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Buenos Aires.
3ème plus grosse métropole d'Amérique latine après Mexico et Sao Paulo.
La jungle, pour ainsi dire. Et nous, 2 petites fourmies microscopiques, avec nos mastodontes sur le dos.
C'est en bus -pour changer- que nous débarquons, après 20h de trajet. Les yeux encore gonflés de fatigue. Avant d'atteindre le centre, on aura traversé pendant une bonne heure les environs de la ville. Elle s'étend sur des kilomètres. On observe tout cela en silence, ipod dans les oreilles, un peu inquiètes, car force est de constater que c'est encore plus grand que Santiago. Les autoroutes surélevées se croisent et s'entrelacent au dessus de nos têtes, la circulation est infernale, le soleil tape, mais les argentins se détendent dans leur voiture en buvant du maté. Didine filme tout ça de derrière la vitre en tressautant légèrement (le chauffeur du bus a l'air pressé d'arriver lui aussi). On se demande une fois encore comment on va pouvoir s'en sortir. Se repérer. Se sentir chez nous. Il se peut que cela prenne un peu de temps. On apprend qu'il y a 5 lignes de métro, et on se dit que c'est bien peu pour une ville de cette taille. "Mais les bus fonctionnent bien", nous dit-on. Parfait. On verra ça. Après le système de transport cahotique de Santiago Chili, plus rien ne nous fait peur.
1ère nuit à l'hôtel, en dortoir, dans le quartier de San Telmo. Petites ruelles pavées, fenêtres chargées de linge, terrasses de café plus attrayantes les unes que les autres. Et sourires chaleureux des argentins. Bon, sifflements aussi. On ne fait pas 2 mètres sans être "bisoutées". D'ici je ne peux pas vous faire le bruit, hélas, mais ça ressemble plus ou moins à celui qu'on fait pour appeler son chat. On en avait déjà eu un petit aperçu à Puerto Madryn mais à Buenos Aires c'est comme le crissement des cigales à Monêtier. C'est incessant. Et on a beau soupirer, grimacer, montrer qu'on n'est pas contentes, rien n'y fait, au contraire ça les stimule.
Heureusement, Fernando notre couch host n'a rien à voir.
Il est tout grand, tout maigre, des yeux rieurs et s'exprime comme un italien. On le rencontre le 2ème soir, la boule au ventre comme toujours ne sachant pas sur qui on va tomber, et lorsqu'on voit débarquer ce grand roseau à la sortie du métro on se prend directement d'affection pour lui. Il nous ouvre les portes de son loft fraîchement repeint, nous offre un Fernet (Alex, papa de Nasta : don't
worry, we just had a few ones but not to much !!!) et nous tend un double des clés.
C'est ici qu'on restera 3 semaines. Petite cuisine moderne toute equipée (pour mon plus grand bonheur), four qui marche, plats de toutes tailles, casseroles, mixeur, rouleau à patisserie !! (je n'en reviens toujours pas), tir-bouchon qui tire vraiment les bouchons, grands couteaux qui brillent, bref ... un bonheur. Plus que ça, Fernando nous aura initié à toutes les coutumes de son pays : maté et tout le rituel qui va avec (1 - on met les yerbas dans le maté, 2 - on glisse la bombilla, 3 - on penche légèrement le récipient, 4 - on y verse doucement l'eau chaude, toujours au même endroit, en attendant que les yerbas s'imprègnent, 5 - on aspire dans la bombilla jusqu'à ce qu'il y est un petit bruit de bulles, 6 - on remet de l'eau au même endroit et on passe à son voisin), asado le dimanche en famille, Fernet (boisson alcoolisée qui se boit avec du coca, parfaitement dégueu au début, mais qui se laisse relativement bien apprivoiser au bout du 2ème verre), alfajores, Maradona, dodo pas avant 2h, etc ... encore une fois, merci Fernando de nous avoir supportées tout ce temps.
Une fois nos marques plus ou moins prises dans cette grande ville turbulente mais irrésistible, nous nous mettons en quête de théâtre. Et inutile de dire qu' à Buenos Aires, il y en a. Du bon, du moyen, du commercial, du grotesque, du musical, du frou-frouteux, du social, du coloré ... pour cela il suffit de se rendre sur l'avenue Corrientes, vous y trouverez un théâtre tous les 2 mètres et une grand affiche qui clignotte tous les 5 mètres. On se croirait à Broadway.
Et au milieu de tout ça, una Nasta et une Caro qui se demandent par où elles vont commencer. Comment elles vont pouvoir mettre le pied à l'étrier.
Contre toutes attentes, c'est justement autour de la grillade familiale que la belle-soeur de Fernando - jeune actrice pétillante qui parle fort, fait de grands gestes, mais ne mange vraiment pas beaucoup - en vient à parler du Teatro Ciego. Il s'agit de théâtre "aveugle". C'est à dire qu'il se fait dans l'obscurité totale, et qu'il est joué en partie par des aveugles. Nous, à part le restaurant Dans le noir à Paris qui te permet de dîner dans l'obscurité, on n'a jamais vu ça. Ni une ni deux, on se met en contact avec Martin, le jeune guichetier, qui nous invite à voir la pièce La isla desierta dans la semaine. A la fois ravies et excitées à l'idée de cette nouvelle expérience, on se rend au Teatro Ciego à quelques blocs de chez Fernando.
Ce sont les acteurs eux-même qui nous introduisent dans la salle, à la queue-leu-leu (chacun tient l'épaule de celui qui le devance). Il fait parfaitement noir. Par un repère lumineux. On s'assoie comme on peut sur les chaises disposées en rangées, on attend - anxieuses - que tous les spectateurs soient rentrés, on sert le bras de la copine pour savoir si elle est bien là. Et on respire. La pièce démarre. Bruit de machine à écrire. D'abord une à droite. Puis une à gauche. Puis une beaucoup plus loin (je ne savais pas que la salle était si longue), puis une derrière (ah mais il y a de l'espace là aussi ?). Les acteurs se mettent à papoter, tranquillement, on ne comprend pas tout vu qu'on est légèrement tendus, dans le noir, et que c'est de l'argentin. Bien vite une odeur exquise de café se répend dans la salle, on entend le public soupirer d'aise. Les épaules se détendent. La scène suivante se déroule au milieu de la mer, semble-t-il. 2 comédiens sont sur une barque ou un radeau, à 1 mètre de nous. On entend le clapotis des vagues contre la coque, le bruit de la rame qui fend l'eau, les mouettes, on sent l'odeur de l'écume ... parfaitement incroyable. Comment font-ils tout ça ? On reconnaît bien vite chacun des personnages, au son de leur voix, au bruit de leur pas. On s'attache à certains plus qu'à d'autres. On n'écoute pas vraiment l'histoire. Peu importe. Bientôt la tempête se lève, toute la 1ère rangée (dont nous bien sûr) est aspergée d'eau. Toute l'assistance pique un fou-rire monumental, de stress, d'émotion, de surprise. Nasta et moi nous accrochons l'une à l'autre de peur de recevoir une autre giclée. A la fin de la pièce, les lumières s'allument. On découvre l'univers dans lequel on a évolué pendant 1 heure, et qui ne ressemble en rien à ce qu'on s'est imaginé. Pas de machines à écrire, pas de sable, pas de barques, pas d'eau. Juste une longue salle toute simple et une rangée de 8 comédiens vétus de noir qui nous saluent. Sur les 8, 3 seulement sont aveugles. L'un est en chaise roulante. Les 5 autres sont des acteurs professionnels.
Lorsqu'on sort de la salle, on a le coeur au bord des lèvres. Pendant 60 minutes, on a tous été aveugles.
Bien vite on obtient une interview avec toute l'equipe.
L'occasion de les remercier en direct et d'en savoir plus. Voir là fiche ici.
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