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Le 24 mai 2008, alors que nous fêtions allègrement notre départ à Paris, voici ce qui se passait à Sucre :
Le président Evo Morales devait venir fêter l'indépendance (le départ des colons espagnols) dans le stade de la ville. L'opposition étant très puissante dans cette région - notamment suite aux évènements de novembre 2007 (2 jours d'affrontements entre les civils et les militaires) - le président est interdit de séjour (dans sa capitale!) jusqu'à ce qu'il ait demandé pardon. Les affrontements entre l'opposition et les militaires est telle autour du stade qu'Evo Morales est forcé de rebrousser chemin (en hélicoptère).
Les indiens venus soutenir leur président (Evo Morales est le premier président d'origine indienne en Bolive) sont alors victimes d'un déchaînement raciste indescriptible : frappés jusqu'au sang (femmes et enfants compris, aucune distinction), volés et humiliés. 55 d'entre eux sont amenés sur la place centrale (Plaza 25 de mayo), obligés d'enlever leur chemises, de se mettre à genoux, de proférer des slogans qui ne sont pas les leurs ("Qu'Evo meure!", entre autres), de baiser le sol de la place, de brûler leur drapeaux, de renier leur appartenance au MAS (Movimiento al Socialismo, parti d'Evo Morales). Ils sont insultés (¡Masistas de mierda! - "Massiste de merde", ¡Vamos a matarle! - "On va vous tuer") et obligés d'avaler des excréments de poulet.
Depuis, la ville dort, vit et respire comme si de rien n'était. Personne (ou presque) n'en a entendu parler à l'extérieur du pays (à peine 5 lignes sur le site internet de Libération), et non ne sait pas dans quelle mesure cette information à été diffusée à l'intérieur du pays. Nous avons trouvé cet article, le seul en francais qui en parle de manière un peu détaillée.
C'est César Brie, l'artiste que nous avons rencontré avant-hier qui nous a décrit ce qui s'est passé. Il était là ce 24 mai, avec sa caméra. Il a tout filmé et nous a montré son documentaire. Depuis, il est considéré comme un traître à Sucre. C'est la chose la plus violente et la plus révoltante qu'il ait vu dans sa vie, nous a-t-il confié (sachant qu'il a connu la dictature en Argentine et l'exil...).
Difficile de vous décrire ce que nos yeux ont vu cet après-midi-là. On a été sous le choc, et la nausée de nous a pas quittées avant la nuit.
On a beaucoup hésité : fallait-il écrire un article sur notre blog ? Si oui, comment l'écrire ? Et puis il nous est apparu comme un devoir de le faire. Le choc, le désespoir, les larmes et la colère que ces images ont provoqués en nous font intégralement partie de notre voyage.
Il ne nous appartient pas de juger ce qui est de l'ordre du politique, mais il nous semblait cependant important que les gens qui nous lisent sachent qu'il s'est passé cela, il y a un peu plus d'un mois, dans la "cité blanche".
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