Deux comédiennes en vadrouille
ou comment se déroule notre "Voyage au bout du théâtre" en Amérique latine


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Voyage au bout du théâtre

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Le théâtre-danse, où comment exprimer des choses terribles par la beauté du mouvement

Du théâtre qui vous transforme, qui vous secoue, qui vous bouleverse, et qui fait que vous repartez différents de quand vous êtes arrivés, c'est à Oncativo, dans la campagne argentine.
Oncativo, petite ville - ou devrais-je dire : bourgade - dans la province de Córdoba, à une heure et demie de bus de cette dernière.
C'est à Santa Fe, entre deux matés, que Veronica - assistante à la mise-en-scène de Stefano, pièce dans laquelle joue Raúl Kreig ET Sergio Abbate - nous donne le contact de Mario Arietto : "Il a un super spectacle de théâtre-danse, les filles". En effet.
Le temps nous est compté, nous devons être d'ici une dizaine de jours à Sucre, donc pas le loisir de rêvasser : à peine arrivées à Córdoba, charmante cité bouillonnante (et capitale du Fernet, entre autresInnocent), on passe notre désormais traditionnel coup de fil : Mario est enthousiaste, et nous donne rendez-vous pour le lendemain à Oncativo.
Nous débarquons donc, un matin d'octobre, dans le patelin d'Oncativo. Mario vient nous chercher en scooter et nous emmène au théâtre, à quelques pas du terminal de bus.
Le Teatro Victoria est un petit théâtre de province, certes, mais à l'italienne, s'il vous plaît : avec balcons, néons et sièges rouges. Plein de charme.
 
Laura Gallo, comédienne, nous rejoint et on commence l'interview.
Ils nous parlent de la pièce mise-en-scène par Mario dans laquelle Laura joue actuellement avec une autre comédienne : Por los peces y los panes (Pour les poissons et les pains), et qui raconte l'histoire de deux bonnes soeurs françaises disparues durant la dictature militaire.
On est intriguées. On aimerait bien voir la pièce.
Et bien c'est possible ! Ils ont le DVD, et nous, on a 50 minutes devant nous (et même toute la journée).
Du théâtre-danse. Quant le corps et le mouvement expriment ce que les mots ne peuvent pas. Comment décrire l'impact que la pièce a eu sur nous ? En règle générale, du théâtre filmé c'est pas toujours l'idéal, mais là on doit bien dire qu'on a été emportées : les chorégraphies parlent en lieu et place des mots, et c'est d'autant plus fort.
Et puis, toutes ces photos de disparus qu'elles sèment sur scène, les corps secoués qui symbolisent la torture qu'elles ont subies, peu de mots, la musique. Récupérer la mémoire, c'est de cela dont il s'agit.
Tout à coup, tout prend une autre dimension : les mères de la Plaza de Mayo à Buenos Aires qui viennent depuis 25 ans tous les jeudis réclamer en silence le corps de leurs enfants disparus, les nombreux artistes et intellectuels exilés, les 30'000 victimes du régime dictatorial, la torture, la persécussion, le silence.
Rien n'est dit, tout nous parle par images. "Le théâtre vibre, avec cette personne qui vibre là, devant toi, ici et maintenant. Le théâtre c'est le présent.", nous dit Mario.
On en ressort muettes, touchées, renversées. Merci à eux, et on espère que la pièce rencontrera le succès qu'elle mérite !


Publié à 10:30, le 14/11/2008 dans Argentine, Oncativo
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