Deux comédiennes en vadrouille
ou comment se déroule notre "Voyage au bout du théâtre" en Amérique latine


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Voyage au bout du théâtre

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Un peu de théâtre physique ... et pourquoi pas ?

A Concepción, contre toutes attentes, on TROUVE du théâtre. Les mauvaises langues de Santiago peuvent bien se taire, il y a de quoi voir, suffit de chercher au bon endroit. Ou de connaître les bonnes personnes au bon moment. Tout est affaire de rencontres, finalement.

C'est une prof de théâtre rencontrée au hasard à l'Alliance Française (un jour de pluie diluvienne ... on a eu droit à quelques bonnes douches depuis qu'on arpente le Chili) qui nous a vivement conseillé de rencontrer la compagnie EL ORACULO, pour la spécificité de son théâtre, le "teatro fisico". Là encore la chance est avec nous (pas le temps), ils jouent justement 3 soirs de suite dans la semaine. Le nom de la pièce : "Santa Maria de Iquique, la venganza de Ramon Ramon". L'histoire est tirée d'une tragédie chilienne, d'un massacre qui a eu lieu en 1907 à la Escuela Santa Maria de Iquique, commendité par le général Silva Renard. La pièce traite de la vengeance d'Antonio Ramon Ramon qui y aura perdu son frère Manuel.

Mieux vaut connaître le contenu dramaturgique avant, car on ne comprend pas forcément à première vue de quoi il s'agit. Le teatro fisico, comme son nom l'indique, base surtout son travail sur le mouvement corporel, les images et le son. Pas de paroles. Une "mixture" qui oscille entre la danse moderne, le mime et le théâtre japonais. Il me semble que cela parvient plus directement au spectateur, que cela fait appel à d'autres sens. En tous cas cela nous touche. On est fascinées par la première scène, sortie tout droit de ... nulle part. Ambiance lunaire. Pour seul décor, des bouts de bois empilés en totems, des sacs de farine, une brouette. Pour une fois, cela ne nous renvoie à rien de connu. Les comédiens ont une parfaite maîtrise du corps, ils déambulent comme des automates vivants, visage peints en blanc, gestes sacadés, et arrivent à effectuer une sorte de tremblement interne que l'on ne distingue que parce que la poudre déposée sur leurs perruques s'évapore peu à peu autour d'eux. Dans nos oreilles et dans tout notre corps, la musique raisonne comme un appel au mouvement, à la danse, à la transe. On est comme tiré par un fil invisible vers la scène. L'une des comédiennes est empêtrée dans une corde, elle se débat et se contorsionne pour s'en défaire, torturée par on ne sait trop quoi. A côté d'elle, les autres avancent, reculent sur scènes comme d'étranges robots, et vaquent à leurs occupations (pousser la brouette, porter un sac...).

Toute l'histoire de ce drame nous est contée sans mots par ces personnages insolites, en mime, en danse, en sonorités bizarres ... Hélas, peut-être parce que c'était la première, on a été déconcentrées par de gros problèmes de son (coupures brutales, volume trop fort) et de lumières (douches situées au mauvais endroit etc ...). Cela dit l'impact visuel et émotionnel de cette pièce n'en restera pas moins présent.

Le lendemain, rencontre avec Manuel Loyola, le metteur en scène. Il nous propose de l'interviewer au théâtre, sur scène. Quelle chance. On essaie de faire le meilleur plan possible, avec un élément de décor derrière ... heu ... la brouette. Manuel Loyola parle doucement, posément. Il a mis la bande-son de la pièce en fond. Pour être bien. Lorsqu'il sourit, il y a des étoiles qui s'allument au fond de ses yeux (hein Nasta? si si, on les a vu).

Encore un amoureux du théâtre. Qui le défend corps et âme. Il prône le travail physique, mais il précise qu'il faut de tout, que le texte trouve lui aussi son public, et que c'est justement la proximité et la co-existence de tous ces genres qui font le théâtre. Lire sa fiche ici (passionante).

Ne pas se fier à la photo, où il a préféré ne pas sourire, allez savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il avait peur qu'on lui vole ses étoiles ? Pom pom pom.

 



Publié à 11:24, le 4/09/2008 dans Chili, Concepcion
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