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C'est en passant dans la rue qu'on est tombées sur lui.
Plaza de Armas, en plein centre de Santiago.
Au croisement des rues commerçantes, là où les chiliens circulent sans regarder, là où les touristes s'arrêtent pour prendre une photo. Nous n'étions ni l'un ni l'autre ce jour là, probablement à la recherche du bus 407 qui passait par le rue Huerfan en faisant une boucle par le pont derrière le quartier Bellavista après avoir croisé l'avenue Truc-machin-chose. On avait déjà remarqué ces attroupements de gens, en grand cercle, sans jamais parvenir à voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Un cracheur de feu sans doutes. Ou un jongleur. Mais cette fois-ci, on s'est arrêtées, pour savoir. Le ciel devait être un peu plus découvert qu'à l'habituel, et notre curiosité aussi, du coup. On s'est frayé un chemin entre les gens. On est entrées dans la ronde. Et c'est comme ça qu'on a rencontré Loco Freddy.
Il n'est pas très grand, la 40aine, cheveux longs, jean large, et il aboie tout un tas de mots qu'on ne comprend pas (je rappelle ici la rapidité de l'accent chilien, ajouté aux expressions populaires incompréhensibles pour 2 gringos comme nous). Les gens rient à peu près toutes les 2 minutes. Nous, on les regarde rire, sans comprendre. Loco Freddy nous remarque, surtout Nasta avec sa funky Jacket. Il nous alpague directement, amusé par nos expressions de hihi-je-comprends-pas-c'qu'il-dit. Il claironne : "De donde vienen, Chiquillas ?" Avant même qu'on ait ouvert la bouche, il nous fait signe de nous taire. Il va trouver. Il cherche et lance, à l'aveuglette, "Estados Unidos?" Nous : "No". "Equador ?" "No" "Argentina?" "No" "Brasil?" "No" "Uruguay, Paraguay?" "No""Pero de donde vienen ?" "Francia". Lui : "AAAAAh, Franciaaaa !" (réaction typique). Il nous pose LA question chilienne incontournable : "Que le parece al Chile?" Nous :"Liiindo" (chouette, joli) N'oublions pas qu'on a 150 paires d'yeux chiliennes rivées sur nous. Il nous demande d'être un peu plus convaincantes, et de hurler :"Aaaah, me gusta el Chile !" Nasta s'exécute, du mieux qu'elle peut, au milieu de la ronde. Le public éclate de rire, ça marche à fond. Même nous, on finit par se préter au jeu, il se moque de tout le monde, raille la démarche claudiquante de le marchande ambulante (qui en profite pour vendre ses barres chocolatées) en se disant que ça pourrait marcher pour lui. Il l'imite et fait le tour du public en agitant ses DVD devant le nez des gens. Plusieurs billets sortent de la foule. Ça fonctionne. On en achète un, intriguées. Ça nous fera des images en plus pour le documentaire. Coup de chance, sur la pochette, on trouve son numéro de téléphone. On ne peut pas passer à côté de ce gars-là. On l'appelle dans la soirée. Il se souvient de nous, et semble touché qu'on s'intéresse à son art dans le cadre d'un reportage sur le théâtre. Il accepte le RV, du moins parvient-on à attrapper quelques mots qui nous le laissent entendre (c'est pire au téléphone) et nous propose de venir le filmer lors de son prochain spectacle.
Ce que nous ferons le sur-lendemain, avec en prime la participation officielle de Nasta dans son show. Cf photos. Mémorable. Et son interview, ici.
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