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Et voilà la première étape de notre "Voyage au bout du théâtre" sur le point de s'achever. Si tout va bien, nous prenons le train demain pour la frontière et nous arriverons à Salta, Argentine, lundi en fin d'après-midi. C'est avec un gros pincement au coeur qu'on quittera La Paz et sa nuée de lumières qui se déversent de l'Alto au mont Illimani, les cafés con leche de l'Alexander, les boules de glace saveur "Richard" (oui, c'est un nom de parfum...!), l'hamburger de l'Irish Pub, le soleil qui tape à 3600m, la fraîcheur de l'ombre et des nuits paceniennes, l'Avenida 20 de Octubre qu'on a descendu et monté des dizaines de fois, l'appartement de Matias, et surtout tout le groupe d'escaladeurs qui nous ont accueillies si chaleureusement et aiguillées dans nos investigations boliviennes. L'occasion aussi de faire un point, histoire de "boucler la boucle" (nous vous renvoyons à la première "fiche pays" que nous avions rédigées sur la Bolivie) sur ce pays éblouissant, fragile, bouillonnant qui nous a plus d'une fois décoiffées ! Difficile pour nous d'avoir un regard "objectif" puisqu'on compare forcément à ce que l'on connaît, mais nous allons tâcher de faire un portrait de la Bolivie le plus fidèle et honnête possible. Nous vous écrivions que l'un des problèmes majeurs que rencontre la société bolivienne, c'est le racisme. Nous avions été un peu déroutées quand on nous avait parlé d'apartheid, le mot nous paraissait exagéré, mais nous avons bien dû nous rendre à l'évidence : la société bolivienne est fracturée et les actes racistes se multiplient sur le territoire. (Là où nous nous sommes trompées, et nous tenons à le rectifier, c'est que ce n'est pas par racisme que certains taxis refusent de nous prendre, mais parce qu'ils ont des trajectoires prédéfinies !!). Ce qui nous choque profondément, c'est le peu d'information que l'on a, en Europe, sur les évènements qui se déroulent ici. Il faut dire que la presse bolivienne, de son côté, relaye peu d'informations internationales (à peine 3-4 petits encarts dans la presse quotidienne)... Le 10 août, les Boliviens sont appelés à voter pour soutenir ou non le président Evo Morales. Il va s'en dire qu'il y a beaucoup de corruption et tout le monde semble connaître déjà l'issue du scrutin... Evo Morales va ensuite tenter de faire passer un référendum qui lui permettrait de rester président... à vie! On vous laisse juger de la situation... Les murs du pays, véritables espaces de propagandes, sont recouverts de messages tels que : "Evo cumple"("Evo tient parole, accomplit"), "Bien hecho Evo"("Bravo Evo") (dans les régions de l'est) ou "Sí a la autonomía" (dans les régions qui se sont déclarées autonomes). On peut ainsi prendre la température de la région dans laquelle on se trouve rien qu'en lisant les inscriptions qui défilent devant nos yeux. Au niveau économique, on doit avouer qu'on a pas très bien compris comment ca fonctionnait : sachez par exemple que l'essence n'a pas augmenté d'un kopeck ici malgré l'explosion du prix du baril, c'est le gouvernement qui paie la différence ! Et, chaque fois qu'ils consomment, les boliviens exigent leur factura, qu'ils envoient tous les mois et qui leur permet de bénéficier de réduction d'impôts. Pour vous donner une petite idée des prix boliviens (qui font du bien à notre portemonnaie, on doit l'avouer): un almuerzo (repas de midi) complet (salade, soupe, plat principal et dessert) coûte entre 7 et 25 BS (70cts-2,5€), un trajet en taxi dans le centre ville 7BS (70 centimes d'€), 10h de bus d'une ville à l'autre coûte entre 50 et 80 BS (5-8€), bref, tout est entre 4 et jusqu'à 10 fois moins cher que sur notre vieux continent ! Le théâtre bolivien est véritablement le reflet de cette société fracturée, tiraillée entre fascination et répulsion pour l'Occident, qui cherche un moyen de se sortir la tête de l'eau. Il n'y a pas de tradition théâtrale à proprement parler, le public est une terre qu'il faut conquérir, convaincre et fidéliser. Mais le théâtre bolivien semble se développer ces dernières années, même s'il ne bénéficie d'aucune politique culturelle favorable. Nous avons eu la chance de découvrir un large panorama de ce qui se fait théâtralement ici, du théâtre social de l'Alto au théâtre plus intelectuel et minoritaire des grandes villes en passant par le théâtre populaire et le Teatro de los Andes, véritable institution à travers tout le pays. César Brie nous disait qu'il "préférait mourir de faim plutôt que de faire du mauvais théâtre". L'engagement de l'artiste pour son art est donc total. Quant à l'engagement social et/ou politique, il est variable, et vraiment différent pour chaque artiste que nous avons pu interviewer, selon ses convictions. Nous sommes persuadées que si le pays acquiert une stabilité économique et politique, le tourisme pourrait se développer à vitesse grand V (reste à savoir si cela aurait vraiment des effets bénéfiques pour le pays et le peuple...). Les paysages sont magnifiques, les possibilités sont multiples (notamment pour tous les sports de montagnes) les Boliviens accueillants et on a ressenti un véritable effort d'ouverture, une envie de partager et de faire découvrir leur pays. Vivement le jour où toutes ces énergies positives ne seront plus freinées par un manque d'infrastructures, des bloqueos et autres grèves en tout genre... Quant à nous, on se dit qu'on repasserait bien par ici, un jour ou l'autre... pour diffuser notre documentaire, peut-être?! ;) |