Deux comédiennes en vadrouille
ou comment se déroule notre "Voyage au bout du théâtre" en Amérique latine


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Voyage au bout du théâtre

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Vertige

Il est temps, je crois, d’essayer de dire tout ce que ce projet mobilise en nous, tout ce qu’il nous apporte, tout ce qu’il provoque de changements.

 

Ce projet qui est né – sous une forme ma fois très différente de ce qu’il est vraiment aujourd’hui, et sûrement de ce qu’il sera encore demain ! – dans un petit train d’Aguas Calientes, au fin fond du Pérou. Ce projet qui a grandi en nous comme une graine qui se développe, ce projet semble maintenant avoir une existence bien à lui, en-dehors de nous. Ce projet qu’il nous faut porter, avec combien d’énergie, de volonté, d’espoirs et d’envie ! Ce projet qui nous porte, lui aussi, parfois.

Et puis réaliser, que c’est lui, finalement, qui s’est imposé à nous. Les raisons nous sont apparues clairement bien après, et encore, peut-être en reste-t-il quelques-unes à déceler… Nicolas Bouvier écrivait dans L’usage du monde : « Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon. »

 

Tenter de dire, avec humilité et sincérité, l’intensité qui nous traverse et qui ne nous lâche plus, depuis quelques mois déjà. Détermination mêlée de peurs, motivation et force mêlés de doutes. Sentir, voir qu’il s’agit de quelque chose de déterminant, de grand, mais aussi d’infiniment fragile, lourd et précieux.

 

Au fur et à mesure que le temps passe et nous rapproche de la date du départ (6 petits mois, maintenant…), prendre la mesure de tout ce qu’on laisse derrière soi. Et s’y accrocher d’autant plus, fiévreusement, absorber comme une éponge ce qui va nous manquer, là-bas. Le son d’une voix, la chaleur d’un corps, le confort doux et rassurant de notre « chez nous », le moelleux de notre lit, tout ce qu’on « possède » et qui constitue notre monde. Attaches trop faibles pour nous retenir, il faut croire ! Force et de constater que l’envie qui nous pousse et plus forte que la peur, que les doutes.

 

« A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentration ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, (…). »

(Nicolas Bouvier, L'Usage du monde)

Nasta



Publié à 10:25, le 15/12/2007 dans Préparation en France, Paris
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