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Encore une fois grâce à un chilien plutôt expansif et ultra désireux de nous aider dans notre investigation (les chiliens, en règle générale, veulent régulièment devancer-protéger-conseiller-guider le touriste de base, afin de lui éviter le moindre incident dans son pays -cela peut aller de la flaque d'eau au vol de sac), nous voilà mises en contact (à notre insu) avec le chargé administratif del Teatro Ictus, la plus vieille institution théâtrale chilienne connue à ce jour. Elle a perdurée pendant toute la période cahotique de la dictature, en offrant au public des pièces de qualité, qui véhiculaient toujours un message contestataire en lien avec le contexte politique ou social ambiant.
Le monsieur s'appelle Mauricio Almuna, nous avons RV à 16h30 avec lui, au théâtre. Il va pouvoir nous parler de l'histoire de l'Ictus, et par là-même, de celle du Chili, de la dictature évidemment. La dictature ... encore tellement présente dans l'esprit des chiliens ... pas une interview sans qu'elle ne soit mentionnée. De près où de loin. Elle a marqué non seulement l'histoire, mais encore davantage les mentalités et la production artistique du pays.
Mauricio nous reçoit dans son petit bureau, à côté de l'entrée du théâtre.
Il nous redemande ce qu'on vient faire là, quel est notre objectif, et surtout qui est ce jeune type extravagant qui est venu le voir pour lui parler de nous alors qu'il était incapable de lui expliquer notre projet. On glousse. "C'est Claudio (un autre)". Il acquiesse en disant qu'en effet, les chiliens sont comme ça, à toujours vouloir aider les jeunes filles en détresse. On ne parvient pas bien à savoir si c'est du lard ou du cochon. Le Mauricio en question est un tantinet cynique. C'est pas grave. On pose le dictaphone sur le bureau, tout près de lui, il accroche le micro à sa chemise, Nast' allume Didine, on démarre l'entrevue. Il parle de l'Ictu (n'oublions pas que les chiliens ne pronnoncent pas les "S") comme s'il parlait du Pape. Avec beaucoup beaucoup de soin. Comme si le seul fait de prononcer le mot pouvait le casser. On n'ose pas l'interrompre. Surtout quand il raconte pompeusement l'histoire de l'Ictus...pardon, l'Ictu.
Au bout d'un moment, Nasta se tente une petite intervention de derrière la caméra : "Quel type de pièces passaient à l'Ictus pendant la dictature ?" Malheur Nasta, qu'as-tu fait ? Réponse du dinosaure :"Tu n'as pas écouté ce que j'ai dit, toi, hein ?" Grimace de la Nast'. "Heu...si, mais euh ..." "Je n'ai peut-être pas été assez clair, c'est ça?" Et il reprend de plus belle, nous citant à peu près tout le repertoire de l'Ictus. Je continue l'interview en marchant sur des oeufs, calculant le moment où je peux placer rapidement la question suivante. Terrain glissant. Mais on y arrive.
Quand on parvient finalement à boucler l'interview (Nasta toujours tremblante et muette derrière la caméra) et qu'on lui demande la petite photo habituelle, sa réponse est claire : "Non." J'insiste un peu en plaisantant, disant que c'est pour le blog ... "Non". Très bien, ben on va prendre une photo du cadre alors.
Nous quittons hâtivement Mauricio et le Teatro Ictu..., soulagées d'avoir terminé cette douloureuse entrevue. Bien dommage qu'une entité pareille soit défendue par un ours de ce genre.
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