Deux comédiennes en vadrouille
ou comment se déroule notre "Voyage au bout du théâtre" en Amérique latine


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Voyage au bout du théâtre

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Jorge Ricci, "El clásico binomio" vingt ans après...

Vendredi soir, nous avons rendez-vous avec Carolina devant le musée des Beaux Arts de Santa Fe pour aller voir une pièce. On arrive un peu en avance (Innocent) et, pour s'assurer qu'on est bien au bon endroit, Caro s'aventure à l'intérieur pour demander si c'est bien ici qu'une pièce se joue (il s'y donne évidemment une réception bon chic-bon genre avec coupes de champagne et petits fours. Nous on est en tongues-débardeur-sarouel-cheveux-en-pagaille, comme à l'accoutumée. Ah et on transpire aussi, bah oui, ca fait une demie-heure qu'on marche sous un soleil écrasant...).
Qu'à cela ne tienne ! L'Argentin concerné ayant à peine écouter la requête d'une oreille distraite disparaît derrière une porte pour en revenir avec un collègue qui nous mène directement dans la salle, alors que les acteurs sont en pleine répétition. On voulait juste savoir si c'était bien ici que se jouait la pièce ! Pas s'inviter dans la loge des acteurs une heure avant !
Ce petit incident clot, on retrouve Carolina et on achète nos places.
Pour patienter, on nous propose une visite du musée. La gardienne allume exprès les salles pour nous permettre de voir les oeuvres, et nous ouvre même certains accès fermés au public a cette heure-ci. Et nous d'entendre le gardien du musée crier quelques minutes plus tard aux autres personnes du public qui attendent : "on fait une exception parce qu'elles sont francaises!" Alors celle-là, on ne nous l'avait encore jamais faite ! Une fois de plus, on avait rien demandé ! Décidément... mi-genées, mi-amusées, on essaie de se fondre incognito dans la foule du public qui patiente.
Quelques dizaines de minutes plus tard, on entre dans la salle. Sergio (un autre acteur Santafesinois que nous aurons l'occasion d'interviewer et de voir jouer) m'installe dans un angle parfait pour filmer la pièce, c'est-à-dire tout devant au milieu. Didine trépigne d'impatience. Les lumières s'allument, et c'est parti pour un peu plus d'une heure de spectacle, Jorge Ricci et Rafael Bruza campant deux personnages bohèmes qui rêvent de trouver la gloire en Allemagne avec un spectacle de tango. Cela fait vingt ans qu'ils jouent cette pièce qui les a mené à voyager à travers le monde. Ce soir ils sont de retour à Santa Fe.
Le lendemain on peut interviewer l'un des deux comédiens, Jorge Ricci, dans un café de la rue piétonne de Santa Fe dont il est un habitué. Tout le monde nous prévient : Jorge est très très bavard. On se demande bien comment on va faire pour faire "court" et "synthétique". A notre plus grande surprise, il ne s'étale pas, écoute attentivement les questions et y répond le plus complètement possible (lire la fiche comédien). Certes, Jorge parle comme un livre, fait des longues phrases (il faudra chercher au moins un mot sur trois dans le dictionnaires pour la fiche comédien), mais se prête aux jeu et ne nous raconte pas sa vie de long en large.
 Il nous explique la genèse de la pièce et comment la fiction finit par rejoindre la réalité, puisque l'histoire de ces deux personnages n'est plus si éloignée de l'histoire des acteurs qui les campent. Après vingt passés à jouer cette pièce, il ne ressent aucun ennui et se félicite même d'avoir échappé à ce qu'il appelle la "bureaucratisation" qui guette l'acteur qui joue mécaniquement chaque soir. Pour lui aussi, l'acteur doit être engagé avant tout envers son art, et que ce qu'il fait soit le plus fidèle à ce qu'il est.
On quitte Jorge et son regard malicieux, sachant bien que nous allons être amenées à le recroiser puisqu'il est directeur du Foro Cultural de Santa Fe...


Publié à 12:59, le 8/11/2008 dans Argentine, Santa Fe
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