart en se disant qu'on aimerait finalement bien y vivre.
Attention, remettons les choses à leur place : à Medellín, il y a de l'argent sale, beaucoup (c'est d'ailleurs la seule ville de Colombie à posséder un métro...), et il est, paraît-il, dangereux de se balader le soir après 23h, surtout depuis qu'un nouveau programme de "nettoyage" - mais qui invente des noms pareils ? (programa de limpieza, à l'oeuvre dans toutes les grandes villes de Colombie, à vous glacer le sang : il s'agit "d'éliminer" tous les marginaux, prostituées, homosexuels, porteurs du virus du SIDA, etc... pour "nettoyer" la ville - des pamphlets sordides ciruclent.) - a été mis en place.
Le premier à nous évoquer cette triste réalité, c'est Fernando Velásquez. Son théâtre en rouge et noir trône en plein centre ville.
 
C'est aussi un restaurant, un bar, bref, un lieu plein de vie et d'activités artistiques. De ceux qu'on aime. On est invitées à une projection d'un film qui est aussi vieux que moi (1985), dans lequel joue Fernando, et qui nous a beaucoup plu : Mariposas S.A (papillons, ndlr) c'est l'histoire d'un groupe de prostitutées qui se battent pour leur droit, contre la corruption qui ronge le gouvernement, et l'Église, dans les pueblos colombiens de l'époque.
Fernando répond d'une traite à quasiment toutes mes premières questions (sans même que j'aie besoin de les poser), vous nous verriez, le nez dans notre cahier à spirale jaune, qu'on ne regarde presque plus maintenant... - tiens, d'ailleurs, si vous n'avez rien à faire durant les dix prochaines minutes, pourquoi ne pas aller lire sa fiche ?
On le quitte avec en tête un bon panorama de ce qu'est Medellín aujourd'hui, et l'envie d'en savoir encore plus...
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Medellín donc. Les statues dodues et reluisantes de la Place Botero, c'est dit et redit, montré et remontré. 
 
Les poitrines siliconnées qui vous sautent à la figure, par contre, non. Et les petits tops de couleur criarde pour recouvrir ce qu'on peut, c'est à dire pas grande chose. Très franchement ça débordait de partout, et c'est fait pour. Mais où était l'appareil photo à ce moment-là ? Des nez refaits, des lèvres gonflées, beaucoup de fond de teint, beaucoup de parfum, beaucoup de cheveux. Et nous toujours spectatrices de tout cela. Parfois hilares, parfois effrayées, parfois désolées. Medellín c'est aussi un climat capricieux avec soleil timide jusqu'à 18h puis averse violente toute la fin de journée. Me souviens plus s'il y avait des éclaircies le soir vue que la nuit était tombée. Toujours est-il que chaque jour nous offrait la même dose de soleil, et la même dose de pluie.
La vie s'arrangeait franchement pas mal chez Camilo, notre géant de Couch Host. On avait pris nos petites habitudes, avoine ou céréales le matin avec verre de Milo frio et café, avancement des fiches sur le PC et interviews de-ci de-là en après-midi, dans le centre, et parfois un spectacle le soir. Accompagné en voiture par Camilo lui-même, qui mettait un point d'honneur à nous chouchouter et à nous "mettre à l'aise". Un peu trop d'ailleurs. Définition de "mettre à l'aise" Camilo s'il te plaît ? "Avoir un contact physique régulier avec ses invitées". Très tactile tout de même, le Couch Host (on est restées bien souvent raides comme des bâtons à son approche, craignant la caresse suspecte) Très désireux de "mieux" nous connaître, et nous de rester parfaitement hermétiques à toutes ses propositions. Et avec le sourire, pour ne pas froisser. Rien de grave bien entendu si ce n'est que selon ses dires, on forme à nous 2 sa "femme idéale". Si si. On a du réprimer un vieux fou-rire quand il nous a pris entre 4 yeux pour nous exposer son point de vue. Le plus sérieusement du monde. Juste avant qu'on parte. Heureusement nos sacs étaient déjà fait ... plus qu'à décamper. C'est sûr, le couch surfing a ses bons et ses mauvais côtés, quoi de plus normal lorsqu'il s'agit d'une loterie de ce genre ... Cela dit on ne peut pas se plaindre, la plupart du temps, on est tombées sur des gens géniaux, qui ont transformé notre voyage.
Revenons à nos artistes. C'est quand même pour ça qu'on est là.
Gilberto Martinez n'a rien à voir avec la Caja Negra. Autre rue, autre théâtre, autre univers. Lui, c'est le directeur de la Casa del Teatro, et en plus de ça, l'un des plus grands dramaturges contemporains de Colombie. Un personnage à ne pas louper, dont on a entendu parler sur notre parcours et qu'on appelle illico comme 2 soldats au garde-à vous dès notre arrivée sur Medellín. Il nous reçoit au sein de son théâtre, espace très contemporain, lunineux, où l'on fait connaissance autour d'un café.
 
C'est un homme d'un certain âge, qui a beaucoup bourlingué et par conséquent, a beaucoup de choses à dire. On essaie de l'écouter, vierges de toute autre interview, comme neuves, ouvertes à lui, seulement à lui. Et à ce qu'il a à raconter. Pas évident de démarrer l'interview, là encore, Gilberto est une encyclopédie vivante, impossible de ne pas s'intéresser, impossible de le couper. Avant de choisir le théâtre, il était cardiologue, tout simplement. Puis il est tombé dedans, comme Obélix dans sa marmite, et consacre aujourd'hui la plupart de son temps à son théâtre, à investiguer en lisant et relisant les oeuvres de grands maîtres, à écrire, à diriger ... un peu plus haut dans la Casa del Teatro, on tombe sur sa bibliothèque. Un bijou. On y trouve de tout, du simple recueil de poème à la vidéo d'une répétition de Bertolt Brecht. Des trésors, bouclés dans des armoires en bois. On a l'impression qu'il possède le Théâtre du monde entier dans cette pièce.
C'est donc pleines d'espoir et de curiosité que l'on revient dans la semaine assister à sa pièce, La señora del Cervantes.
 
Toujours talonnées par Camilo bien sûr, parfaitement infichu de se repérer dans sa propre ville, alors que Nasta insistait pour prendre la 1ère à droite. Et qu'elle avait raison. Aaah Camilo. Tenez, une petite photo de lui (la seule qu'on ait) pour lui faire honneur.
 
Tout ça pour dire que le spectacle n'attend plus que nous pour commencer, Gilberto nous ayant gentiment mis 2 places de côtés. Il y a très peu de monde. On doit être 10 à tout casser, et encore j'arrondis. La pièce démarre avec une vidéo-projection qui traine en longueur, et se poursuit par le dialogue des 2 seuls personnages, un faux aveugle qui cherche à se faire de l'argent facile, et une SDF qui vit dans un vide ordure. Avec petite fenêtre intégrée. J'avoue avoir décroché au bout d'1/4 d'heure. Nasta aussi. C'est à dire que toute la pièce n'est que palabre palabre palabre. Très peu d'action, très peu de moments de vérité, pas d'écoute. Dur dur. Surtout que Gilberto a écrit la pièce suite à une rencontre insolite à Buenos Aires, celle d'une femme sans-abri, dormant sur les marches du Teatro Cervantes depuis plus de 20 ans. Parfaitement silencieuse. Ne demandant rien, à personne. Mais qui aurait été l'amante d'un ministre et aurait tout perdu à la mort du président. Une très belle histoire donc, dont on comprend qu'elle l'aie touchée et qu'il ait voulu la mettre en scène. Mais le tout est très poussiéreux, limite razoir. Assises dans nos gradins, on fait chacune des efforts pour comprendre la subtilitée du texte (qui est belle est bien présente), mais n'oublions pas que ce n'est pas notre langue, et que beaucoup de choses nous échappent. Surtout si l'action n'est pas là pour appuyer ce qui se dit. Et le comble, pour nous du moins, c'est l'intervention de Gilberto à la fin de sa pièce comme pour en remettre une couche, expliquer au spectateur le pourquoi du comment ... Non, ce n'est définitivement pas notre théâtre ...
C'est un peu gênées que l'on rejoint Gilberto dans le hall. Toujours suivies de Camilo qui va y aller de son avis ... On sert le dramaturge dans nos bras sans trop savoir quoi dire à part "bravo" (ô douloureux moments de malaise ...), lui a l'air ravie d'avoir partagé son travail avec nous. Quel homme sympathique. Une des spectatrices sort de la salle en larmes, on la dévisage, interloquées. Comme quoi un même spectacle peut provoquer des réactions bien différentes. Heureusement, d'ailleurs. On discute un moment avec Gilberto, qui nous raconte une fois encore l'histoire de cette Señora del Cervantes. Je crains une intervention saugrenue de Camilo, que je sens très "éveillé" au dessus de moi. Il veut dire quelque chose. En effet. Il n'a pas compris la métaphore de la pomme de terre dans la pièce. Gilberto lui répond je ne sais plus quoi, mais quelque chose de parfaitement évident. Camilo semble un peu déçu par la réponse. Il renchérit par un autre argument, avec toujours cet accent lent et douceureux. Je me sens toute crispée, inconfortable, pas du tout à ma place pour parler d'une pièce que je n'ai pas comprise. Je m'esquive pour prendre quelques photos.
La Casa del Teatro regorge de cadres, pancartes, affiches, photos ... toute une vie de théâtre racontée sur les murs. Dans le silence ;-)


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Publié à 12:58, le 3/04/2009 dans Colombie, Medellín
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Cartagena, la côte Caraïbes, la moiteur, les moustiques, les fruits, du théâtre et j'en passe ...

Cartagena, enfin ! Après de longues journées grises et pluvieuses à fouiller les rues de Bogotá de fond en comble (on avait même ressorti les polaires, c'est dire) et à se désespérer chaque matin un peu plus devant le perte de notre bronzage préruvien, on était presque impatientes d'aller trouver du soleil, de la moiteur et des moustiques sur la côte Caraïbes. Certes, l'idée de quitter nos 2 colocs, un appartement douillet et une petite vie - presque - rangée, nous a tiré quelques larmes, mais ma foi, c'est ça le voyage. On arrive, on se croit chez nous, et vlan, il faut repartir. Rien de nouveau sous la pluie, on part donc chercher le soleil, à Cartagena, tout en haut de la Colombie.



Nous y voilà. On se demandait à quoi ça pouvait ressembler, la côte Caraïbes, l'ambiance, les gens, la nourriture, la musique ... on nous avait surtout dit : lent, très lent. Et on nous avait parlé du arroz con coco, un régal pour les papilles, de la diversité de fruits, des jugos succulents, des arepas de huevo, des fruits de mer ... bref, trop de choses. Mais pas vraiment de théâtre. On était déjà en contact avec certains artistes grâce à la tour de contrôle bogotienne, mais comme toujours des noms, des numéros mais rien de concret, pas de visage, pas d'histoire, pas de partage. Toujours difficile de s'y remettre, de reprendre ses marques surtout lorsqu'on débarque, au début. Pour ma part, le 1er jour dans une nouvelle ville est comme un cap à passer, il m'arrive d'avoir envie de prendre mes jambes à mon cou. D'autres rues, d'autres places, d'autres moeurs, un autre accent, d'autres odeurs, parfois une autre monnaie. Tout reprendre à zéro, encore une fois.



Heureusement, à Cartagena, on tombe sur un Couch host génial, Leo, qui vit dans un appartement minuscule avec Mafe et qui héberge tous les voyageurs du monde. Comme ça, parce que ça lui plaît de rencontrer-partager-sortir, et qu'il se fiche de dormir dans son lit, sur son bureau ou à même le sol. Lorsqu'on débarque en sueur après avoir cherché 20 minutes son paté de maison, que Mafe nous lance les clés par la fenêtre, qu'on monte laborieusement le petit escalier en colimaçon et qu'on découvre l'endroit, on se demande où on est sensées dormir. Il y a un lit double dans l'unique chambre -minuscule-, et un salon remplis de chaises hautes (mais où est le mini-bar ?). Contre le mur, 2 matelas repliés. On s'observe l'une et l'autre. Oui oui, c'est bien là qu'on va dormir, en plein dans le passage. Pour moi c'est déjà très clair : "On reste 2 nuits max et on décampe". Nasta, plus sage, préfère patienter quelques jours et aviser ensuite. C'est comme ça, elle attend toujours au dernier moment que les vagues lui lèchent les pieds pour décider de partir. Quand à moi je plie bagage dès que je vois la mer commencer à monter à 10 mètres de nous. On ne se refait pas. Toujours est-il qu'on est finalement restées 1 semaine chez Leo, et qu'on y a passé des moments incroyables.

Ce grand type chauve de 30 ans doux comme un agneau et tout le temps torse-nu aura finalement raison de nous. Le sourire radieux de Mafe aussi, et ses folles théories sur l'amour, nos nuits de 3 heures à chercher le sommeil mais à ne trouver que des fourmis (on s'est faites dévorrées), la moiteur, les ventilateurs, la fameuse soirée à danser dans le salon autour de DJ Mafe... OUI, tout ca n'a rien à voir avec le théatre, mais ça fait partie de notre voyage. Pourquoi l'occulter ? Bref, chez Léo, on y aura posé nos sacs plus longuement que prévu. Qui plus est, il habitait à 30 minutes du centre historique, ce qui nous a permis de connaitre autre chose. De vivre en dehors des sentiers balisés pour les touristes. D'aller s'acheter son avena ou son Milo au magasin du coin, court vêtues, en se faisant observer avec sympathie par les commercants ou les voisins. Et bien sûr, dans le quartier, de la musique qui fuse de partout, même le dimanche. La vie ne s'arrête jamais en Colombie. Sauf vers 15h, quand le soleil est vraiment trop insupportable. C'est la sieste. Mais la musique, elle, sort par toutes les fenêtres, à toute heure.



Avec une chaleur à ce point écrasante, le rythme de vie s'en fait ressentir. On traîne la patte. Dès 7h du matin, on étouffe, les ventilateurs s'agitent désespèrement mais c'est presque inutile, une petite brise tente de sécher nos perles de sueur et on l'en remercie. Seulement dès qu'on fait 3 pas on dégouline à nouveau. D'où l'intérêt de se mettre en mode "caraïbes". C'est à dire, tranquiiiiiilles.

Et c'est en mode "caraïbes" qu'on rencontre nos 3 artistes cartagéniens, Alberto Llerena, Jaime Días et Miguel Angel Pasos. 3 noms qui ne vous évoquent rien, qui ne nous évoquaient rien il y a 2 mois, mais qui, comme l'auront fait tous les autres, ont marqué notre parcours et s'apprètent à marquer votre lecture. Du moins on l'espère ;-)

Commençons pas Alberto Llerena. Alberto ressemble plus ou moins à ça.



C'est un petit homme maigre qui ne quitte jamais son chapeau, ou rarement, et qui est tout simplement charmant. Je ne sais plus par qui ou comment on a attrapé son numéro, mais ça n'a finalement pas beaucoup d'importance. On le rencontre à l'Alliance Française, pour plus de facilité, et il nous emmène directement à la Sala de Teatro Recula del Ovejo, sorte de petit espace improvisé sous une voute de pierre, par et pour les artistes.

On y trouve un mini-bar, des toilettes, et une salle de spectacles avec gradins. C'est une étuve évidemment, hors de question de faire l'interview là-dedans, aussi accueillant soit l'endroit. Je ne sais d'ailleurs pas comment certains ont pu répéter entre ces murs. L'habitude sans doutes. Nous faisons donc l'interview dehors, pour être bien sûr d'attirer toutes les fourmis du coin (par terre, dans les arbres, sur nos épaules, dans nos cous, sur Didine, que du bonheur).

Alberto est dramaturge (beaucoup des artistes colombiens écrivent en plus de diriger) et, comme la plupart de ceux que nous auront rencontré, cherche à dénoncer les conflits de son pays. Comment faire autrement dans un pays comme celui-ci ? Lire son interview piquante ici .

Je laisse la plume à ma Nast' pour conter notre rencontre avec Jaime Días ...

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Le rythme des Caraïbes.


La chaleur écrasante, le soleil radieux, les rues colorées de Cartagena. On est assomées. Tant pis, de toute façon, ici, tout le monde a toujours du retard. Tout le temps.


En plein coeur de la cité fortifiée (le centre historique de Cartagena est entouré de murailles), il y a l'Université des Beaux Arts. Et à l'université, foule d'artistes, comédiens, apprentis, metteurs-en-scène, dramaturges... un nid, un vrai.


Nous avons aujourd'hui rendez-vous avec Jaime Días, dramaturge mais surtout grand explorateur du théâtre des Caraïbes.


Jaime Días a la peau tannée par le soleil de la côte, qui contraste avec ces cheveux blancs en bataille, et sa chemise, toute aussi blanche. Il est lumineux, décontracté, et même si son débit est un peu lent (ne pas penser au dictaphone et à la traduction qui nous attend, dans ces moments-là, quand on voit défiler les minutes de l'interview...héhé) - on le comprend très clairement (les costeñiens sont pourtant réputé pour parler un langage compliqué, erreur !).


Aaaaah, les Caraïbes ! Ses plages paradisiaques, son rhum pur canne-à-sucre qui vous tue après deux verres (n'est-ce pas, compañera de viaje ? ;)), sa musique aux sonorités inconnues et entrainantes, et surtout, son métissage incroyable. Parlons-en d'ailleurs, puisque le théâtre des Caraïbes est produit de ce métissage : toutes les races humaines se mélangent et se concentrent dans les Caraïbes. Des blancs, descendants de colons, des Indigènes, des Noirs venus d'Afrique, beaucoup d'immigration arabe aussi (notamment à Barranquilla, où vit une grande communauté libanaise), des Asiatiques, tout le monde a échoué sur les côtés magiques du continent, semlerait-il. Et c'est tant mieux !


Jaime Días est passionné par son sujet, et nous communique son engouement. Il nous avoue ne pas comprendre la jeunesse d'aujourd'hui, qu'il trouve trop pragmatique, et moins engagée (pour plus de détails, lire sa fiche ).
Mais Jaime Días est un grand optimiste, il pense que le théâtre colombien est en pleine évolution, que son public s'élargit et s'intéresse, notamment grâce aux nombreux festivals de théâtre qui sont organisés aux quatre coins du pays.
Et c'est ce qui nous semble le plus incroyable, quant au théâtre ici en Colombie : un art qui a a peine 50 ans d'histoire et qui arrive à attirer un public aussi nombreux et aussi varié (tous âges et condition sociale confondus) ? Comment ont-ils fait pour générer tant d'intérêt ? Promis, on essaye d'en savoir plus pour les prochains articles !

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Je reprends la plume pour raconter le dernier, et pas des moindres, Miguel Angel Pasos, qui est en fait le 1er contact qu'on a avant d' arriver à Cartagéna. Le 1er qu'on appelle aussi (et qui parle français !) mais que l'on n'arrive jamais à voir, parce que très occupé (directeur de programmation scénique de l'Ecole des Beaux-Arts). Quelques rendez-vous manqués à l'Ecole des beaux-Arts, difficile de le trouver parmis la foule d'élève, on ne connaît de lui que sa voix. On en boira des tintos sur la petite place ombragée devant l'école en attendant Miguel. Toujours le même marchand, avec ses 3 thermos de café. Sympa.

Jusqu'à ce qu'on finisse par rencontrer notre artiste. Il est étonné de nous découvrir si jeunes, comme Jaime Días d'ailleurs. Tous s'attendent à voir des actrices d'un certain âge. Un moment de gène est vite passé.

Miguel - chemise en lin ample, idéal par ce temps - nous invite à le suivre dans les couloirs de son école des Beaux-Arts ... bon, rien à voir avec nos écoles privées françaises bien sûr. On est loin du préfabriqué tout laid et de la machine à café défaillante de Florent. Ici, on entre directement dans une cour intérieure pleine de plantes et d'étudiants, autour de nous se dressent de beaux murs balconnés blanchis à la chau, à gauche à droite de petits couloirs astucieux qui mènent à d'autres salles, de l'air qui passe par toutes les ouvertures, plus loin une terrasse de café au soleil, et au dessus de nos tête un ciel limpide. Des sons musicaux résonnent un peu partout. Ça sent l'art à plein nez. L'occasion de filmer Miguel Angel durant son cours, puis de l'interviewer dans la même salle. Il aurait du faire l'armée, comme son père, c'était son projet de vie, raconte-t-il. Mais, contre toutes attentes, le théâtre a pris le dessus. Certes, c'est une lutte de tous les instants, surtout en province, loin de Bogotá et du business télévisuel, mais cela leur donne un engagement qu'il juge plus ancré, plus fort, et leur permet de maintenir une certaine constance dans leur art.

A la fin de l'interview , en sortant de la salle de classe, 3 élèves de Miguel nous ont réservé une petite surprise. Histoire de connaître ce qui se fait, au sein de cette école. Elles sont assises sur un pupitre, toutes les 3. Habillées en clown (nez rouge, tabliers, coiffures folles ...). Dès qu'elles nous aperçoivent, c'est parti. On a devant nous 3 personnages grotesques hyper attachants qui tentent de s'auto-convaincre qu'elles sont de futures femmes politiques ou traductrices ... alors que pour l'heure elles ne sont que marchandes dans la rue. Chacune d'entre elle est complètement impliquée dans son personnage. Elles improvisent en chahutant dans les couloirs, en alpaguant les élèves, les dirigeants, les secrétaires, avec toujours cette même question au bout de leur micro :"Que pensez-vous de l'art ?"

Les réponses sont multiples, il y a parfois un long temps de gêne. Surtout que l'on suit tout cela avec Didine, ce qui rend le spectacle presque officiel. Chacune y va de sa moquerie, les élèves sont intrigués, rient généreusement, surtout devant la grande, hilarante car plus vraie que nature dans sa blouse de travail. Elles font cela régulièrement, nous raconte Miguel Angel. Partent à l'assaut dans la rue et interpèlent les passants, avec à chaque fois un thème différent. Pour semer le questionnement, un peu partout, à travers du clown, du rire. Et ça fonctionne.

Lorsqu'elles quittent leurs nez rouges, on ne les reconnaît pas. Les 3 personnages se sont évanouies.


Nous quitterons Cartagena, Leo, Mafe et la magie de la côte le coeur gros. En route pour Medellín la capitale du silicone ! Ça promet.

 

 



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Publié à 05:28, le 31/03/2009 dans Colombie, Cartagena
Mots clefs : cartagena

Nouvelles + photos

Petites nouvelles d'Amérique ... voilà, la Colombie est maintenant derrière nous, retour en Equateur pour les  derniers mois d'investigation. Bientot les nouvelles fiches, attention a la vague, on peut se noyer.

Nouvelles photos :

Colombie : Medellin

Colombie : Zona Cafetera

Colombie : Cali

Bisous des 2 franco-suisses !!!



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Publié à 12:09, le 30/03/2009 dans Colombie, Cali
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Bogotá suite et fin : Varasanta et Entrópico teatro pour un cocktail explosif

Teatro Varasanta ... énième contact délivré par Victor Viviescas, cueilli sur le toit de l'Université, cheveux au vent. Groupe dont il nous aura vanté le "travail poético-corporel et un engagement politique affirmé." Voilà de quoi compléter à merveille notre panel de rencontres. Ce sont d'ailleurs nos derniers jours à Bogotá, ô tristesse, je crois même qu'on file le surlendemain pour le carnaval de Barranquilla. Pause détente avec option soleil avant de reprendre l'investigation à Medellín.



La bonne nouvelle, c'est que Varasanta ne se trouve pas à Perpète-les-Oies à 1h de compressage transmilenien.
La mauvaise, c'est que ce n'est pas pour autant facile à trouver. La carrera 15 bis qui croise la calle 39, j'y ai très souvent perdu mon latin moi dans tout ca. Car les rues de Bogotá ne sont ni perpendiculaires ni franchement parallèles, ce qui fait que la carrera 15 bis peut être à l'exact opposé de la 15 tout court. De quoi s'arracher les cheveux et se taper la tête contre les murs. Même avec notre petit plan grotesque qu'on croyait être un ami. Erreur, même en y collant le nez on n'y voit goutte. Heureusement que Nasta-la-boussole est toujours à mes côtés ... ah que les choses sont bien faites !


Bref, après avoir tourné 40 fois dans le même secteur sous une pluie fine lancinante, on débarque au Teatro Varasanta un peu mouillées mais animées des meilleures intentions, je le jure. C'est là qu'on tombe sur un Petit Jeune (j'y mets des majuscules car il l'aurait sans doutes fait lui-même) dont je ne citerai pas le nom, haut comme 3 pommes, qui se dit producteur de la troupe et semble en être très fier. Ah les rencontres ! Je me dis parfois que tout passe par là, et que la majeur partie de nos impressions, bonnes ou mauvaises, ne se font qu'à partir de ca. C'est parfois la beauté de l'endroit ou l'athmosphère du groupe qui nous conditionne, mais par dessus tout les gens. Et en quelques minutes, ce Petit Jeune-là nous a toutes les deux très franchement agacées. Bien dommage car le théâtre a l'air dynamique, plein de ressources, de créativité et de vie. Le local est design juste ce qu'il faut, du monde de partout qui va et qui vient, des affiches punaisées sur tous les murs, de grandes oeuvres d'art qui pendent du plafond. Mais hélas, c'est au Petit Jeune qu'est revenue la lourde tâche d'accueillir les 2 francaises (dont il n'a que faire). Le voilà donc devant nous qui trotte plein de zèle pour nous faire visiter l'endroit. A gauche les toilettes, ici la chambre d'ami car nous accueillons des artistes du monde entier et plus loin la salle de répétiton où vous aurez l'occasion d'assister à un entrainement tout à l'heure. Il nous présente au groupe en tant que "reporters" francaises, je rougis et tente vaguement de rectifier mais il n'écoute que d'une oreille puisqu'il consacre la 2ème à son téléphone magique. "Oui, je suis très occupé là ..." (comme dans les films). Il nous demande quel genre de questions on va poser à l'équipe, un sourire horripilant accroché aux lèvres, "en tant que reporter francaises."  Je me demande si c'est du lard ou du cochon. Je lui précise qu'on ne souhaite pas interviewer tout le groupe mais seulement le directeur, et je lui cite toutes les questions d'affilée, sur le même mode que lui. Mode ironie 15ème degré. Il ne saisit même pas la nuance, plaisante à nouveau, en glissant le fait qu'on ne pourra pas voir le directeur (quoi??) et en se moquant au passage de mon accent francais. J'adore. Nasta m'observe comme si elle devinait que j'allais exploser. Il finit par déguerpir en homme over-booké (ouf) et revenir (aïe) avec de la documentation, puis repartir (ouf), en nous laissant aux mains d'un des comédiens, Beto Villada. Un rêveur archi bavard, dont la fiche peut se lire par ici . On voulait voir le directeur, Fernando Montes, mais c'est avec le cofondateur qu'on devra manoeuvrer. Qu'à cela ne tienne, en parfaites petites reporters-sans-frontières, on rature l'autre nom et on rajoute le sien, l'air de rien. De toutes facons c'est la faute du Petit Jeune qui a bloqué une interview juste le jour où le directeur est en réunion. Et toc.

Bref, Beto Villada dont on ne sait rien à part qu'il fait partie du groupe, a vraiment toutes les caractéristiques de l'Artiste : cheveux décoiffés, pieds nus, pantalon ample, regard perché et sourire rêveur.

Où fait-on l'interview ? Ici voyons, dans le hall principal, où résonne un brouhaha insupportable qui s'échappe des ateliers un peu plus haut. La lumière est mauvaise, on ne s'entend pas parler, mais après tout pourquoi pas ? Autant mettre toutes les chances de son côté, ca a plutôt bien commencé avec le Petit Jeune. L'interview démarre donc comme elle peut, tout cela ma paraît un peu cahotique, mais peu importe, du chaos on en a connu pendant le voyage.

Beto, musicien jusqu'au bout des doigts, a donc fondé ce groupe il y a 15 ans, avec Fernando Montes (que nous croiserons durant l'entrainement, un grand blond longiligne absolument adorable ... ), avec le désir profond de mêler la musique et la danse. Il prône le corps, comme 1er instrument de travail de l'artiste, ce sur quoi Varasanta base toute son investigation. Et par dessus tout, dans un pays comme la Colombie, de mettre cette matière artistique au service d'un engagement social et politique absolu. Aider les minorités par la voie théâtrale. Les soutenir, le mieux possible. Et travailler d'arrache-pied dans ce sens-là, avec le soutien du Ministère de la Culture, de nombreuses ONG ... Beto parle avec passion, débordant de détails et d'anecdotes parfois difficiles à suivre. C'est bien simple, le Teatro Varasanta, c'est toute sa vie.

Et c'est comme il est arrivé, l'air absent, qu'il s'échappe de l'interview pour se diriger vers la salle d'entrainement.

Etrange rencontre ...

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Il y a de ces soirs où l'envie du lit est trop forte, où la simple évocation mentale de l'oreiller et du sac de couchage, vous font rêver mille fois plus que les plages paradisiaques et les soirées reggaeton dans les bras d'un colombien tout bronzé et tout sexy ;). Et évidemment, c'est en général ces soirs-là où on a deux rendez-vous à la suite, et qu'on est pas prêtes de s'évanouir dans les bras de Morphée.

Heureusement, il y a des ces soirs où l'on fait des rencontres magiques, excitantes, qui vous laissent un souvenir impérissable et une envie furieuse de revoir ces compagnies de théâtre, de travailler avec elles, jour et nuit. Et de dire adieu à l'oreiller. Entrópico Teatro est de celles-là.



Nous arrivons au lieu de répétition, déjà épuisées par l'interview précédente, et les dizaines de minutes à tournicoter dans la ville.
On entre, des rythmes de percussions sonnent déjà à nos oreilles: les musiciens sont là, en live. Alvaro Hernández, le directeur du groupe nous salue, un peu intimidé (mais sûrement beaucoup moins que nous devant tous ce groupe d'artistes-comédiens-
musiciens-acrobates).

Pendant qu'ils s'échauffent, Alvaro nous explique leur méthode de travail., leurs influences : Entrópico Teatro, c'est un théâtre bien particulier, inspirés de diverses traditions rassemblées aux quatre coins du monde : de la musique afro-colombienne, des danses indiennes, des masques japonais, un peu de capoeira (art martial brésilien), et j'en oublie ! On en reste bouches-bées. Et on n'est pas au bout de nos surprises : les comédiens se donnent à 300% - sans oublier les musiciens - ils enfilent des costumes incroyables, des masques aux visages expressifs, et nous font même le déflié d'un espèce de dragon à quatre pattes (deux comédiens super synchros). Des répétitions comme cela, c'est plus qu'un spectacle, d'ailleurs on y est restées plus de deux heures...et utilisé pas mal de bande.
 


On interview ensuite Alvaro (ici ), qui demande, un peu inquiet, si les questions sont compliquées... je le rassure en lui disant qu'il devrait pouvoir y répondre sans problème, ce qu'il fait ! Il se sent très proche du théâtre anthropologique, qui étudie les comportements physiologiques et socio-culturels de l'être humain en situation de représentation. Le fondateur de ce courant s'appelle Eugenio Barba, et depuis quelques interviews, son nom est cité quasi systématiquement. L'Entrópico Teatro a fait un long travail sur les indigènes de Colombie, sur les traditions noires et paysannes de leur pays, un travail très ancré et engagé dans l'actualité du pays.


S'il fait du théâtre, c'est pour sortir les gens de leur léthargie, d'où l'usage d'un langage direct : le corps, la musique, les danses, les masques. Mais aussi pour que le monde sache ce qu'il se passe en Colombie : la guerre, qui fait plus de morts qu'à Gaza, mais que le gouvernement continue de nier. Les corps qui sont découpés en morceaux avant d'être enterré dans les campagnes.

Leur théâtre est une fois de plus très engagé dans l'actualité, comme répondant à une nécessité de s'exprimer, d'exprimer, et de ne surtout pas laisser dans l'ignorance et dans l'oubli. De montrer. Tout cela avec du rythme, de l'énergie à revendre, des danses et des couleurs qui atteignent directement leur but : en plein coeur. Et en plein ventre.


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Publié à 01:18, le 10/03/2009 dans Colombie, Bogotá
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Un peu de douceur dans un monde de brutes : Patricia Ariza et Carolina Vivas, Bogotá.

Après quelques tentatives infructeuses d'interviewer Patricia Ariza (il faut savoir que les Colombiens n'utilisent pas - ou très peu - d'agenda ! Argh !), on parvient finalement à lui voler un petit quart d'heure pour lui poser nos questions dans le patio de la Corporation Colombienne de Théâtre.
 

 
Patricia Ariza est une grande dame du théâtre colombien : fondatrice du Teatro La Candelaria avec Santiago García, fondatrice de la Corporation Colombienne de Théâtre, organisatrice de plusieurs festivals de théâtre en Colombie (Festival alternatif de théâtre, Festival de femmes en scène pour la paix,...).
Artiste ultra-engagée, féministe, militante de gauche : une vie faite de luttes, de rébellions, de risques aussi - elle est en ce moment accusée de faire du théâtre subversif (tout ce qui s'oppose d'une manière ou d'une autre au gouvernement est considéré comme subversif), menacée par courrier et placée sous surveillance par l'Unité anti-terrorisme. Dans un pays où le nombre de journalistes et d'intellectuels assassinés ou disparus dépasse de loin celui repertorié en Argentine ou au Chili durant l'époque des dictatures, autant dire que la menace est sérieuse. On nous l'a dit a plusieurs reprises : la liberté d'expression est limitée, et dès qu'on ose critiquer le gouvernement, on est considéré comme terroriste, manigancant avec les FARC où je ne sais quelle guérilla.
Mais comment faire un théâtre détaché des réalités ? Un théâtre qui ne questionne pas ? Un théâtre qui ne dit pas ? Pour Patricia Ariza, la responsabilité de l'artiste est entière, envers tout. Rien ne peut être étranger au théâtre.
 

 
L'interview passe en un éclair, c'est dommage, Patricia Ariza n'a pas beaucoup de temps à nous consacrer, elle répond le strict minimum, son regard se balade... elle flotte, ailleurs. Avec ses yeux foncés au fond desquels semble en permanence suspendus une larme de tristesse, un voile de mélancolie.
Elle nous parle de sa trajectoire, son engagement tant politique que en faveur des Droits de l'Homme (et aussi, et surtout de la femme). Sa dernière pièce, Olympe où les droits de la femme pendant la révolution francaise, est d'ailleurs sur Olympe de Gouges, figure féministe de la révolution francaise, la première à avoir écrit les droits de la femme. Elle travaille sur le mode de la création collective, et pense que faire du théâtre, c'est donner au spectateur un ticket pour les souterrains de la société : sa mémoire, ses rêves, son passé, ses fantômes, ses espoirs.
 

Un engagement total, à tous les niveaux, une femme de courage derrière un regard un brin évaporé, Patricia Ariza nous aura intriguées, fascinées, et laissées un peu sur notre faim, aussi. Heureusement, on continue à nous en parler aux 4 coins de la Colombie, et on mesure peu à peu l'ampleur du personnage. Quelle femme !

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Des rescapés du Teatro La Candelaria, cela existe bien évidemment. Il y en a toujours, des qui veulent quitter le nid pour voler de leurs propres ailes. Fonder une autre famille, à la fois semblable et différente. Quoi de plus normal ? Carolina Vivas, autre femme de théâtre non moins engagée que la précédente, a quitté la compagnie il y a de ca 18 ans pour créer l'Umbral Teatro, avec son compagnon.



La rencontre se fait du haut du 23ème étage de son immeuble, l'occasion de filmer Bogotá la Grande d'au dessus, ce qui rend Didine complètement marto. C'est l'aide ménagère qui nous ouvre la porte de l'appartement (spacieux comme on en voit parfois sur Paris quand on atterrit au milieu d'une fête à laquelle on n'était pas invité). Elle propose un café en attendant (Carolina aura un peu de retard) ce qu'on ne peut décemment pas refuser en Colombie. Lorsqu'on est normalement constitué bien sûr. Comme toujours avant que l'artiste n'apparaisse, on stresse un peu. Enfin moi, du moins. Je me demande ce que je fais là, à qui on va avoir affaire, quel type de personnage on va découvrir. Plutôt alègre, timide, drôle ou charismatique ? Ou peut-être rien de tout ca ?

Le café fume encore dans nos tasses lorsqu'elle arrive, lumineuse dans son chemisier bleu ciel. C'est une belle femme, on le remarque tout de suite, moderne, élégante et active. Mais beaucoup plus intimidée par la caméra qu'on n'aurait pu le croire. Elle ne sait d'ailleurs trop comment s'installer dans son fauteuil pour avoir l'air casual (on ne saurait la conseiller, nous qui n'avons pas franchement l'habitude de recoiffer les artistes entre 2 prises), et opte finalement pour la plus simple des positions : assise.



De là, elle se met à raconter, plus confiante. Comment lui est venue l'envie de faire du théâtre, encore gamine, lorsqu'elle est restée littéralement scotchée devant un spectacle du Théâtre Expérimental de Cali, comment elle a vécu 17 années merveilleuses au sein du Teatro de la Candelaria et pourquoi elle a décidé de fonder sa propre compagnie, comment et pourquoi elle aime écrire (seule, et non pas en contact avec les acteurs) et combien cela lui coûte de n'avoir que 24 heures dans une journée pour organiser son emploi du temps, et surtout, elle nous révèle comment un clown russe a réussi à l'émouvoir à tout jamais durant un spectacle. Grâce à la perfection de son jeu et de sa technique. Elle se confie le coeur au bord des lèvres, comme si elle nous parlait de sa plus grande histoire d'amour. Carolina est avant tout dramaturge, même si elle est passée par les planches et qu'elle dirige toujours les comédiens de l'Umbral teatro. On sent qu'elle aimerait dédier tout son temps à l'écriture, qu'elle se noirait volontiers dans ses papiers des heures durant, si elle en avait la possibilité. Mais le travail de groupe reste primordial, nous explique-t-elle, la mise en scène recquiert elle aussi énormément de temps. Mais le théâtre, dans son ensemble, est une véritable vocation qui la rend profondément heureuse. Par ici la fiche, youp'la !



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Publié à 05:02, le 7/03/2009 dans Colombie, Bogotá
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Du théâtre qui palpite en salle ou à l'air libre, Bogotá

L''idée de faire du théâtre à l'air libre, jusqu'ici, ne m'avait jamais emballée. Pouvoir être interrompu toutes les 2 secondes par un chien, un ballon ou un crotte d'oiseau ne me séduisait pas. Sans doutes aussi qu'en France, l'art de la rue, mis à part Avignon, n'est pas franchement encouragé. Le terme a une connotation péjorative, très "sociale", donc moins pro. Je n'émets pas de jugement de valeur, c'est juste comme cela que je le ressentais.

Ici, en Amérique Latine, c'est monnaie courante. Beaucoup de troupes on en fait leur particularité. C'est le cas du Vendimia Teatro, que nous rencontrons au petit matin (7h) dans un parc perdu de la zone sud de Bogotá. Carlos Araque, le directeur, nous a donné quelques indications précieuses pour se repérer (aurait-on trouvé sans ca ?) : sur un terrain de basket, à gauche de la rivière en venant du Transmilenio. C'est limpide.

On retrouve la troupe en pleine répétition. La montre indique 7h, mais eux sont déjà là depuis 5h du matin. Leur état de fatigue ne semble pas s'en ressentir. Seuls quelques joggeurs aux joues rouges passent à côté, sans préter attention à ce qui se trame entre les 2 goals : une jeune fille brandit un immense drapeau déchiré tout en chantant avec acharnement un hymne de désespoir. Carlos a vraiment une drôle d'allure, on ne peut pas le louper : gros bonnet de ski enfoncé sur le crâne, lunettes écolos, ciré à carreaux. Encore un atypique qu'on est impatientes de connaitre.
 
Il nous fait signe sans vraiment nous saluer, pour nous montrer qu'il nous a vu, sans perdre le fil de la répet'. Très concentré, posté aux côtés de son assistante, sous le panier de basket. Un peu godiches, on sort timidement Didine du sac pour se donner de la contenance, et commencer à filmer. La pièce relève d'avantage de l'accrobatie que du travail de comédien à proprement parlé.
 
Du moins à première vue. Car les 3 acteurs sont impliqués à 100% dans leurs personnages. Bien plus que la plupart des comédiens en jeu sur scène, qui enfilent leur rôle comme un costume de carnaval pour s'en défaire aussi rapidement de retour en coulisse. La plus petite est phénoménale. Je ne peux détacher mon regard de son visage, profondément imprégné par la situation de douleur dans laquelle elle se trouve. Et la voila qui court et se heurte contre son partenaire, fait marche arrière pour l'éviter, et lui de la pourchasser et de finir par la tuer un peu plus loin d'un coup d'épée magistral.
 
Les corps se tordent, se courbent, se frôlent, se rencontrent et se quittent. Maria Fernanda Sarmiento, que nous interviewons avec Carlos Araque en suivant, joue le rôle de la mort. Elle rôde lentement autour de sa victime, avec grâce et souveraineté, un sourire permanant sur le visage. Tout ce qui se joue sous nos yeux, à l'air libre -on oublie d'ailleurs bien vite ce détail, l'espace est transcendé par la dramaturgie- est profondément vivant, sincère, émouvant. Cette petite comédienne arracherait des larmes à un banquier. Son regard est flamboyant, son énergie captivante. La moindre partie de son corps respire le rôle et se met au service de son personnage. 

Lorsque la répet' prend fin, Carlos se tourne vers nous et nous salue. D'un bonjour franc et chaleureux, quoiqu'un peu exentrique, comme son accoutrement. Nous félicitons toute l'equipe, la petite magicienne enfile ses baskets en deux deux et s'ecclipse comme un courant d'air. Quel dommage ... Reste le comédien, l'assistante, Carlos et Maria Fernanda.
 
De l'interview des 2 derniers, je n'ai aucune trace vocale (le dictaphone n'a pas fonctionné), je ne pourrai donc pas la retranscrire. Ce que je peux vous en dire, c'est qu'encore une fois, ces artistes-là mettent un point d'honneur à rendre le théâtre vivant, présent, accessible. Dans la rue, à portée de tous, en acceptant les interruptions de la vie quotidienne -chien, ballon, crotte d'oiseau- comme une possibilité de rebondir, de jouer avec ce qui se produit et d'apprendre. Quelle meilleure école ? Carlos a été le professeur de Maria Fernanda, ils sont maintenant partenaire au sein d'une même équipe. Aujourd'hui sur un terrain de bascket, demain place de l'Opéra à Paris ? Qui sait.

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Teatro R101, curieux nom pour un théâtre, ça fait plutôt numéro de casier ou de ligne de bus. Premier rendez-vous au-dit lieu un samedi en fin d'après-midi, pour une petite visite guidée (toilettes incluses) et discussion un peu vide de contenu avec la directrice administrative.
 
Bref, le soir de la pièce, on a pas plus que ça envie de s'y rendre... on a même failli rebrousser chemin 5 minutes avant, heureusement qu'on s'est secouées pour y aller ! 
 

La compagnie met-en-scène un texte de Caryl Churchill, une anglaise, La Bienvenida - avec beaucoup de brio. Je crois que je n'ai jamais autant ri face à une pièce de théâtre. Un vrai fou rire, comme on en n'avait pas eu depuis le Chili. Une mise-en-scène sobre mais efficace, c'est surtout le jeu des comédiens qui nous a épatées. La trame est pourtant simple : des scènes quotidiennes de la vie de famille, avec ados rebelles et parents névrotiques. On apprendra plus tard qu'ils caricaturaient les typiques familles colombiennes avec un père ultra-macho, une femme bien docile mais avec un sacré caractère, le poids de la religion catholique (imaginez-vous, un fils qui s'habille en fille...Dios Santos ! - une fois de plus, le tabou de l'homosexualité porté sur la scène). 
J'ai tellement ri qu'il était difficile de me concentrer sur le plan qu'essayait laborieusement de filmer Didine, ce qui donnera donc sûrement une image... très mouvementée ! 
Définitivement l'une des meilleures pièces du voyage, on a même réussi à y envoyer le cousin Vincent (qui a dû se rentrer au théâtre une dizaine de fois en tout dans sa vie de parisien) qui en est revenu enchanté, c'est vous dire.
Après la pièce, on se rend dans les coulisses interviewer toute l'équipe, ils sont 7, je me demande comment je vais pouvoir mener cette interview... Heureusement, ils sont concis dans leurs réponses et laissent généralement parler le directeur et metteur-en-scène, Hernando Parra.
Le Teatro R101 est un théâtre jeune, très dynamique, et qui dispose déjà d'une superbe maison où se côtoient acteurs, dramaturges, danseurs,... et le désormais traditionnel chien qui semble vraiment indispensable dans tout théâtre qui se respecte !
 

Quand je leur demande ce qu'ils pensent que le théâtre puisse apporter aux gens, le silence plane... jusqu'à ce que deux mots jaillissent du groupe : mémoire et rencontre. 


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Publié à 09:47, le 2/03/2009 dans Colombie, Bogotá
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Colombie : nouvelles photos !

Dans les albums :

Colombie : Cali - Bogotá

Colombie : Barranquilla - Parque Tayrona

Colombie : Cartagéna

Let's go. Cool



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Publié à 07:30, le 1/03/2009 dans Colombie,
Mots clefs : cartagena

Carlos et Juan Carlos, 2 artistes différents mais dans un meme quartier, Bogotá.

Carlos Satizabal ressemble ni plus ni moins à un ours à chapeau. Avec des cheveux long qui s'en échappent. Difficile de se faire une idée ? Voici la photo pour illustrer.
 
 
Il s'agit en réalité du compagnon de Patricia Ariza, le 2nd "pilier" du Teatro La Candelaria après Santiago García. Ils habitent tous le deux derrière l'une des nombreuses façades colorées du fameux quartier, une maison incroyable, voire abracadabrante, avec dôme de verre au dessus du salon, excusez du peu. Mais le tout absolument pas tape-à-l'oeil. Juste rempli de folie et d'objets de toutes sortes, rapatriés des 4 coins du monde : miroirs arabes, statuettes en bois, en bronze ou en porcelaine, cousins dodus roses, jaunes, verts sur canapé moelleux, plantes qui tombent de tous côtés, chat câlin qui se frotte, chapeaux par dizaine pour elle et pour lui, peintures dont je ne me souviens même plus les thèmes ni les courbes ... un régal pour les yeux. On prend des idées pour notre futur loft duplexifié à Paris dans le 15ème. La preuve par 10 que l'on peut vivre bien en faisant du théâtre ... a Bogotá du moins.


Bref, assez tergiversé sur le salon de Carlos Satizabal, parlons théâtre.
Il fait partie du Rapsoda Teatro, dont il est le fondateur avec Patricia, et dont la porte d'entrée se trouve juste à côté de celle du Teatro La Candelaria. C'est plus pratique pour les gens qui font un documentaire sur le théâtre, toutes les troupes se trouvent à quelques pas, voire à quelques centimètres, ils l'ont fait exprès bien sûr.
On rencontre Carlos lors d'une de ses répèt', une version remasteurisée d'Antigone dont on ne retrouve pas forcément la problématique à 1ère vue, mais qui paraît intéressante ... l'une des comédiennes en remplace une autre, son texte est encore frais, ses déplacements encore plus, nous suivons tout cela avec compréhension. Lorsqu'il dirige ses actrices, Carlos est tres doux (comme l'idée que l'on se fait d'un ours tant qu'on n'en a pas rencontré un pour de vrai), toujours à leur écoute (création collective ou "chercher ensemble") mais avec son idée bien en tête. C'est lui qui a reécrit le texte, et il corrige au fur et à mesure du travail sur le plateau.
L'interview se fait en suivant dans le patio sous une grande plante histoire de faire plus exotique (tous les théâtres du quartier ont une cour intérieure verdoyante), et sous le regard de quelques personnes, intriguées. Allez jetter un coup d'oeil à sa fiche. Carlos aime ce qu'il fait, et cela se ressent dans ses mots. 

 
Suite a quoi, tout naturellement et comme ont coutume de le faire les colombiens, Carlos nous invite à déjeuner chez eux pour rencontrer Patricia Ariza (que nous ne parvenons jamais à joindre, grrrr) après notre prochain RV. L'occasion de découvrir la fameuse caverne d'Alibaba et les coutumes culinaires de la ville, dont le fameux arequipe (confiture de lait) fait maison, dans une coque de fruit genre coco, qui se déguste à la petite cuillère. Un régal pour les pupilles, une horreur pour les fesses. On fait connaissance avec la grande Patricia (dont vous aurez bientôt la fiche), femme de théatre réputée qui a déja fait ses preuves dans le cercle théâtral colombien. Et surtout accolyte de Santiago García. Patricia semble toujours un peu ailleurs, comme flottante, c'est l'impression que cela nous fait durant tout le repas. Son compagnon la regarde avec tendresse, lui rappelle ses RV et ou elle a laissé ses clés. Nous fixons une date avec elle, qu'elle ne note pas -erreur fatale- et qui nous vaut de repasser par sa caverne le lendemain et de n'y trouver que Carlos. Mais aucune Patricia. Il sourit doucement, un peu embêté pour nous, mais habitué. Cela nous donne l'occasion de s'attarder chez lui - c'est tellement sympa - et de grimper jusqu'a la terrasse. En effet, vue imprenable sur les toits de tuile de la Candelaria, tout cabossés ... Didine filme tout ca. C'est a ce moment-la que Carlos nous annonce le prix d'une maison un peu plus haut sur les collines. Environ 30 000 euros. On se regarde avec Nasta. Ouvrir un théatre a Bogotá ... l'espace d'un instant, l'idée nous chatouille l'esprit. On peut toujours rêver, ca n'a jamais tué personne, bien au contraire. Carlos nous conseille de trouver un mari fortuné pour démarrer, c'est plus facile. Son oeil frétille.
Nous le recroiserons plusieurs fois, de-ci, de-la, au fil de notre investigation, avec son chapeau sur la tête, toujours ...
 
 
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Quel rythme frénétique à Bogotá ! À peine l'avoine (pour l'une), les corn-flakes (pour l'autre) et le Milo (pour les deux) du matin engloutis, on file vers le centre coloré de la grande ville.

Autre rendez-vous dans La Candel'(aria), avec Juan Carlos Moyano cette fois-ci, du Teatro Tierra. 
 

Il fait répéter un autre groupe que le sien en ce moment, des acteurs des quartiers sud de Bogotá. Petite précision : les quartiers sud de Bogotá, c'est les endroits où personne ne va, une moitié de ville inconnue et oubliée, parce que pauvre, là où s'entassent les desplazados ("les déplacés" - à cause des violences dans les campagnes, des villages entiers sont déplacés vers les grandes villes, dans des conditions plus que précaires).

Juan Carlos arrive en vélo, essouflé par la montée dans les rues abruptes du quartier historique de la capitale. Il parle beaucoup, comme s'il avait envie de tout nous dire dans un laps de temps très court. Heureusement qu'on a un peu de temps devant nous. Juan Carlos choisit ses mots avec soin, il entend bien nous expliquer son point de vue.
Son théâtre a une caractéristique bien particulière : c'est un théâtre de l'objet - où l'objet est un personnage à part entière. On aura l'occasion de le voir en répétition, où tout se fait avec un grand drap blanc qui occupe toute la scène et qui prend tour à tour plusieurs formes : on reste fascinées par ce que crée la simple présence de cet objet. Tout un univers.
 


Le théâtre, c'est toute sa vie. D'ailleurs, le théâtre pour lui, c'est la vie, dans un pays où la mort guette quotidiennement, où "tant de bombes, de jambes et de coeur explosent". 
Le théâtre, comme la vie, est une fête. 
Le théâtre c'est aussi et surtout la mémoire, dans son pays qu'il qualifie d'amnésique (allez lire sa fiche).
 


Ré-écouter toutes ces interviews, ré-entendre tout ce que ces artistes acceptent de nous livrer face caméra, tout ce que signifie le théâtre pour eux, dans des pays où la liberté d'expression est souvent restreinte, ou la dimension du risque est à prendre en compte, nous remet pas mal en question, il va sans dire. 
Quel théâtre veut-on faire ? Comment ? Avec qui ? Et surtout : pourquoi ?


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Publié à 05:56, le 1/03/2009 dans Colombie, Bogotá
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Une brochette de dramaturges colombiens !

C'est par une troupe de Cali, Cualquiera Producción - avec laquelle nous sommes en contact grâce à Patricio de Contra el Viento à Quito - qu'on contacte Enrique Lozano, jeune dramaturge colombien.

Nous avons rendez-vous avec lui pour une rencontre de dramaturges au Teatro R101. La Tartulia dramática. Sorte de table ronde où les auteurs discutent la production de l'un d'entre eux.
Nous fixons rendez-vous avec Enrique pour le lendemain, chez lui, et nous nous éclipsons au bout d'une heure : allez essayer de discuter un scénario de cinéma, en espagnol, quand vous ne savez même pas utiliser correctement la concordance des temps ! No comment. Et longue vie au subjonctif.

Après notre habituelle heure de Transmilenio (réseau de bus de Bogotá... si l'enfer est sur terre, je crois qu'il a élu domicile dans le Transmilenio), compressée comme des obleas (vous savez, les fameuses gauffres épaisses comme des osties), et où il faut hurler pour pouvoir s'extraire de la marée humaine, on se dirige vers le quartier de La Magdalena, tout près des collines verdoyantes.


C'est là qu'habite Enrique et sa copine Paola, artiste peintre. Leur appartement est tapissé de ses oeuvres, dont une immense qui nous fascine toutes les deux : son calendrier.

Enrique revient d'un long séjour de 5 ans à l'étranger : Paris, Buenos Aires,... Il reprend peu à peu ses marques dans le milieu colombien.
Écrire du théâtre lui est venu un peu par hasard : il écrivait des romans, quelques scénarios pour le cinéma et un jour, il a participé à un concours de dramaturgie et sa pièce a gagné un prix !
Auparavant, il aimait traiter du local, plus spécifiquement des figures caleñiennes (habitants de Cali) qui travaillent dans l'illégalité : les narco-trafiquants, les guérilleros...qu'est-ce qui pousse quelqu'un à franchir la ligne, et à basculer dans l'illégalité, dans la marginalité ? Voilà le thème qui le hante. Même si le fait d'avoir quitté la Colombie pendant plusieurs années a passablement fait évoluer son travail vers d'autres thèmes, plus personnels.
Enrique fait partie de cette nouvelle génération de dramaturges qui, s'ils sont indéniablement influencés par les maîtres de l'ancienne génération du théâtre politique comme Santiago García (de La Candelaria) et Enrique Buenaventura, s'en détachent peu à peu.
Ce qui lui plaît dans le fait de faire du théâtre en Colombie, c'est précisément de montrer au public qu'il est possible de faire du théâtre en Colombie !
Très belle rencontre que celle d'Enrique et de Paola, qui ne nous laissent évidemment pas partir sans nous donner quelques contacts, de-ci de-là, et oui, que voulez-vous, on est en Colombie !
 
 
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Victor Viviescas, à vrai dire, c'est de l'histoire ancienne. On était déjà en contact avec lui depuis 1 an, sans le savoir. Quand je dis "en contact" je pousse un peu. On avait son nom et son mail, pas non plus de quoi sabrer le champagne, mais c'est déjà quelque chose quand on investigue de l'autre coté de l'océan. Attention c'est compliqué : un gars de l'alliance francaise de Bogotá nous avait mis en contact avec un comédien, Jacques Mérienne (rencontré a Paris autour d'un verre) qui nous avait à son tour donné le mail de ce Victor. Un dramaturge colombien. Plutôt reconnu. On s'était empressé de lui écrire il y a de ça 1 an donc, n'ayant que très peu de contacts en Colombie, mais sans suite. Puis relancé avant de partir, idem. Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ? On se tourne vers d'autres horizons, et on oublie. Amusant, c'est le dramaturge du dessus, Enrique Lozano si vous avez suivi, qui nous redonnera son contact lors de son entrevue, "parce qu'il serait vraiment intéressant de l'interviewer". Ravies, on griffonne le nom, qui résonne vaguement dans nos cervelles de moineau, mais sans plus. Nasta a lu des choses sur lui. Moi le vide complet, je n'ai rien lu, rien vu, rien entendu.
C'est en le rencontrant a l'Université Nationale de Bogotá (où il donne des cours) qu'il nous demande si ce n'est pas nous qui l'avons contacté il y a plusieurs mois ... 2 jeunes françaises, qui devaient partir en Amérique Latine, à qui il n'avait pas répondu. Moi, naïvement : "Tiens, c'est rigolo ! Non, non, je ne crois pas que ce soit nous." Puis, éclair de génie : "Aaaaah, si ! C'est nous !" (forcément). On a beaucoup rit la dessus, du coup c'est un peu mieux passé.
Victor est tout ce qu'il y a de plus "facile". Facile à rencontrer, facile à comprendre, facile à interroger, facile à connaitre. Pas de chichis, on va droit au but. Autour d'un tinto, au rez-de-chaussée, dans la cafeteria de la fac. On expose notre projet, et lui le sien. La discussion se fait au gré des questions, sans plan prédéfini qui complique tout et impose cette distance idiote dont on se passerait si souvent, en prenant à la fois tout et rien au sérieux. Comme j'aime. Il nous parle du théatre en Colombie (allez lire sa fiche ici), et nous oriente rapidement vers d'autres personnes, d'autres groupes qui pourraient compléter notre panorama. Mieux encore il appelle en direct ses contacts et nous passe le combiné apres avoir brièvement présenté notre projet. Du jamais vu. Et nous de répondre à la hâte a notre interlocuteur ("il est de quel groupe lui déjà ?") et d'anoter les RV dans l'agenda pendant qu'il passe le prochain coup de fil. On aurait presque du mal a suivre. Il y a des rencontres comme ça ... qui facilitent la vie.
Suite a quoi on grimpe sur les toits pour prendre le soleil, quelques photos, et démarrer l'interview. Lumière aveuglante ! Je me souviens avoir cligné des yeux à m'en déformer l'arcade sourcillière. Vraiment. C'est ça Bogotá, un temps de printemps le matin, une averse à midi et un vent qui décoiffe le soir. Ou le contraire, y a pas de règles. Victor Viviescas, lui, se fiche bien de la météo. Il répond à nos questions, tout bas - je m'inquiète d'ailleurs pour le dictaphone qui ne va pas enregistrer grand chose ... il nous avoue avoir débuté sur scène, comme comédien, avant d'en venir à la dramaturgie. Ecrire par besoin, celui de faire un théâtre qui lui soit plus propre, proche de ses intérêts, ses idées, ses désirs, et plus largement ceux de la société colombienne. Et cela en reflétant par les mots les problèmes de violence et d'inégalité, profondément imprégnés dans un pays comme celui-ci.
Nous quittons Victor en coup de vent, le coeur complètement décoiffé.
 
 
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Pinocho y Frankenstein le tienen miedo a Harrison Ford, traduction : "Pinocchio et Frankenstein ont peur d'Harrison Ford".
Voilà un titre qui donne envie de traverser la ville pour aller au théâtre, non ? Un titre qui suscite la curiosité, la perplexité aussi, peut-être ? Et bien, allons-y (surtout qu'on a le contact du dramaturge-metteur-en-scène-acteur de la pièce : Fabio Rubiano, par Enrique, encore lui).
On embarque notre coloc' (pour trois semaines seulement, mais tout de même), j'ai nommé Tatiana, notre petite fée. Ou plutôt, c'est elle qui nous conduit jusqu'au Teatro Libre, où se joue la pièce.

Un grand théâtre, avec une devanture très new-yorkaise, où le titre de la pièce se détache sur les néons. Pinocchio..., c'est un univers très particulier, auquel on est restées très hermétiques toutes les trois : des enfants dans un sordide laboratoire/orphelinat, qui tentent de s'échapper en construisant une machine volante.
 
On a rendez-vous avec Fabio Rubiano deux jours après, ça tombe bien, on a plein de questions à lui poser sur cet "ovni-théâtral". Comment faire le portrait de Fabio Rubiano ? Eh bien c'est un excentrique, qui a commencé 4 cursus universitaires tous plus éloignés du théâtre les uns que les autres (biochimie, ingénierie industrielle, et j'en passe), qu'il regrette beaucoup parce qu'il aurait beaucoup de sous, à l'heure qu'il est ! (il plaisantait, bien sûr.. quoique.)

Sa technique ? Arriver aux répétitions avec les 80% du texte écrit, l'essayer avec les acteurs, et achever de l'écrire "en scène". "Le théâtre appartient aux acteurs", c'est Fabio Rubiano qui nous l'a dit (et encore plein d'autres choses, que vous pourrez lire ici).


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Publié à 06:16, le 27/02/2009 dans Colombie, Bogotá
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Deux incontournables du théâtre colombien, Críspulo Torres et Santiago García, Bogotá.

La Colombie.
Contrastes, métissages, soleil de plomb où altitude des hauts sommets,

allégresse, tristes drames,

café, fruits de toutes les tailles et de toutes les couleurs, narco-trafic,

FARC, salsa, Caraïbes. Qu'est-ce que ca vous évoque, à vous ?

Difficile de savoir par où commencer, il y a tant à dire, et en même temps

nous n'avons vu qu'une infime partie du pays.

Bogotá, la capitale, perchée à 2640m d'altitude (quand même !), bordée

à l'est par des collines verdoyantes, et bouillonnante de culture comme

on l'a rarement vu ! On ne sait plus où donner de la tête, heureusement,

on a déjà quelques contacts à l'arrivée, ce qui nous permet de nous

immerger directement dans le théâtre colombien (et notre tâche

sera grandement facilitée par les Colombiens, qui sont les gens les

plus accueillants et aidant qu'on n'ait jamais vu ! Un Colombien ne

t'indique pas ton chemin, non, il t'accompagne jusque devant

la porte. Un Colombien t'ouvre ses porte, naturellement.).
 
Notre premier rendez-vous à lieu dans le quartier historique de

La Candelaria, au théâtre TECAL, avec Críspulo Torres, le 

directeur. Críspulo est un petit homme avec une grande moustache et

un béret noir.

 

Il nous dresse immédiatement un panorama assez complet de la

situation en Colombie, et de son théâtre, jeune (la tradition

théâtrale a emmergé dans les années '60) mais ultra-dynamique.

Le TECAL a déjà plus de 25 ans, et sa caractéristique est de

faire du théâtre dans les espaces ouverts, à l'air libre. Mais 

ils ont aussi un siège et une salle, en plein centre de La Candelaria.


A l'époque, jouer dans Bogotá c'était se réapproprier les rues,

et tenter de les sortir du règne de la terreur. La guerre, cette

guerre souterraine qui ronge le pays mais qu'on ne voit pas,

et dont on parle trop. Mais Críspulo ne veut pas nous parler 

seulement de la guerre, et se débat pour sortir son pays de

l'image noire qu'on lui colle : "La Colombie ne génère pas

qu'un "art de la guerre"!, (...) c'est un pays qui mérite une meilleure

opportunité."

Quand on lui demande ce qu'il pense que le théâtre peut apporter

aux gens, Críspulo se sent démuni : "Que peut une pièce de théâtre

contre un fusil ? Que pourrait-on faire de mieux, de plus utile ?".

Mais le théâtre donne la possibilité de rêver en commun, et

d'agir comme un détonateur là où la possibilité de dialoguer est

freinée par la peur.

La possibilité. Autre chose, autrement. Un monde meilleur. Une

Colombie qui serait plus connue pour les 14 verts qu'on dénombre

dans ses paysages que pour sa triste actualité. Et ses narcotrafiquants.
Allez lire la fiche de Críspulo (c'est un ordre !) ;)

 


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A une cuadra du Tecal et de notre ami "Crepusculo" (private joke)

-vous devez maintenant savoir ce qu'on désigne par "cuadra" de

ce coté-ci de l'océan : un bloc, un paté de maison, quoi ...- on

tombe sur le plus que renommé Teatro de la Candelaria , avec pour

commandant de bord le grand Santiago García (qui est en fait tout petit).

     

On ne passe pas par Bogotá sans entendre parler de ce monsieur,

surtout quand on trimbale derrière soi 8 mois d'investigation

en Amérique du Sud. Non seulement fondateur de ce théatre,

il en est le directeur, le metteur-en-scène et le dramaturge.

Et à son actif sûrement bien d'autres tâches insoupçonnées

encore ... Avec Enrique Buenaventura, il s'agit d'un des hommes

de théatre le plus renommé de Colombie. Et plus largement

d'Amérique Latine. C'est une référence, celui qu'on rêve de

rencontrer, celui dont on murmure le nom avec admiration

et qu'on appelle "maestro", celui qu'on vénère sans concession.

Et pour cause ! Il est l'un des pionniers du théatre colombien.

 
 

C'est là que tout a démarré, dans les ruelles du quartier

de la Candelaria, un dédale coloré authentiquement charmant, 

dont on vous a déjà assommé de photos. On imagine mal

meilleur endroit pour fonder un foyer théâtral du genre,

suffit de regarder autour de soi pour trouver une source

d'inspiration. Ca respire l'art, la culture, l'amour de

l'architecture ... harmonie de couleurs, de gens, de traditions

culinaires, d'odeurs, de bruits (quand il n'y a pas de travaux :S ).

On s'y sent bien, rien qu'en flânant paresseusement le long

du trottoir. Tout est agencé pour s'y attarder un moment :

cafés baroques, stands à obleas ambulants (gauffres fines

comme l'ostie recouvertes d'arequipe, l'équivalent de notre

confiture de lait), boutiques artisanales calfeutrées, petits

bars animés, étudiants fashions qui déambulent avec leurs

livres sous le bras, almuerzos à prix dérisoires tous les 2

mètres, et grosses femmes dodues du Museo Botero ...

c'est au milieu de tout ca que Santiago García a décidé de fonder son théâtre.



L'interview semble être tombée du ciel. C'est son accolyte

Patricia Ariza (dont vous aurez bientôt la fiche) qui

compose son numéro sous notre nez et nous colle un RV

le lendemain. Il ne sait rien de nous, et on ne sait finalement

pas grand chose de lui. Pas même à quoi il ressemble.

On guette dans le hall du théâtre où le tout Bogotá

semble s'être passé le mot pour venir (j'exagère). Et on

remarque un petit monsieur pendu au téléphone qui,

sans quitter son combiné, nous fait signe d'entrer.

Il désigne un recoin à sa droite. On imagine que c'est

là qu'il préfère donner l'interview. A côté des secrétaires,

du brouhaha, des sonneries. Très bien. Lorsque

Santiago García raccroche son portable, on comprend

rapidement qu'il est en speed, sort d'un rv et ne pourra

nous accorder qu'un petit quart d'heure. On expose

brièvement le pourquoi du comment, mais dans

sa tête semblent fourmiller mille autres préoccupations.

Ce qu'on comprend aisément. A nous de faire notre boulot,

au mieux, sans traîner. Il est assis sur un fauteuil et

nous par terre. Chose étrange, durant les quelques

minutes d'interview, Santiago García est parfaitement

présent, avec nous, à ce qu'il fait. Il fait abstraction totale

des bruits alentours (bien plus que moi) et répond

consciencieusement à chacune de nos questions.

Se prète au jeu de la photo dans la cour intérieure

(mais rapidement) puis, après nous avoir salué, file

au refectoire rejoindre son équipe pour le déjeuner.

Voilà l´homme. Débordé. Mais foncièrement bon.

Lire son interview .


En Colombie c'est au Teatro de la Candelaria que revient 

le terme de "création collective". C'est comme ca qu'ils

travaillent depuis 43 ans, dans un esprit de groupe,

d'entre-aide, de propositions. Toujours la même équipe,

à 2 ou 3 comédiens près. Tenter de maintenir cette

incroyable famille artistique, pour créer toujours plus.

C'est bien Santiago García qui écrit et dirige, mais à partir

de ce que proposent les comédiens sur le plateau,

à partir des intérêts, des préoccupations de chacun.

Souvent en relation avec la société colombienne et ses problématiques.

Cela se ressent dans leur pièce A titulo personal. La

dénonciation est latente, tout au long du spectacle, sans

pour autant être pesante. Divers sujets sont abordés, dont

beaucoup qu'on ne connaît pas. Pour ma part je reste

parfaitement hermétique au spectacle, ce qui n'est pas

le cas de Nasta fort heureusement. Je parle donc à 

"titre personnel", et du haut de ma minuscule expérience

théâtrale : je lui reproche un manque de rythme, un manque

de cohésion (diverses saynettes mises bout à bout sans fluidité),

et un manque d'esthétisme. Jeu de lumière inexistant,

espace scénique trop sombre et démesuré pour ce qu'il s'y

raconte, aucun élément scénographique mis à part

des cages à oiseau qui coulissent laborieusement depuis le plafond.

Certaines images resteront pourtant dans mon esprit : des
corps de femmes saucissonnées dans du film plastique et
pendus à des crochets de boucher, comme de gros morceaux
de viande. Un mère castratrice qui peigne son fils dans un
flot de reproches incessant, jusqu'à ce qu'on se rende compte
que c'est le fils qui parle, et non la mère ... Santiago est
tour à tour spectateur (en blouse de travail, patientant dans
un coin de la scène) ou acteur (petites interventions ludiques
pour dire au comédien de se dépêcher ou de se taire ...). Il est
comme un poisson dans l'eau, rajeuni de 10 ans. On comprend
pourquoi il a choisi cette voie. Et qu'il ne la quitterait pour rien au monde.

 



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Publié à 05:32, le 19/02/2009 dans Colombie, Bogotá
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Colombie, terre de richesses ...

Avant l'invasion des post-artistiques, voici quelques images de notre vie colombienne à Bogotá.

Les maisons colorées du quartier de la Candelaria, centre historique de la ville.

Anderson, un colombien rencontré en Bolivie au début du voyage.

Tatiana, la petite fée colombienne, chez qui on vit depuis 2 semaines, avec le cousin. Squat dans le salon, on déplie et replie les matelas tous les soirs. On se régale de arepas, flocons d'avoine, Milo ou céréales au petit matin puis on file aux RV.

Des morceaux de mangues en sachet, à tous les coins de rue ... un régal.

Primo Vinni. Voilà le surnom du cousin Vincent, qui a élu domicile au meme endroit que nous. Ici en face de sa tisane quotidienne, indispensable pour le bien-être de tout un chacun, on le sait bien. La preuve que ce n'est pas réservé qu'aux filles.

Dans le jardin des parents de Tat', les verts uniques de Colombie.

Avec Maria, la coloc' de Tat'. Ici, je tiens à préciser que les colombiens ont un sens de l'accueil unique, le plus chaleureux et le plus naturel, sans doutes, de toute l'Amérique Latine ... à méditer dans un pays en conflits comme celui-là.

Petit arret dans un piqueteadero, sur le bord de la route, avec nos colocs. Ici du mais doré à point.

Au théatre de la Candelaria.

Bogotá vue du 23 étage.

Voilà un mini apercu de notre vie ici ... 3 fois rien.

Des bises de nous deux !

 



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Publié à 03:27, le 15/02/2009 dans Colombie, Bogotá
Mots clefs :

Les marionnettes c'est pas que pour les grands ! Quito.

C'est Marian Morillo, haute comme 3 pommes, qui nous ouvre la porte de la Espada de Madera. Je me souviens qu'à ce moment précis, en découvrant son visage dans l'encadrement, je lui donne 25 ans. Pas 19.
Je resitue : nous voilà de nouveau catapultées au beau milieu du Centro de la Cultura, à Quito, 2ème étage au fond du couloir à gauche en montant l'escalier. Il n'est plus question de squat sous les toits, non là il s'agit ici d'un lieu officiel, avec un espace bien défini, une entrée, un atelier de création, une salle de spectacle. Une belle enseigne, et pas de courant d'air.
A la base on cherche le directeur du groupe, Patricio Estrella, parce qu'on nous en a parlé, parce que c'est le directeur. "Patricio esta ?" articule-t-on (il y a des jours où l'espagnol nous vient moins facilement) Marian nous répond dans un sourire qu'il n'est pas là, qu'on peut repasser vers 15h30. Ou l'appeler (elle griffone son numéro). Comme on veut. On lui expose le projet, ce à quoi elle répond en nous tendant d'une main franche le tract de leur spectacle, El Brujo y el diablo. Il s'agit de marionnettes, ce dimanche matin. C'est bon pour nous, chic, on va voir un spectacle en Equateur, le 1er.
Au téléphone le Patricio nous explique qu'il n'est pas disponible dans la semaine. Tant pis. Pourquoi ne pas interviewer Marian, tout simplement, d'autant plus qu'elle joue dans la pièce. Le point de vue d'une jeune comédienne toute fraîche, ca peut être intéressant. C'est la diversité que l'on recherche, après tout. 
Le Dimanche donc, on débarque un peu plus tôt pour installer le matériel ... j'en ris. On n'a pas de matériel. Juste Didine. 2-3 réglages sur l'ecran tactile et c'est tout bon. Ils doivent souvent s'attendre à nous voir arriver avec une perche, des projo et tout une équipe technique à l'affût. Je lis parfois un soupcon de déception dans le regard de nos artistes. "Mais où est la caméra ?" Dans ces cas-là il s'agit d'assurer derrière, dans une poignée de main franche et professionnelle, un sourire confiant, et une présentation du projet précise, synthétique et séduisante. 
Ce que l'on fait de mieux en mieux d'ailleurs. Après 8 mois de voyage, on finit par se rôder. Et prendre naturellement le relais, chacune son tour, lorsque l'une d'entre nous est moins vive, ou plus endormie. Moins efficace. Grognon.
Marian, donc, nous accueille en pyjama (ne vous méprenez pas, il s'agit de son costume de scène), et nous demande si on a besoin de rallonges ou de choses comme ca. Je grimace. Non non, ca ira comme ca. On sort notre micro-caméra, un peu honteuses (ben oui), et on commence à filmer l'échauffement.
Ils sont 3, 1 garcon, une fille, et nous offrent durant une petite heure un spectacle plein de poésie, d'humour et de marionnettes. Lorsque je parle de marionnettes, il ne s'agit pas de ces spectacles de Guignol avec des personnages minuscules qui surgissent derrière un petit théâtre de carton. Là elles sont grandeur nature, caricaturales, mais terriblement humaines. Les acteurs se "cachent" derrière elles en leur tenant juste la tête (le reste du corps est suggéré par de larges pans de tissus) et c'est en faisant bouger la machoire inférieure qu'ils les font parler. Ca peut paraître un jeu d'enfant, mais en réalité c'est un travail minutieux d'humaniser ces pantins, de les faire réagir sincèrement, avec les attitudes caractéristiques que l'on a en réponse à certaines situations.
On rit beaucoup dans le public. A côté de moi, sûrement la maman d'un des comédiens, ca glousse de fierté. Et il y a de quoi. Les 3 acteurs sont talentueux, nourris d'énergie positive, et le spectacle est un régal de couleur, de rythme et de clins d'oeil. On se retrouverait presque dans les mimiques de ces 2 petites vieilles bavardes.
Après le spectacle, Marian nous rejoint dans le vestibule. On la sert dans les bras pour la féliciter (on se fait beaucoup de câlins en Amérique Latine, ce qui nous va très bien, à Nasta et moi), et lui chuchoter qu'on est conquises.
L'interview se fait en suivant, ultra rapide, parce que Marian prend le soin de répondre précisément aux questions que l'on pose. Ce qui n'est vraiment pas le cas de tous les artistes. La plupart imagine une question métaphorique cachée dans "Pouvez-vous vivre du théâtre?" ... alors que non, Enfin je crois pas.
Marian se cantonne à raconter. L'histoire de l'Espada, son histoire, leur travail, leurs envies ... lire sa fiche ici. Le groupe s'auto-gère tout seul depuis une 20aine d'années. C'est bien simple, ils font tout : les marionnettes, les décors, les costumes, les lumière, les textes.
Elle a 19 ans, la maturité d'une fille de 25, et consacre sa vie au théâtre et à son groupe depuis 5 ans. Parce qu'elle s'est réveillée un matin en se disant : "Je veux faire quelque chose de différent. Je vais faire du théâtre." 


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Publié à 11:09, le 6/02/2009 dans Équateur, San Francisco de Quito
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