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Vendredi 1 février, 14h30 environ. Près de 200 lycéens du lycée Jean Macée à Vitry-sur-Seine s’apprêtent à s’installer dans la salle de conférence où nous jouerons le Songe d’une nuit d’été, pour la dernière fois. Notre dernière, leur première. Je ne sais pas à quoi on s’attendait, tous : on allait jouer dans une banlieue « sensible », devant des lycéens pas forcément captivé par Shakespeare et le théâtre. Il allait falloir donner, offrir. Je pourrais vous décrire le tapage qui régnait avant qu’on entre sur scène, la bombe lacrymogène qui avait été lancée dans le public, celle qui allait être lancée pendant qu’on jouait, plus tard. Je pourrais vous raconter les remarques, les commentaires déplacés (que pour ma part, je n’ai même pas entendues, toute enfermée dans ma bulle…), je pourrais vous dire la violence, l’agressivité qu’ont contenues ces 2h30 de spectacle, pour nous comme pour eux, j’imagine. Je voudrais surtout dire : ¾ de ces lycéens n’étaient jamais allés au théâtre, le Songe aura été leur première. Jamais nous n’avions eus applaudissements si enthousiastes. Si nous avons réussi à en toucher 150, 20, 5, 2, alors nous avons bien fait de venir, de le faire, de continuer à jouer alors que la moitié de la salle avait été évacuée suite à une bombe lacrymogène. « On joue, quoiqu’il arrive. » avait dit Nico, le metteur en scène. On a joué. Alors je me dis : c’est ça qu’on veut faire avec Caro, populariser le théâtre, apporter ce « pain et le sel de la connaissance » à la majorité et aux défavorisés (c.f. Jean Vilar). Je repense à tout ce que nous a dit Hélène, notamment que si les gens n’allaient pas au théâtre, il fallait amener le théâtre aux gens. Bien sûr c’est laborieux, violent, décourageant parfois, mais je crois que c’est un noble objectif ! Nasta |