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A peine remises de notre aller-retour à Valparaíso pour l'interview, on reprend notre casquette de reporter derrière notre fidèle caméra et le non-moins fidèle micro, rechargé de piles toutes neuves.
Attention, on ne rencontre pas n'importe qui : on a dû contacter la secrétaire personnelle de Ramón Griffero pour fixer le rendez-vous (seul Hugo Pozo à La Paz nous avait fait le coup de la secrétaire !). Après étude attentive du plan de Santiago et de ses transports (Marcher jusqu'au métro parce qu'on a plus de sous sur la carte de transports et que celle-ci ne se recharge pas dans le bus : 35mn. Prendre le métro, faire un changement : 15mn. Trouver la rue et le bon numéro : 10mn), on part à l'assaut de la ville monstrueuse. Comme à notre habitude, on a 25 bonnes minutes d'avance, c'est parfait pour prendre le troisième café de la journée sur une petite terrasse ensoleillée.
A 13h30 pétantes, on est au département théâtre de l'Université Arcis (Faculté d'Arts et de Sciences sociales de Santiago) dont Ramón Griffero est le directeur.
Une petite voix aigüe nous dit "Bonjuuuuur" (en français dans le texte). Interloquées, on se demande si cet énergumène est bien Monsieur Griffero himself ou un employé de l'université. Non, non, c'est bien lui, il nous accueille dans son bureau, nous met directement très à l'aise, fait le clown derrière sa plante verte, nous montre fièrement les éditions de ses oeuvres (certaines d'entre elles ont même été traduites en français et publiées aux éditions Les Solitaires Intempestifs). Ramón Griffero n'est pas comédien, mais metteur-en-scène, dramaturge et directeur d'école de théâtre.
L'interview commence, Ramón Griffero a un rire extraordinaire et les yeux pétillants, ses réponses son passionantes. L'interview se finit, mais la discussion, elle se poursuit et on laisse tourner la caméra. Il a fait du théâtre sous la dictature militaire, s'est exilé en Europe, et s'insurge aujourd'hui contre ce qu'il appelle "la dictature des médias", où rien n'a d'existence s'il n'est pas diffusé. Pour lui, la dictature des médias a surpassé la liberté d'expression : chacun peut penser ce qu'il veut chez lui, mais tout ne peut pas se dire à plus grande échelle. Or, qui contrôle la diffusion ? le pouvoir! Et Ramón Griffero part dans de grands éclats de rire.
Pour lui, les notions d'engagement (politique) de l'artiste, de gauche et de droite sont périmées ("Mitterand ne faisait pas du socialisme!" nous dit-il dans un français parfaitement maîtrisé). Le théâtre ne peut pas être populaire au même titre que la télévision et le cinéma, c'est un leurre que de le croire, non, pour lui le théâtre "populaire" c'est une oeuvre qui s'inscrit à long terme dans l'identité d'un pays. Il regrette que le théâtre soit devenu un business, aux mains des grands producteurs, et que le public soit devenu un grand consommateur de culture. Son engagement, aujourd'hui, est celui-là : résister face à la globalisation de la culture et des esprits ("on peut globaliser les vêtements, je m'en fous ! mais pas les esprits !").
Il finit en nous disant que "l'art aussi ça paie, ça met plus de temps certes, mais ça paie mieux !"
C'est sûr, Ramón Griffero nous aura fait considérer les choses sous un autre angle, et revoir nos définitions...
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