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Arrivées hier a Santa Cruz de la Sierra, a l'ouest de la Bolivie ("el Oriente"), apres quasiment 24h de voyage suite a des bloqueos (blocages de route), nous avions rendez-vous aujourd'hui avec René Hohenstein au Musée de l'Histoire. Pourquoi le musée de l'histoire, nous sommes-nous demandées ?? Parce qu'une petite salle de théatre se cache dans un coin de la cour intérieure. René Hohenstein nous ouvre ses portes. Premier choc : il nous apprend qu'Ingrid Betancourt a été libérée. Les larmes aux yeux, nous prenons quelques minutes pour nous remettre de nos émotions. L'interview peut commencer.
Parlez-nous du théatre a Santa Cruz.
Au XIXe siecle, il y avait tres peu d'activité. Mais il y a eu une évolution a partir du XXe siecle, avec des spectacles universitaires puis l'émergence du théatre expérimental, mais il n'y avait rien de stable. A la fin des années 1970 est née la Casa de la Cultura, qui avait une véritable politique culturelle : faire connaïtre tous types de théatres, de tous endroits (Uruguay, Argentine, ...). En 1986 j'ai fondé la compagnie CasaTeatro, au début nous étions dépendants de la mairie. Puis cette salle a été construite (celle oú il nous recoit, ndlr) ce qui nous a permis de trouver une certaine indépendance. Il y a également beaucoup de groupes paralleles qui se sont formés, mais d'une durée de vie de 3 ou 4 ans.
1997 est une date importante puisque c'est celle du premier festival de théatre de Santa Cruz, ca a commencé avec une dizaine de groupes. A peu pres a la meme période s'est formé l'APAC (Asociacion Pro Arte y Cultura de Bolivia).
Existe-t-il différents types de théatre comme a La Paz ?
En 1970 il y a eu une grande effervescence pour le théatre populaire, avec beaucoup de pieces locales (il y en avait 3 ou 4 par an), c'étaient plutot commercial, cela cherchait a atteindre un public, le faire rire ou le faire pleurer. Les éleves issus de l'école de Santa Cruz ont essayé de montrer un autre type de théatre. Ici a Santa Cruz il n'y avait pratiquement pas de dramaturgie, c'est pour cela que je me suis mis a écrire, il y a eu aussi Gonzalo de Córdoba (un argentin), et Oscar Barbery qui maniait tres bien la dramaturgie, il a écrit des pieces en rapport avec les problemes sociaux actuels tels que la drogue.
Racontez-nous votre expérience.
Je suis arrivé par accident dans le milieu théatral. Je viens de Cochabamba, je voulais faire du cinéma mais il n'y en avait pas en Bolivie. J'ai voulu étudier a l'étranger. On m'a appelé par hasard pour remplacer quelqu'un dans une piece et c'est comme ca que je suis monté sur les planches. Mais ma premiere véritable expérience a été dans La Lecon de Ionesco. J'ai commencé a faire de la mise en scene a Cochabamba, quelques ateliers, puis je suis venu sur Santa Cruz. En tant qu'acteur j'ai 30 pieces a mon actif. Aujourd'hui je suis d'avantage metteur en scene. CasaTeatro a déja 20 ans et nous avons proposé un théatre tres varié. Nos pieces pouvaient rester a l'affiche entre 3 et 6 mois, ce qui est énorme pour la Bolivie.
Quelles sont vos influences théatrales ?
L'auteur qui m'a le plus marqué est Bertolt Brecht. Sans doute parce que mon pere est allemand. J'en reviens toujours a la dramaturgie de Brecht.
A quel genre théatral pensez-vous appartenir ?
C'est difficile de se classer, je ne peux pas vraiment répondre a cette question.
Selon vous, quel est le devoir de l'acteur ?
Il est évident que le théatre doit dire quelque chose. Mais son objectif premier doit etre de divertir le public.
Est-ce que le théatre peut etre un moyen d'éducation et d'insertion sociale ?
Oui. On peut l'utiliser pour enseigner. Si tous les profs étaient de bons acteurs, tout irait beaucoup mieux ! (rires). Il faut sans cesse assumer un role dans la vie de tous les jours pour pouvoir dire quelque chose de particulier. On joue en permanence un role, vous quand vous m'interviewez, moi quand je vous réponds par exemple. Le théatre peut vraiment rapprocher les gens, cela peut etre une aide précieuse mais également une arme dangereuse.
Que pensez-vous de l'école de théatre de Santa Cruz ? Croyez-vous que cela soit un moyen de professionaliser le métier d'acteur ?
Je suis tres craintif a ce sujet. Aujourd'hui moi-meme je ne vis pas du theatre, alors que cela fait 32 ans que j'en fait. Je m'inquiete de la professionalisation de cet art, je ne sais pas si cela arrivera un jour. Beaucoup de comédiens vivent de la télévision. Les éleves de l'école pour la plupart évoluent toujours au sein de l'école, ils deviennent enseignants ou mettent en scene des ateliers. Je suis assez pessimiste par rapport a tout cela.
Pensez-vous que le théatre change avec les évenements socio-politiques ?
Cela devrait. Le théatre est un miroir de la réalité. Dans les années 40, le théatre populaire a été le premier mouvement qui tentait de mettre en scene les problemes du quotidien. Cela a permis a beaucoup de gens d'accéder au théatre et d'y revenir. Aujourd'hui le théatre populaire est devenu tres commercial et a perdu de sa profondeur. L'important est avant tout de divertir le public.
Vous considérez-vous comme un acteur engagé ?
Je suis engagé dans l'importance de faire du théatre, dans le théatre comme une forme d'expression humaine, artistique qui permet a l'etre humain de se sensibiliser aux choses. Mais par contre je n'ai pas d'engagement au niveau politique a proprement parler.
René Hohenstein nous laisse partir apres s'etre preté au jeu de la caméra, patient (probleme de piles et changement de cassette). Il nous répete qu'on peut l'appeler sur son portable si on a le moindre probleme. Son expérience théatrale est tellement étendue que l'on se sent toutes petites, ignorantes, on oublie meme de prendre une photo. On aurait aimé le serrer dans nos bras. Mais on est trop timides.
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