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"Un poquito mas aCHa, en la caCHe."
Voilà comment elle a commencé, notre histoire d'amour avec l'Argentine. A Bariloche plus précisément, c'est à dire LA station de ski touristique et chocolative de ce pays gigantesque, quasi indescriptible. Ce bout de terre s'étend tout de même sur 3700 km de longueur ... et oui, il en faut du terrain pour contenir à lui seul la Patagonie, la Pampa, les Andes du Nord Ouest, les Andes Centrales et les plaines du Nord-Est ... Bon. On va quand même tenter de décrire, et correctement, avec profusion de détails croustillants bien sûr (je sens déjà les déçus).
Cette petite phrase, donc, a déclenché chez nous l'un des fou-rires les plus monumentaux du voyage. A savoir : dans tout le reste de l'Amérique Latine, la "ll" se prononce "lieu", ou "djeu". Mais jamais au grand jamais on n'avait imaginé que cela puisse se prononcer "cheu". Après l'accent trottant du Chili, on pensait avoir connu le summum. C'était compter sans les argentins. Et pourtant ce n'était pas faute de nous avoir prévenu (Tat', si tu nous lis ...) mais malgré tout, une fois qu'on y a été confrontées, impossible de réprimer le fou-rire. La pauvre passante qui nous a indiqué la direction doit encore s'en retourner dans son lit.
Oui, c'est mal, très mal, on s'est beaucoup moqué de l'accent argentin. 2 jours, au moins. Et puis on l'a attrapé, comme un gros rhume. On a commencé à prononcer les mots de la même manière, d'abord tout doucement, de manière imperceptible, pour ne pas que l'autre s'en rende compte et se moque. Puis de manière plus affirmée, car après tout, ça fait vachement bien de parler déjà comme des argentins après 3 mois de voyage. Alors allons-y : "la chave" (la clé) "chamar" (appeler) "el desachuno" notre préféré (le petit-déj) "las gachetas" (les biscuits), etc. Riez, riez ... Mais comment faire autrement ? quand tout le monde autour de vous parle de cette manière ? Se fondre dans la masse les filles, c'est le secret. Ce qu'on a fait, avec beaucoup de plaisir en plus (résultat : difficile de s'en défaire, 4 semaines après avoir quitter le pays, c'est dire !)
Plus sérieusement, même si on l'aura ressenti beaucoup moins fortement qu'au Chili, on ne peut pas dissocier l'Argentine d'aujourd'hui de la dictature qu'elle aura subit de 1976 à 1983. Dictature ou plutôt "Processus de réorganisation nationale" (c' est le nom officiel qui lui sera donné à l'époque). Réorganisation tentant de réorganiser le désordre donc, mais qui se vera responsable de la mort ou de la disparition de 30 000 personnes (les "desaparecidos"), de l'exil de milliers d'argentins et de la guerre des Malouines avec la Grande-Bretagne. Et malgré le retour à la démocratie en 83, le pays souffre toujours d'une économie poussive, qui se remet tout juste de 10 ans d'ultralibéralisme et de la crise de 2002. En résulte une corruption tenace, à laquelle nous autres petites touristes ne serons jamais confrontées. Ouf. C'est bien assez que de supporter les sifflements aspirés (si si) des argentins tous les 5 mètres.
Cela dit, lorsque l'on parle de l'Argentine, nous les européens, on pense à plusieurs choses : le tango, Maradona, la Terre de Feu, les glaciers de Patagonie, Eva Perón, les grillades, les Argentines, Buenos Aires, le maté ... et j'en oublie. Des mots qui vous tournent la tête. Sachez qu'une fois qu'on y a mis un pied, c'est pire encore. On est littéralement happé par la richesse de ce pays. C'est bien simple, on y trouve de tout, comme au marché St Pierre :
- Sommets enneigés avec lac bleu turquoise qui sintille en dessous, pistes de ski à faire pâlir les saisonniers de nos stations alpines : Bariloche et ses alentours.
- Grandes étendues désertiques et ciels tourmentés apocalyptiques : la Patagonie.
- Baleines domestiques qui viennent vous manger dans la main ou pingouins qui se dandinent à vos côtés par centaines : Puerto Madryn.
- Théâtre, danse, peinture, cinéma, folies nocturnes : Buenos Aires.
- Canyons rouge-sang bordant d'interminables routes asphaltées et roches grises brossées par les vents : les alentours de Salta.
- Glaciers cristallins dégringolant les montagnes pour aller croquer les pieds des touristes : El Calafate.
- Chutes d'eau vertigineuses et insatiables au milieu d'une jungle équatoriale : Iguazú.
Et ce serait restrictif de s'arrêter là. Il y a bien sûr, aussi, toutes les découvertes culinaires que l'on a pu faire (comment ne pas en parler lorsqu'on voyage ... ) :
- les alfajores viennent en 1er, on en trouve dans toutes les tiendas du pays, avec tout en haut de la liste : El Calchafaz à la maïzena. Le fondant du biscuit allié à la confiture de lait restera toujours un souvenir indélébile pour nous papilles. Allez. On vous la remet, la photo.
- les parilladas (grillades) qui embaument toutes les rues de Buenos Aires (plus particulièrement le dimanche), avec un bife de chorizo phénoménal ... et saignant juste comme il faut.
- les milanesas de ternera ou de pollo toutes fines toutes fines (oui, je sais, ça vient d'Italie ...) qui se dégustent avec une salade bien fraîche.
- le maté, ses herbes uniques et sa bombilla en métal que l'on plonge dedans pour ne plus la bouger durant tout le cérémonial.
Ah oui, j'oubliais :
- Le Fernet-cola, mais je crois qu'il n'est plus nécessaire de le nommer.
Et puis, comment ne pas parler du tango et ses pas torturés qui s'esquissent tous les soirs dans les milongas enfumées, serré l'un contre l'autre pour deviner le mouvement de son partenaire ? Exquis.
Pour ceux qui n'auront jamais eu la chance d'en voir, il s'agit d'une "pensée triste qui se danse". C'est exactement ça. C'est presque douloureux, mais c'est divin.
Ces jambes qui s'entrelacent avec violence et passion donnent envie de pleurer, ou de tomber amoureux, c'est selon.
Merci, merci, merci, belle Argentine pou toutes ces découvertes mémorables. On a acheté un maté en ton honneur, d'ailleurs.
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Publié à 11:56, le 1/12/2008 dans Argentine, Salta Mots clefs : |
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C'est d'abord la maison qui nous a fait littéralement fondre. Et l'une, et l'autre. Parce qu'encore une fois on pénétrait dans un univers caché, inconnu et magique, derrière une porte qui ne payait franchement pas de mine. Un endroit qui reflète la personnalité affirmée de 2 femmes, Monica Carbone et Graciela Albarenque et de leur Teatro La Luna.
Pour resituer le pourquoi du comment, c'est grâce au petit lutin Paco Gimenes que l'on décidera de se mettre en contact avec ces 2 dames hors du commun (leur maison-théâtre se trouve dans la même rue que La Cochera - pour ceux qui ont suivi). Je dis hors du commun car pour moi ce genre de personnages fait partie d'une gamme bien particulière. On en croise parfois sans trop le savoir, on se dit qu'ils sont exentriques, rigolos, qu'ils doivent peindre ou chanter quelque chose du genre, que leur vie doit être fofolle. Bref, des artistes. Ce qu'on ne sait pas toujours, c'est qu'il s'agit parfois de cette catégorie-là, de ceux qui consacrent leur vie à vouloir changer ou moduler les choses "bof bof" de la société. C'est très mal tourné et je m'en fiche, c'est vraiment ce que je veux dire. En tous cas Monica Carbone en fait partie. Et c'est par le biais de l'art, plus précisément du théâtre, qu'elle a choisi de le faire.
Même quartier que La Cochera de Paco, donc, Barrio Güemes, à Cordoba. Il faut marcher un certain temps pour y arriver, mais nous on préfère les papattes de toutes façons. Ça tombe bien. On l'a eu au téléphone et elle nous attend au Teatro La Luna, avec un mini-maté sur la table. Elle est étonnée lorsqu'on lui annonce (fièrement) qu'on en boit. Qu'on aime ça. Ca n'est pas habituel chez les "touristes" semble-t-il. Pas qu'on se sente franchement touristes mais ne renions pas nos origines, nous ne sommes pas argentines, nous sommes bel et bien françaises.
L'entrée du Teatro La Luna est en soi pleine de charme : des maniques de cuisine colorés sont pendues au plafond, et se balancent doucement au dessus de nos têtes, comme une oeuvre d'art en suspension.
Plus loin, dans la cour intérieur (bleu de Klein), des plantes, des petits fauteuils, une table ronde. On a envie de s'y assoir, de rester là des heures sous le soleil avec un coca (light), de papoter comme des mémères et de refaire le monde of course. C'est évidemment là que l'on décide de faire l'interview, les fauteuils semblent disposés pour, et le soleil aussi.
Je n'ai pas décrit Monica Carbone. Il y a les photos bien sûr, mais je voudrais par les mots, refaire un petit hommage à ses yeux turquoises et à ses cheveux rouges déstructurés. A son visage lumineux. Et à son allure bohème en jupe longue. Etait-elle pieds-nus ? Je ne sais plus. Non, en tongues sûrement. Elle paraît douce mais quelle poigne ! Accomplir un tel projet, en construisant cet endroit plein de vie dans un quartier marginalisé de Cordoba, là où il n'y avait rien de rien niveau théâtre ... quelle réussite. Au sein de La Luna on trouve un peu de tout : des groupes de jeunes, 1 groupe de femmes (Luna de Mujeres), des ateliers, des cours de musique, de chant, des cabanes brinquebalantes construites par les gamins qui viennent se détendre là certains jours de la semaine. C'est une cellule d'urgence artistique. Ces 2 bouts de femmes sont revenues du Mexique après plusieurs années de dictature pour créer quelque chose dans leur propre pays, l'Argentine. Il s'agit bien d'un théâtre, oui, mais d'autre chose encore. Plus qu'un lieu de spectacles indépendants, c'est un espace de création, de partage, d'entre-aide et de changement. Ouvert à tous, qui plus est, pas seulement aux habitants du quartier.
Lorsque Monica s'exprime - si posément... ! - on sent malgré tout un esprit combatif et acharné derrière son regard chatoyant, une volonté profonde de rompre les conventions, les idées reçues et le conditionnement qu'inflige la société aux individus. Aux femmes surtout. Son véritable combat est là. Mais tout est dans la fiche comédien, ici.
Après une visite guidée de son empire coloré, on la quitte sur le pas de sa porte. Comme toujours. On aura vécu 45 minutes de nos vies ensemble, à partager, comme elle aime faire.
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Publié à 08:40, le 24/11/2008 dans Argentine, Cordoba Mots clefs : |
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Du théâtre qui vous transforme, qui vous secoue, qui vous bouleverse, et qui fait que vous repartez différents de quand vous êtes arrivés, c'est à Oncativo, dans la campagne argentine.
Oncativo, petite ville - ou devrais-je dire : bourgade - dans la province de Córdoba, à une heure et demie de bus de cette dernière.
C'est à Santa Fe, entre deux matés, que Veronica - assistante à la mise-en-scène de Stefano, pièce dans laquelle joue Raúl Kreig ET Sergio Abbate - nous donne le contact de Mario Arietto : "Il a un super spectacle de théâtre-danse, les filles". En effet.
Le temps nous est compté, nous devons être d'ici une dizaine de jours à Sucre, donc pas le loisir de rêvasser : à peine arrivées à Córdoba, charmante cité bouillonnante (et capitale du Fernet, entre autres ), on passe notre désormais traditionnel coup de fil : Mario est enthousiaste, et nous donne rendez-vous pour le lendemain à Oncativo.
Nous débarquons donc, un matin d'octobre, dans le patelin d'Oncativo. Mario vient nous chercher en scooter et nous emmène au théâtre, à quelques pas du terminal de bus.
Le Teatro Victoria est un petit théâtre de province, certes, mais à l'italienne, s'il vous plaît : avec balcons, néons et sièges rouges. Plein de charme.
Laura Gallo, comédienne, nous rejoint et on commence l'interview.
Ils nous parlent de la pièce mise-en-scène par Mario dans laquelle Laura joue actuellement avec une autre comédienne : Por los peces y los panes (Pour les poissons et les pains), et qui raconte l'histoire de deux bonnes soeurs françaises disparues durant la dictature militaire.
On est intriguées. On aimerait bien voir la pièce.
Et bien c'est possible ! Ils ont le DVD, et nous, on a 50 minutes devant nous (et même toute la journée).
Du théâtre-danse. Quant le corps et le mouvement expriment ce que les mots ne peuvent pas. Comment décrire l'impact que la pièce a eu sur nous ? En règle générale, du théâtre filmé c'est pas toujours l'idéal, mais là on doit bien dire qu'on a été emportées : les chorégraphies parlent en lieu et place des mots, et c'est d'autant plus fort.
Et puis, toutes ces photos de disparus qu'elles sèment sur scène, les corps secoués qui symbolisent la torture qu'elles ont subies, peu de mots, la musique. Récupérer la mémoire, c'est de cela dont il s'agit.
Tout à coup, tout prend une autre dimension : les mères de la Plaza de Mayo à Buenos Aires qui viennent depuis 25 ans tous les jeudis réclamer en silence le corps de leurs enfants disparus, les nombreux artistes et intellectuels exilés, les 30'000 victimes du régime dictatorial, la torture, la persécussion, le silence.
Rien n'est dit, tout nous parle par images. "Le théâtre vibre, avec cette personne qui vibre là, devant toi, ici et maintenant. Le théâtre c'est le présent.", nous dit Mario.
On en ressort muettes, touchées, renversées. Merci à eux, et on espère que la pièce rencontrera le succès qu'elle mérite !
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Publié à 10:30, le 14/11/2008 dans Argentine, Oncativo Mots clefs : |
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Paco Gimenes, c'est un peu LA référence dans le domaine théâtral de Cordoba.
Celui vers qui on nous aura tout de suite dirigé en évoquant la ville. Celui dont on nous aura parlé en long en large et en travers avant même de le rencontrer. Histoire de se faire une idée qui ne corresponde pas du tout à la réalité évidemment (mais ça, nous deux, on sait très bien faire, pour ce qui est d'imaginer on est très fortes. Et pour ce qui est d'être déçues après, encore plus ).
Paco, donc, est un vieux de la vieille en matière de théâtre. Il est de Cordoba, y a fait ses premiers pas artistiques, mais se rend très souvent à Buenos Aires pour jouer, "sous contrat". C'est en partie comme ça qu'il gagne sa vie. Mais son bébé, son théâtre à lui, c'est La Cochera (traduction : Le garage), et c'est à Cordoba qu'il se trouve.
C'est à Nasta que revient l'honneur d'appeler Paco, après avoir passé notre après-midi à chercher désespérément une actrice dans la cité universitaire sans jamais parvenir à la trouver. Comme chacun sait, les domaines universitaires sont toujours arrangés pour que l'on se perde le mieux possible. Tel fut le cas. Et ce, sous un soleil de plomb bien évidemment. Bref, abandon de recherches. Retour au centre. Et appel à Paco, en suivant.
Paco a une toute petite voix (on comprendra plus tard en découvrant le personnage), et répond très succintement aux questions qui lui sont posées. On se demande si on le dérange pendant la sieste. Il semble que non, c'est simplement sa manière à lui de répondre au téléphone; un outil qui peut déplaire à certains, on le sait. Ainsi le RV est fixé dans la soirée, chez lui. C'est rapide et efficace. Emballé c'est pesé.
Vers 20h, c'est dans un barrio de la ville un peu plus "craignos" que l'on cherche le numéro de Paco. En fait, c'est bien simple, il habite à 30 mètres de son théâtre. Pour toujours garder un oeil dessus. On sonne, un petit homme sans cheveux et en blouse de travail nous ouvre la porte. On se demande si c'est bien lui. La voix correspond complètement au bonhomme : fluette. Il nous invite à entrer, et là encore une maison parfaitement incroyable (combien en a-t-on vu depuis le début du voyage ? ...) avec des objets partout, une grande table en bois qui trône dans l'entrée ... beaucoup de bois en fait. Dans mon souvenir en tous cas. Des vieux disques, plus haut. "Je n'écoute que des disques, nous précise-t-il, pas de CD" (voir sa fiche comédien par ici). Un grand chien trône au dessus de nos tête, sur le haut d'une armoire. Et 2 autres aboient derrière la vitre.
Il y a comme une gène (et je pèse mes mots) qui imprègne la pièce entière. Il ne dit presque rien. Attend patiemment que l'on prépare notre fourbis pour l'interview (Didine, micro sur Didine, écouteurs, dictaphone, cahiers ...) assis en bout de table. Moi je parle parle parle pour combler le gouffre, pour faire semblant que tout va bien et qu'on gère. Nasta ne dit mot, toute intimidée qu'elle est par ce silence pesant. Heureusement c'est à mon tour de poser les questions. Je vais pouvoir m'appuyer sur ça pour retrouver un peu de contenance. Car entre temps je suis devenue un moulin à parole hyperactif. Nasta se cache derrière Didine, se concentre sur son cadrage. L'interview commence (ouf), quelques blagues pour détendre l'atmosphère mais qui la froissent plus qu'elles ne la détendent (ça viendra plus tard). Paco débutent toutes ses réponses par "Bueno". Il est évidemment tout aussi mal à l'aise que nous, et n'a sans doutes pas vraiment compris le propos de notre reportage (et ne nous le demandera pas, d'ailleurs). Mais il se prète au jeu, se détend dans son siège (une jambe sur l'accoudoir, youpla), et l'après-interview se passe beaucoup mieux. Il nous présente ses chiens (immenses) qui viennent littéralement nous manger les mains par la fenêtre.
(Notez le sourire crispé.)
Puis, à 30 mètres de là, le théâtre La Cochera, avec des comédiens que nous interrompons en pleine répétition. Mais comme toujours chez les argentins, accueil plus que chaleureux (il faut vraiment qu'on en prenne de la graine, les français), fierté de présenter les lieux, curiosité mélée d'envie face à notre projet. L'equipe de la Cochera compte une 40 aine de comédiens. Paco se détend de plus en plus, dans son environnement, entouré de ceux qu'il connaît, ... et depuis les chiens. Et c'est perchés sur un arbre que nous prenons la photo. Allons-y.
Nous le quittons sur une bise "efficace" là aussi. Paco n'est pas de ceux qui te serrent une 20 aine de minutes dans les bras pour de dire au revoir. Pas d'effusions.
Merci le voyage pour ces rencontres hautes en couleur ! 
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Publié à 04:46, le 12/11/2008 dans Argentine, Cordoba Mots clefs : |
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Sergio, depuis qu'on est à Santa Fe, on le croise au moins une fois par jour. Au moins.
Dire qu'il est hyper actif dans le théâtre santafesinois, c'est peu dire. Comédien, assistant à la mise-en-scène, ou juste venu filer un coup de main à des amis qui jouent, Sergio est partout !
Grâce à Carolina (plus besoin de le préciser maintenant !), on peut aller filmer Tres en juego samedi soir, pièce dans laquelle il joue, justement.
Tres en juego (qu'on pourrait traduire maladoitement par "Trois en jeu") c'est une version très libre et disons-le, très éloignées de Noces de Sang de Federico Garcia Lorca. Un jeu de relations malsain entre trois personnages, deux hommes et une femme.
On reste perplexes face à ce genre de pièce qu'on dirait l'expression d'un délire, une expérimentation du non-sens (mais fallait-il vraiment chercher un sens à tout ça ??). Les personnages s'aiment, se déchirent, se trompent, se font du mal, délirent, s'embrassent, se touchent, se mettent tous nus et finissent par se prendre sauvagement devant nos chastes yeux (et l'objectif tout aussi chaste de notre Didine).
Et bien, au moins on aura plein de questions à poser à Sergio, parce que cet ovni théâtral demande quelques explications !
Nous nous donnons rendez-vous dimanche matin. Pour une fois, ce n'est pas nous les premières arrivées. Sergio est bavard, et personne ne nous avait prévenu !
Il est devenu acteur par accident, nous raconte ses passions : la musique, Lorca, Rimbaud. Ses yeux pétillent. Quant à la pièce, il avoue ne pas toujours comprendre ce que les metteuses-en-scène on voulu dire et ne pas approuver réellement cette version de Lorca. D'ailleurs, quant on lui demande qu'elle a été la plus grande difficulté il nous répond : "Ne pas penser à Lorca".
L'apport de la pièce réside selon lui dans le fait que les tabous de la société argentine soient portés sur scène. L'art doit "aider à regarder", c'est-à-dire provoquer la réflexion sans imposer un point de vue. Et redonner un contenu à la parole, ce que la littérature et la philosophie peinent à faire. Il trouve que notre monde est devenu celui des oeuvres de Beckett et de Ionesco : absurde, vide de contenu.
Sergio a plein de rêves, une grande sensibilité, aime profondément son métier, et voudrait bousculer la société conservatrice dans laquelle il a grandit. Et il sent bon (encore que ça n'ait absolument rien à voir...) ! Pour plus de Sergio, allez lire la fiche comédien (vous n'aurez malheureusement pas l'odeur... on y travaille !!)
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Publié à 08:29, le 9/11/2008 dans Argentine, Santa Fe Mots clefs : |
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Vendredi soir, nous avons rendez-vous avec Carolina devant le musée des Beaux Arts de Santa Fe pour aller voir une pièce. On arrive un peu en avance ( ) et, pour s'assurer qu'on est bien au bon endroit, Caro s'aventure à l'intérieur pour demander si c'est bien ici qu'une pièce se joue (il s'y donne évidemment une réception bon chic-bon genre avec coupes de champagne et petits fours. Nous on est en tongues-débardeur-sarouel-cheveux-en-pagaille, comme à l'accoutumée. Ah et on transpire aussi, bah oui, ca fait une demie-heure qu'on marche sous un soleil écrasant...).
Qu'à cela ne tienne ! L'Argentin concerné ayant à peine écouter la requête d'une oreille distraite disparaît derrière une porte pour en revenir avec un collègue qui nous mène directement dans la salle, alors que les acteurs sont en pleine répétition. On voulait juste savoir si c'était bien ici que se jouait la pièce ! Pas s'inviter dans la loge des acteurs une heure avant !
Ce petit incident clot, on retrouve Carolina et on achète nos places.
Pour patienter, on nous propose une visite du musée. La gardienne allume exprès les salles pour nous permettre de voir les oeuvres, et nous ouvre même certains accès fermés au public a cette heure-ci. Et nous d'entendre le gardien du musée crier quelques minutes plus tard aux autres personnes du public qui attendent : "on fait une exception parce qu'elles sont francaises!" Alors celle-là, on ne nous l'avait encore jamais faite ! Une fois de plus, on avait rien demandé ! Décidément... mi-genées, mi-amusées, on essaie de se fondre incognito dans la foule du public qui patiente.
Quelques dizaines de minutes plus tard, on entre dans la salle. Sergio (un autre acteur Santafesinois que nous aurons l'occasion d'interviewer et de voir jouer) m'installe dans un angle parfait pour filmer la pièce, c'est-à-dire tout devant au milieu. Didine trépigne d'impatience. Les lumières s'allument, et c'est parti pour un peu plus d'une heure de spectacle, Jorge Ricci et Rafael Bruza campant deux personnages bohèmes qui rêvent de trouver la gloire en Allemagne avec un spectacle de tango. Cela fait vingt ans qu'ils jouent cette pièce qui les a mené à voyager à travers le monde. Ce soir ils sont de retour à Santa Fe.
Le lendemain on peut interviewer l'un des deux comédiens, Jorge Ricci, dans un café de la rue piétonne de Santa Fe dont il est un habitué. Tout le monde nous prévient : Jorge est très très bavard. On se demande bien comment on va faire pour faire "court" et "synthétique". A notre plus grande surprise, il ne s'étale pas, écoute attentivement les questions et y répond le plus complètement possible (lire la fiche comédien). Certes, Jorge parle comme un livre, fait des longues phrases (il faudra chercher au moins un mot sur trois dans le dictionnaires pour la fiche comédien), mais se prête aux jeu et ne nous raconte pas sa vie de long en large.
Il nous explique la genèse de la pièce et comment la fiction finit par rejoindre la réalité, puisque l'histoire de ces deux personnages n'est plus si éloignée de l'histoire des acteurs qui les campent. Après vingt passés à jouer cette pièce, il ne ressent aucun ennui et se félicite même d'avoir échappé à ce qu'il appelle la "bureaucratisation" qui guette l'acteur qui joue mécaniquement chaque soir. Pour lui aussi, l'acteur doit être engagé avant tout envers son art, et que ce qu'il fait soit le plus fidèle à ce qu'il est.
On quitte Jorge et son regard malicieux, sachant bien que nous allons être amenées à le recroiser puisqu'il est directeur du Foro Cultural de Santa Fe...
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Publié à 12:59, le 8/11/2008 dans Argentine, Santa Fe Mots clefs : |
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Raul Kreig fait partie de ces comédiens qui attirent une sympathie
immédiate, et allons-y franchement, définitive. Il est de ceux pour qui on a
envie de poursuivre cette investigation avec acharnement. Surement parce qu'il
est en complet accord avec ce qu'il fait et qu'il est honnête vis à vis de son
art. D'ailleurs, pour lui, la raison d'être du théâtre réside en cela (lire sa
fiche comédien ) : la loyauté de l'acteur face à son art.
Et lorsqu'on le voit jouer, évoluer, parler et écouter, on comprend très
bien ce qu'il veut dire. Sa place est sur scène, pas ailleurs.
On le rencontre par le biais de Caroline Cano, comédienne aussi, prof de
théatre et prof de francais sur Santa Fe (Caro, si tu nous lis, on embrasse la
santafésinoise que tu es de tout notre coeur). Il y a 1 an de ca, après avoir
assailli de mails à peu près toutes les alliances francaises des villes
d'Amérique latine, nous parvient la réponse de Silvia Clément,
directrice de celle de Santa Fe. Dans son mail, l'adresse de Carolina, qui
pourrait sûrement nous aiguiller dans nos démarches santafesinoises. Et en
effet, dans les jours qui suivent, réponse fleuve de la fameuse Caro, avec en
prime un descriptif archi précis de ce qui se fait en matière de théâtre à SFe.
Et ainsi commence notre correspondance, qui durera 1 an.
C'est à Rosario qu'on reprend contact avec elle. On a du
retard dans l'itinéraire, et on se demande vraiment s'il faut faire un détour
par Santa Fe. Si ca vaut le coup. Il faut croire que oui. Carolina, fidèle à
elle-même, nous répond du tac au tac qu'il se joue des choses, et cela en nous
dressant une petite liste de ce que nous pourrions voir et filmer. Le tout
concentré en fin de semaine, comme on lui a demandé. Nous voilà donc avec un
"programme" pour chaque jour, pré-établi par notre incroyable Caro.
Lorsqu'on débarque à Santa Fe, donc, il ne nous reste plus
qu'à nous rendre aux endroits recopiés à la hâte dans notre petit carnet. Une
pièce par soir, avec l'autorisation de filmer. Et sûrement, nous a dit Caro,
celle d'interviewer les comédiens. Pour nous c'est plus que du
luxe.
1er jour, rendez-vous au Foro Cultural pour
filmer la répétition de "Una tragedia argentina" de Daniel Dalmaroni
(auteur argentin que nous ne connaissons pas, je précise). Bien évidemment,
comme toujours, on se repère trop vite dans les ruelles de Santa Fe (qui n'est
pas bien grande) et on arrive avec 40 minutes d'avance -on frôle le ridicule,
là- ce qui nous laisse amplement le temps de nous noyer dans un café con leche a
quelques cuadras de là. Avec 2 media lunas (croissants) en prime. Et lorsque
l'on revient, Raul (le fameux) nous repère direct (là encore, je me
demande ce qui nous trahit ... ) et fonce droit sur nous : "Les 2 francaises ?",
nous demande-t-il dans un francais presque impeccable, avec une marge d'erreur
quazi nulle. Nous :"Oui ?" Il se présente aussitôt, Raul Kreig, comédien dans la
troupe, Carolina lui a parlé de notre venue. Les autres sont un peu en retard,
mais c'est comme ca ici, le rv est à 10h, ce qui veut dire 10h30. (et là on se
garde bien de lui parler de notre quart d'heure d'avance) Il nous propose donc
de revenir un peu plus tard, pour ne pas perdre de temps. On sourit en pensant à
l'heure à laquelle on s'est levé pour être prètes. Pas grave. Raul est tellement
enjoué, sympathique et accueillant, qu'on repart faire un bon gros tour de 1h30
dans la ville pour laisser le temps à la répétion de se mettre en route. Ce qui
est largement le cas lorsqu'on ouvre les portes de la salle un peu plus tard,
Didine en main. On arrive à point nommé pour le filage de la pièce. L'occasion
de voir l'intégralité et de filmer les parties que l'on souhaite. Raul est là,
il nous accueille en costume et nous présente directement à toute l'équipe. Un
maté passe déjà de main en main, jusqu'à la notre évidemment.
La pièce démarre. L'espace scénique est minuscule, étriqué.
Avec une immense table au milieu qui mange tout le plateau. Et par dessus, des
dizaines d'objets coupants : couteaux, fourchettes, canifs de toutes sortes ...
Derrière, un gros frigo, un tabouret, et quelques autres meubles histoire de
n'avoir vraiment plus de place pour bouger.
Le tout commence par une petite
phrase banale. Le personnage principal, (interprété par Raul) sorte de figure
du pater familias argentin, demande à son beau frère s'il ne serait pas en train
de regarder les fesses de sa femme (celle-ci se penche très franchement dans le
frigo pour y trouver de quoi grignoter). Et l'autre de répliquer en se peignant
calmement que c'est en effet le cas. Et à partir de là s'en suit toute une série
de réactions en chaine, plus violentes et tragiques les unes que les autres (les
comédiens se donnent des coups de couteau en s'excusant juste après) avec des
révélations toujours un peu plus abracadabrantes.
On se demande comment tout ca
va terminer. C'est bien simple : tous les membres de la famille y passent,
chacun leur tour. Le père, sa femme, ses 2 enfants et son beau-frère. Car on
apprend que la père est en réalité le fils de son épouse, donc le frère de ses
propres enfants. Ce qui complique un peu les choses. On rit du grotesque de la
situation, de ces personnages si impliqués et si sérieux face aux révélations
successives dont ils sont victimes.
Raul nous parlera plus tard, durant l'interview , du danger et
surtout de sa crainte à lui de tomber dans un registre caricatural, de
ne montrer du personnage qu'un stéréotype et non plus un homme sincèrement impliqué
dans ce qu'il vit. Aussi invraisemblable que soit la situation. Ici encore, le
maître mot revient toujours, l'honnêteté. Pour nous les petites francaises, cet
homme-là est parfaitement sincère. Ses réponses sont attachantes. Il nous
surprend sur certaines, nous amuse sur d'autres. Il a étudié au conservatoire de
Paris pendant 1 an, ce qui nous amène à parler des différences de méthode de
travail : en France tout part du texte, en Argentine tout part du corps. Et ca
se voit sur scène (incroyable virtuosité des comédiens argentins, mais petit
massacre du texte aussi, parfois). On a du boulot !
On le renvoit le lendemain pour une autre répétition, celle de "Stefano", dans laquelle il interprète le rôle principal, et y développe un tout autre registre : celui du grotesque argentin. L'occasion de lui redire au revoir, une 2nde fois. Parce que quitter des personnes comme ca, c'est toujours un peu difficile.
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Publié à 12:00, le 8/11/2008 dans Argentine, Santa Fe Mots clefs : |
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Sans doutes la rencontre la plus marquante de tout notre voyage. Celle dont on est sorties presque silencieuses, toutes gonflées de nouvelles couleurs.
Toujours Rosario, ou décidément, contre toutes attentes, il se passent des choses théâtrales du lundi au jeudi ... tout dépend de ce que l'on appelle théâtral évidemment, et de la qualité de spectacle que l'on attend, mais pour nous, une pièce jouée par les filles de la prison de Rosario, c'est un évènement qui en vaut la chandelle ! Et l'unique représentation a lieu justement le mercredi soir, une aubaine puisqu'on quitte Rosario le jeudi matin (il faut savoir qu'en Argentine, tous les spectacles se font à partir du jeudi ... ça complique un peu les choses quand on arrive dans une ville en début de semaine).
Je marque ici une pause pour saluer nos amis Mariano et Nacho (nos jeunes couch host décoiffés de Rosario) qui ne liront probablement jamais ce blog car ils ne connaissent du français que la mot "Sacrébleu !!!", mais tout de même ... toute cette rencontre, c'est finalement grâce à eux. Jeun's, dormeurs et fétards peut-être, mais aussi très à l'écoute. Ils ont bien compris qu'on faisait un documentaire sur le théâtre. Et que du lundi au mercredi, l'activité théâtrale était nulle, précisément. Et que l'on pourrait bien repartir sans aucunes images. Certes, ils ne vont jamais voir de pièces, ils ont bien d'autres chats à fouetter, mais lorsqu'on leur tend un flyer dans la rue qui dit que les filles de la prison jouent au Centre Culturel Lavarden ce mercredi soir, ils sont au taquet. Entendez par là, ils sont réactifs. "Ça pourrait être pas mal pour les filles" (j'imagine que c'est plus ou moins ce qu'ils se sont dit) car lorsque l'on rentre ce soir-là à l'appartement, fourbues d'avoir marché toute la journée sous le cagnard,
et qu'on les retrouve tous assis en rang d'oignons dans le sofa, ils nous tendent directement le morceau de papier, fiers comme tout (c'est à partir de là qu'on s'est vraiment prises d'affection pour eux, et je ne rigole pas). Et nous de regarder, interloquées, ce morceau de papier. Et de les remercier franchement, à notre manière (viennoiseries tous les matins, et aussi en veillant un peu plus tard le soir ...).
Bref. S'en suit l'investigation, car le tout n'est pas d'avoir le flyer en mains, mais de prendre contact avec au moins un membre de l'équipe Mujeres tras las rejas avant de voir le spectacle. Et oui. On retourne donc au Centre Lavarden (notre Q.G. culturel à Rosario, vous l'aurez noté) pour tenter d'attraper quelque chose, un nom, un numéro, une adresse mail ... something. Coup de chance (décidément), les filles de la prison sont dans le hall d'entrée avec toute la clique (gardiens armés jusqu'aux dents, on dirait que c'est Hannibal le Cannibal qu'ils ont sorti de derrière les barreaux) en train de prendre des photos. 2 d'entres elles sont menottés. On ne sait pas vraiment si c'est pour la scéance ou parce qu'elles sont très très très dangereuses. Toujours est-il qu'on pénètre difficilement le cercle qui s'est formé tout autour. "Est-ce qu'on pourrait interviewer les filles pour la pièce, on fait un reporta... " "Non." nous répond aimablement l'une des gardiennes de derrière son visage plus-dur-tu-meurs. "Mais en fait on est 2 franç..." "Non. C'est impossible". Parfait parfait et pourrais-tu expliquer aux 2 naïves que nous sommes pourquoi c'est impossible de poser 3-4 questions à des filles en prison ? "Ce n'est pas légal" Très bien. Heureusement, la metteuse en scène, Maria Soledad Pedrana, passe justement par là. On nous autorise à lui parler, ouf. On lui expose le projet en 2 mots, elle nous écoute tout en surveillant d'un oeil ce qui se passe dans le hall, et accepte qu'on l'interview le lendemain, un peu avant la pièce.
Ce que nous faisons. Hélas 30 minutes avant le spectacle (ce qu'elle nous avait proposé), c'est vraiment ric rac. Qui plus est, petit changement de programme, elle n'est pas toute seule. Avec elle, 2 autres femmes plus agées, qui font parties de la meme association, et qui souhaitent vivement parler du projet devant notre caméra francaise (elles n'ont aucune idée de la taille de Didine, les pauvres. Didine, on t'aime et on te respecte, telle que tu es.) Tout se fait a la hate, le nez rivé sur le montre, tout en haut du Centre Culturel, sur les toits. Chacune est impatiente de parler dans le micro, d'expliquer les motivations, mais là encore, il ne s'agit pas vraiment de répondre aux questions. Nous on essaie de rebondir comme on peut (on est reporter ou on l'est pas), mais bien vite, quelqu'un nous averti qu'elles sont arrivées. Branle-bas de combat, on lache tout, micro, feuilles et dictaphone, et on dévale les escaliers dans le sens inverse pour arriver a temps.
Elles sont déjà sur scène, en pleine scéance maquillage.
On a la permission d'entrer avant tout le monde. A coté de nous, un cadreur professionnel de la télévision avec gros micro et grande, très grande caméra. Nous, Didine on la tient dans la main. Aux 4 coins de la salle, des gardiens en poste, droits comme des "i". Visages fermés. On les regarde, fascinées par tant de sérieux. Apres tout on ne sait pas de quoi les filles sont inculpées. On nous dira tout bas que c'est soit pour vol soit pour traffic de stupéfiants ... mmmh, l'une d'entre elle est là depuis 7 ans. Ca nous parait légèrement démusuré, mais force est de constater qu'on n'y connait pas grand chose en justice argentine.
Mais il semblerait que cela intrigue. 2 petite francaises qui font un reportage sur le théatre. On vient nous saluer, nous poser des questions, le directeur de la prison en personne tient à ce qu'on vienne lui parler. Ce que nous faisons, betement intimidées et pas prètes du tout. Et on nous annonce, o joie, que l'on pourra venir interviewer les filles le lendemain, en prison. On saute sur l'occasion, aux anges. Surtout que notre interview express sur les toits n'a vraiment pas donné grand chose.
Le spectacle commence très en retard, le temps de faire rentrer le public, composé en majorité de curieux et aussi, un peu, de membres de la famille des prisonnières. Mais quelle n'est pas notre surprise lorsqu'on voit débarquer 3 de nos compères couch host ! Ils nous font signe et nous rejoignent dans le public. Extraordinaire. Ils sont venus. Eux qui semblent se ficher éperdument du theatre, sont là, assis à coté de nous et attendent que la piece démarre. "Soñando Venecia", voilà le titre. ("En revant de Venise"). L'histoire d'une aveugle qui aimerait voir Venise avant de mourrir. Et de ses amies (prostituées) qui vont créer un faux voyage, avec faux avion, fausse barque, faux danseur, etc ... pour réaliser le reve de leur amie.
Bien sur, c'est approximatif, un peu maladroit et on doit tendre l'oreille pour entendre ce qui se dit, mais le spectacle de ces 6 jeunes prisonnières sur scène est franchement touchant. Le public rit avec bienveillance lorsqu'elles se trompent ouvertement, lorsque leur camarade souffle à voix haute la phrase suivante, ou lorsque l'une d'entre elle fait coucou a quelqu'un dans le public depuis la scène.
La pièce se termine sous les applaudissements généreux du public, déjà conquis. Les filles saluent, resplendissantes. On a une vague idée de ce qu'elles peuvent ressentir, debout sur scène, devant tous ces gens, venus juste pour elles.
Rv le lendemain matin 9h à la prison de Rosario. Pour cela il faudra prendre le bus ... bon, je vous passe les détails. On nous fait monter assez rapidement, on nous demande nos papiers d'identité bien sur, mais on ne nous fouille pas. L'endroit ne ressemble en rien à une prison. Plus à un internat. Jusqu'à ce qu'on voit les grilles. Ca plante le décor. Les filles sont dans la cour, assise sur les marches, et fument une cigarette au soleil. On nous ouvre les portes, on tremble un peu, elles nous on vu, de loin. Je ne sais pas trop à quoi on s'attendait, mais vraiment pas à cet accueil. Chaleureux. Curieux. Elles nous invitent à nous assoir, là sur le banc. Nous demandent d'où on vient, ce que l'on fait. Si la pièce nous a plu. Si on a compris quelque chose. On répond à l'une, à l'autre, le coeur en hyperactivitée là-dedans. Est-ce qu'on saura poser les bonnes questions ? Est-ce qu'on ne sera pas trop indiscrètes ? Est-ce qu'on saura trouver les mots ? comprendre les leurs ? L'interview commence (voir la fiche ici), chacune se présente devant la caméra, jusqu'ici tout va bien.
Arrivent les autres questions, aïe, elles répondent toutes en meme temps, pour comprendre il faut etre experte du jargon argentin rosarinois. Et ce n'est pas notre cas. On surf sur les réponses, on devine le sens caché de certaines expressions, on reformule nos questions lorsqu'elles ne rencontrent que du silence, et surtout, on accepte de ne pas tout comprendre. L'essentiel, lui, est passé. Le théatre, encore une fois, a apporté chez ces femmes privées de liberté une lueur d'espoir, une envie d'avancer, un désir de vivre qui doit finir par se perdre derrière les barreaux. A les voir parler de cette expérience, pas de doutes, quelque chose a changé. C'est peut etre infime, mais ca vaut de l'or.
On les quitte (vraiment) à contre coeur après les avoir laissées saluer Paris et la France entière devant notre petite caméra. On se sert toutes dans les bras. Très fort.
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Publié à 11:50, le 30/10/2008 dans Argentine, Rosario Mots clefs : |
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Et bien, on peut dire qu'on aura pas chômé à Rosario. Deuxième jour, deuxième interview. On retrouve Pipo, sans son acolyte Carlos cette fois, derrière son petit bureau au Teatro Lavarden. Il nous conduit dans une autre salle du complexe culturel pour l'interview. On est ravies, c'est un atelier de bricolages et il y a plein de dessins d'enfants au mur et une belle lumière (oui, parce que depuis quelque temps, il fait tout le temps beau et c'est pas nous qui allons nous en plaindre...enfin si ! Il fait beaucoup trop chaud !! Jamais contentes... )
Pipo s'est mis au théâtre très tôt, dans son collège catholique où il faisait des imitations. Depuis il n'a cessé d'en faire, malgré le fait que ses parents ne soient jamais allés le voir (ils voulaient qu'il devienne comptable...). Il a beaucoup travaillé dans les prisons pour mineurs, offrant ainsi aux jeunes détenus un moyen d'expression.
A Rosario, les gens vont peu au théâtre, où, s'ils y vont, c'est pour voir le théâtre commercial venu tout droit de Buenos Aires. Mais du théâtre fait par les rosarinois (oui, ooooooh, je sais pas comment on traduit "rosarino"...!) attire peu de public. Même si cela semble évoluer petit à petit grâce au café-concert.
Selon lui, l'acteur a plusieurs responsabilités : divertir, faire prendre conscience de la réalité et apporter aux personnes ayant moins de ressources un moyen d'expression. Mais son objectif premier est de faire rire, surtout en Argentine après les chutes vertigineuses de l'économie à plusieurs reprises et la dictature (lire la fiche comédien).
Après la traditionnelle photo, nous poursuivons notre chemin dans les rues de Rosario, pour quelques prises de vue près du fleuve, et en croisant d'innombrables photos du Che (n'oublions pas que c'est ici qu'il est né !).
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Publié à 06:26, le 30/10/2008 dans Argentine, Rosario Mots clefs : |
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Mardi 21 Octobre.
Arrivées la veille à Rosario, sous un soleil de plomb, après 5 petites heures de bus.
Le monstre Buenos Aires est maintenant derrière nous, cela paraît absurde, impensable, trop rapide. On laisse Fernando et son sourire. Les alfajores à la maïzena El Cachafaz. Le tourbillon artistique. Les sifflements des argentins. Le traffic infernal. Le tango. Et on prend conscience du temps qui nous glisse entre les doigts. C'est effrayant, mais c'est aussi ça le voyage.
Rosario, c'est une toute autre affaire. Plus petite ville, quoiqu' encore assez étendue. Claire. Maisons ratatinées mais charmantes. Beaucoup d'arbres aussi. Et surtout une chaleur pesante, à notre arrivée du moins. Cette fois-ci on pose nos mastodontes chez 3 jeunes de 22-23 ans, qui vivent dans un appartement spacieux, mais vraiment pas rangé.
Des affaires partout, le reste du déjeuner de la veille sur la table, la vaisselle sale amoncellée dans l'évier, le maté de 3 jours tout asséché sur le bench, des cendriers oubliés ça et là, et du monde qui passe en permanence. Ajouté à cela bien sûr, musique à fond toute la journée, que l'on entend même de la rue. Les meubles vibrent au son de la basse. Après le calme loftien de chez Fernando,
quelques minutes de ré-adapation sont nécessaires pour les 2 mémères. On pensait se poser un peu après le voyage, on décide bien vite de filer pour commencer l'investigation rosarinoise (?), sur les chapeaux-de-roues. On a plus ou moins zéro contacts à Rosario. Et il ne s'agit pas de prendre son temps, de flâner, et d'attendre quelque heureuse coïncidence, on est sensées être à
Santa Fe 3 jours plus tard pour filmer une répétition. Soyons efficaces.
1ère étape, on s'informe auprès de l'accueil d'un Centre Culturel, sur la place. 2ème étape, on nous envoie au Théâtre Lavarden, à quelques blocs de là. 3ème étape, on rencontre une chargée de je ne sais quoi qui nous propose de rencontrer directement 2 acteurs qui travaillent là. 4ème étape :
rencontre avec ces 2 comédiens : Pipo et Carlos, qui nous regardent arriver dans leur bureau, ruisselantes. Après s'être éventé les dessous de bras pendant 2 bonnes minutes tout en leur exposant le projet : "Hacemos un documental sobre la diversidad teatral en latino america durante 1 año ..." (là généralement on nous coupe : "1 año ?? que liiiindo ! " et nous d'acquiesser frénétiquement) " ... para defundirlo en Francia y asi, hablar del país a traves del arte", les 2 messieurs acceptent de nous donner quelques contacts. Mario Vidoletti, par exemple, qui tient un café-théâtre à quelques blocs de là. Parfait. Carlos tient à nous accompagner, sans doute charmé par ces 2 petites françaises en nage qui ne trouvent pas leurs mots, mais qui ont un noble projet. Il est un peu fâché que l'on ne reste pas plus de 3 jours, car il y a "montón" (beaucoup) de théâtre à Rosario. Mais on lui explique chemin faisant qu'on a des impératifs à Santa Fe. Il comprend (plus ou moins). Arrivées au bar La Sede, on sert la main de Mario.
Chic, encore un acteur à la moustache qui rebique et au regard qui rit. Il a l'air super. On fixe un RV pour le lendemain, histoire de préparer nos questions.
Entre temps petite nuit chez les 3 enfants terribles, boules Quies soigneusement enfoncées dans les oreilles. Adorables, ils nous ont laissé leur lit après avoir nettoyé un peu les lieux. Et c'est sur un pouf dans le salon qu'on en retrouve un endormi, au petit matin (mais où sont les 2 autres ?). A côté de lui, avachi sur le canapé, un ronfleur qu'on ne connaît pas, et un peu plus loin un autre dont on ne voit que la tignasse, carrément par-terre. Mais à quelle heure se sont-ils couché ? On glousse bêtement en les enjambant pour parvenir à la porte. C'est qu'on a du boulot, nous.
Mario Vidoletti, nous voilà !
Son bar La Sede est on ne peut plus charmant. Plafond haut, cadres suspendus un peu partout, grandes fenêtres, ambiance sympa. On y sirote volontiers une limonade en l'attendant. Il arrive et nous invite directement à descendre au sous-sol (je vois déjà les sourcils se froncer) dans le salle de café-concert où ont lieu les spectacles : petite estrade surélevée, quelques projecteurs, tables disposées autour, et bar en virgule magnifique. C'est ici que se fera l'interview, sur l'estrade, avec en prime un croissant de lune en toile de fond.
De l'autre côté du mur, après avoir arpenté un petit couloir sombre, on penètre dans une vraie salle de théàtre (comment imaginer une telle chose quand on est au bar, là haut ?) avec gradins et projecteurs ...
L'entrevue commence. Mario Vidoletti nous raconte l'histoire de ce café, qui vit au rythme des spectacles depuis des années et rameute un public toujours un peu plus fidèle. Il a le privilège de pouvoir jouer ses pièces ici, chaque fin de semaines. De faire rire les gens, de partager avec eux tout en les regardant avaler des tapas. Il a su combiner le plaisir de manger tout en se divertissant (lire sa fiche ici). Et ça a l'air de fonctionner.
Voilà une affaire qui roule !
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Publié à 05:46, le 30/10/2008 dans Argentine, Rosario Mots clefs : |
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Mouais. On en tremble encore !
Jeudi soir. On décide de faire trois théâtres sur la Avenida Corrientes présentant des
oeuvres "commerciales", c'est-à-dire avec producteur, acteurs connus
(heureusement pas pour nous, sinon on aurait jamais osé) et beaucoup,
beaucoup de moyens - pour leur demander si on pouvait rencontrer un des
acteurs de la troupe, ou le metteur-en-scène, ou l'assistant, ou la
costumière, ou... celui qui balaie le plateau avant la pièce...non ?
Premier théâtre : le caissier nous dit que : "le seul moyen c'est
d'attendre les acteurs devant le théâtre". Bon, on serait incapables de
les reconnaître, donc on abandonne. Deuxième théâtre : "il faut appeler
l'attachée de presse, voici le numéro". Ok, pourquoi pas, maintenant
qu'on a presque l'accent argentin (je dis bien : presque). Troisième
théâtre : "revenez demain à cette heure environ et demandez Jonathan."
De acuerdo, muchas gracias.
Premier bilan: c'est pas ce soir qu'on pourra filmer quelque chose
ou fixer un rendez-vous pour une interview. Nous revenons bredouilles.
Enfin, broucouilles, comme on dit...
Le lendemain, les idées fraîches au petit matin (petit matin = 11h
maintenant, et oui, que voulez-vous...!), on se dit qu'on pourrait
quand même appeler l'attachée de presse, même si on y croit plus trop.
Première bonne surprise : elle nous écoute et nous dit qu'elle peut
essayer de nous obtenir une interview mais que les acteurs sont TRES
TRES occupés parce que quand ils ne jouent pas au théâtre, et bien ils
tournent ! Donc elle nous rappellera demain.
Petit hic : on ne sait pas si on aura une opportunité de
voir la pièce à un autre moment que samedi soir, étant donné notre
agenda très serrés de pièces de théâtres (on aimerait bien se
dédoubler, histoire de tout voir). Samedi, toujours pas d'appel de
l'attachée de presse et impossible de la joindre... on se dit donc,
folles que nous sommes, qu'on va passer au théâtre, demander s'il y a
des invitations à notre nom (on ne sait jamais, sur un malentendu... ça
peut marcher !), expliquer la situation, bref, s'inviter au théâtre !
Evidemment, il n'y avait aucune invitation à notre nom (sans
blague ?!) mais la caissière appelle Damian (on a pas compris
clairement la fonction de Damian), et Damian appelle l'attachée de
presse qui nous autorise à rentrer pour filmer les 5 premières minutes
(pas plus, hein les filles). Nous on est quand même super gênées, faire
les trucs au culot c'est pas dans nos habitudes et imaginer la voix
furax de l'attachée de presse à l'autre bout du fil ("Mais qu'est-ce
que vous faisiez au théâtre samedi soir ?!?!") nous fait transpirer de
peur. Mais bon, maintenant qu'on y est, on y va ! Et c'est comme ça
qu'on peut filmer les 5 premières minutes de "Gorda", mise-en-scène par
Daniel Veronese (LE metteur-en-scène du moment à Buenos Aires).
Manque plus qu'à rappeler l'attachée de presse, s'excuser
platement, et lui faire les yeux doux (enfin, la voix) pour une petite
interview... Vous n'imaginez pas comme ça peut être pratique de pas
maîtriser une langue parfois, on peut toujours faire comme si on avait
mal compris! Bon, on s'est quand même fait passer un petit savon, mais
un moment de gêne est vite passé, pas vrai ? On obtient 15 minutes
d'interview avec l'actrice principale, Mireia Gubianas.
Arrive le grand jour, on est reçue au théâtre par un autre
intermédiaire, Raúl, qui est la plus part du temps pendu au téléphone
pour savoir quand arrivera Mireia pendant que nous on patiente sagement
dans le théâtre, un peu la frousse quand même, devant tout ce
dispositif. Mireia arrive, tout sourire, bienveillante, elle s'excuse
pour le retard. Elle prend le temps de répondre à nos questions même si
elle entre en scène dans moins d'une heure.
Elle est espagnole, et peut
donc nous donner son point de vue européen sur le théâtre argentin,
qu'elle trouve magique parce que très diversifié et d'excellente
qualité (lire la fiche comédien ). D'une grande humilité, très
généreuse, Mireia nous a conquises ! Et elle nous invite même à venir
voir la pièce !
"Gorda", c'est l'histoire d'un homme d'âge mur, cadre, qui tombe amoureux d'une femme (jouée par Mireia)...grosse (gorda en espagnol). Le regard de ses collègues, le poids du jugement des autres vont le pousser à la quitter (eh oui, contre toutes attentes, la pièce finit très mal...).
Maintenant, on sait ce que c'est que du théâtre "commercial", et c'est pas forcément péjoratif, ici, à Buenos Aires.
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Publié à 12:30, le 26/10/2008 dans Argentine, Buenos Aires Mots clefs : |
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Les porteniens nous l'auront assez répété, Buenos Aires, c'est LA capitale du théâtre. C'est là que tout se fait. La ville de la démesure. "3 semaines c'est bien trop court pour tout voir les filles (qui a dit qu'on voulait tout voir ...? ), il faut changer votre itinéraire et rallonger de quelques mois". Qu'à cela ne tienne, on a toute la vie. Pourquoi ne pas consacrer un mois sur chaque spectacle qui s'y joue actuellement ? Ça nous laisserait le temps d'approfondir. Le soucis c'est qu'on ne fait pas un documentaire sur le théâtre à Buenos Aires, mais en Amérique Latine. Cela change un peu la perspective. On va donc devoir "choisir", et parmi cette overdose de spectacle, il faut être vigilant. Il y a du très bon, du moins bon comme du franchement mauvais, même sur l'avenue Corrientes. Comme à Paris. On est très vite submergées de flyers, de conseils et d'interdictions.
"Samedi soir, il faut que vous alliez voir ça."
"Dites que vous venez de ma part"
"Le dimanche il y a telle pièce de Veronese, c'est à ne pas manquer"
"Daulte, il faut aller voir Daulte"
"Ah non pas lui !"
"Vous n'avez jamais entendu parler de Tantanian ?!"
"Non, ça c'est autre chose, c'est un autre type de théâtre" (mais justement!!)
Pause !!!
Buenos Aires, on t'adore, tu nous fait tourner le tête, on a envie de t'embrasser toute entière, mais on n'arrive plus à suivre.
Heureusement que César Brie est argentin. César Brie, pour resituer, est d'abord notre artiste préféré (c'est dit) et accessoirement aussi le fondateur du Teatro de los Andes à Sucre en Bolivie. Devant notre désarroi (j'exagère un peu) il nous envoie bien vite quelques contacts pour démarrer. Des anciens amis, des personnes qui ne font plus du tout le même type de théâtre que lui. Mais qui ont le même feu, la même bonté et le même talent. Des gens de qualité, qui ne pourraient pas faire autre chose que ce métier.
Le 1er que nous rencontrons fait du "théâtre communitaire" depuis 20 ans et s'appelle Alfredo Iriarte.
Voir sa fiche ici. Il a une immense moustache qui rebique vers le haut et des cheveux noirs, frisés. Un regard d'un infinie bonté. Et un sourire qui en dit long. Un peu maladroit quand il parle car il voudrait tout dire, tout raconter, mais manque sérieusement de temps. Il passe sa vie, son temps et son argent au sein du Teatro Galpon de Catalinas, qui se trouve dans le quartier de La Boca. La Boca, pour ceux qui ne le sauraient pas, est sans doute le lieu le plus touristique de Buenos Aires, celui que l'on envoie en carte postale.
Et ce qu'il y a de particulier avec La Boca, c'est que passées les quelques maisons colorées du Caminito, on tombe dans des ruelles désertes peu fréquentables, voire franchement dangereuses. C'est par là que se trouve le théâtre, évidemment. Et pour ne pas déroger à la règle, le spectacle que l'on va voir est à 22h30, forcément. Après 5 cafés et quelques claques, les 2 couche-tôt sont prètes à partir. Il faut attraper le 168, qui nous dépose à quelques blocs du théâtre.
Tout ira bien, ce n'est pas comme si on nous avait fortement déconseillé de s'aventurer dans le quartier après 16h... de toutes façons si jamais il faut assommer quelqu'un on a Didine. Et chacune a son petit couteau suisse (même si n'est suisse que l'une des 2). Après 25 bonnes minutes de montagnes russes à bord du 168, on arrive à La Boca. Le bus nous "jette" littéralement à 3 blocs du Galpon de Catalinas, on se recoiffe et on prend l'air détendu et serein de 2 nanas qui connaissent les environs. Il n'y a vraiment pas un chat dans les rues. Mais ô surprise, on voit bientôt une foule de gens un peu plus loin qui se pressent autour de grillades et autres stands, à l'extérieur du théâtre.
On y est.
Ce soir, c'est El Fulgor Argentino qui se joue. Cela fait 11 ans déjà.
Nous rentrons dans la salle, agencée comme une place publique (scène au milieu, gradins autour). Contre toutes attentes, le public est varié : jeun's en pantalon qui colle au corps, couples de personnes agées, jeunes filles chics perchées sur talons hauts, dames d'un certain âge et d'un quartier certain, et enfin ceux que l'on a invité car ils ne pourraient pas s'offrir la place. Le spectacle commence en 1930 avec des personnages en tenue d'époque qui évoquent le contexte politique du moment et font mourrir de rire les spectateurs.
On ne comprend pas toutes les nuances, là encore lorsqu'il s'agit de détails historiques on a du mal à suivre. Les acteurs surgissent de tous les côtés, en haut en bas à droite à gauche, sans nous laisser une minute pour respirer (on apprendra pendant l'interview qu'ils sont une 100aine sur scène), effectuant pirouettes, sauts et autre triple-salto-arrière en toute facilité. Ça chante, ça danse et ça chahute sans discontinuer, et ce dans un mélange de paillettes et de fanfare inimaginable.
Du simple divertissement me direz-vous ? Certainement pas. En plus de nous en mettre plein la vue et plein les oreilles, ça dénonce quelque chose. Tout ce petit monde est là pour nous raconter l'histoire de l'Argentine de 1930 à nos jours, en passant par un saut dans le temps inévitable (2030) pour nous montrer ce que cela pourrait être. Car c'est cela le propos du Groupe Catalinas Sur et de cette pièce en particulier : donner une idée de ce que pourraient être le monde si l'on faisait un peu plus attention à son voisin. C'est utopiste, pourrait-on penser. Mais lorsque l'on voit le public argentin venu des 4 coins de la ville (toujours aussi nombreux depuis 11 ans) s'emouvoir autant devant ce qui lui est conté, on reste bouche bé. En tous cas nous, les 2 françaises de Paris ville lumière d'accord mais ellitiste aussi, ça nous ébranle complètement. Tout se termine en chant et en apothéose, sous un tonnerre d' applaudissements.
On sort de là avec le coeur qui cogne comme un beau diable dans la poitrine.
Ça, c'est le Samedi soir.
Semaine suivante, nous retournons au théâtre pour interviewer Alfredo, comme convenu. Il nous a proposé de passer le mercredi vers 19h. Il serait normallement disponible pour se confier à Didine. Manque de chance, lorsque l'on arrive après nos 25 minutes habituelles de ballotage, Alfredo nous reçoit en speed et doit filer pour on ne sait quel rendez-vous ailleurs mais pas ici. On reprend le 168 dans le sens inverse.
C'est finalement le lendemain matin que l'on pourra donner l'interview. On arrive cette fois-ci au milieu d'un atelier de créations de masques donné par 2 italiens.
Bruits de marteau ambiant. Maté fumant sur les tables de travail. Concentration. Alfredo s'affère comme un enfant sur son masque, enchanté (il crée des pantins et des marionnettes depuis toujours). Chaque élève travaille sur son morceau de bois pour y sculpter une forme de visage. On observe tout cela, fascinées, jusqu'au moment où on décide d'extirper Alfredo de ses copeaux pour lui poser nos sempiternelles questions.
Il nous raconte son incroyable histoire, les larmes aux yeux, assis dans les gradins de son théâtre. Complètement envahi par l'émotion.
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Publié à 10:08, le 24/10/2008 dans Argentine, Buenos Aires Mots clefs : |
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Buenos Aires.
3ème plus grosse métropole d'Amérique latine après Mexico et Sao Paulo.
La jungle, pour ainsi dire. Et nous, 2 petites fourmies microscopiques, avec nos mastodontes sur le dos.
C'est en bus -pour changer- que nous débarquons, après 20h de trajet. Les yeux encore gonflés de fatigue. Avant d'atteindre le centre, on aura traversé pendant une bonne heure les environs de la ville. Elle s'étend sur des kilomètres. On observe tout cela en silence, ipod dans les oreilles, un peu inquiètes, car force est de constater que c'est encore plus grand que Santiago. Les autoroutes surélevées se croisent et s'entrelacent au dessus de nos têtes, la circulation est infernale, le soleil tape, mais les argentins se détendent dans leur voiture en buvant du maté. Didine filme tout ça de derrière la vitre en tressautant légèrement (le chauffeur du bus a l'air pressé d'arriver lui aussi). On se demande une fois encore comment on va pouvoir s'en sortir. Se repérer. Se sentir chez nous. Il se peut que cela prenne un peu de temps. On apprend qu'il y a 5 lignes de métro, et on se dit que c'est bien peu pour une ville de cette taille. "Mais les bus fonctionnent bien", nous dit-on. Parfait. On verra ça. Après le système de transport cahotique de Santiago Chili, plus rien ne nous fait peur.
1ère nuit à l'hôtel, en dortoir, dans le quartier de San Telmo. Petites ruelles pavées, fenêtres chargées de linge, terrasses de café plus attrayantes les unes que les autres. Et sourires chaleureux des argentins. Bon, sifflements aussi. On ne fait pas 2 mètres sans être "bisoutées". D'ici je ne peux pas vous faire le bruit, hélas, mais ça ressemble plus ou moins à celui qu'on fait pour appeler son chat. On en avait déjà eu un petit aperçu à Puerto Madryn mais à Buenos Aires c'est comme le crissement des cigales à Monêtier. C'est incessant. Et on a beau soupirer, grimacer, montrer qu'on n'est pas contentes, rien n'y fait, au contraire ça les stimule.
Heureusement, Fernando notre couch host n'a rien à voir.
Il est tout grand, tout maigre, des yeux rieurs et s'exprime comme un italien. On le rencontre le 2ème soir, la boule au ventre comme toujours ne sachant pas sur qui on va tomber, et lorsqu'on voit débarquer ce grand roseau à la sortie du métro on se prend directement d'affection pour lui. Il nous ouvre les portes de son loft fraîchement repeint, nous offre un Fernet (Alex, papa de Nasta : don't
worry, we just had a few ones but not to much !!!) et nous tend un double des clés.
C'est ici qu'on restera 3 semaines. Petite cuisine moderne toute equipée (pour mon plus grand bonheur), four qui marche, plats de toutes tailles, casseroles, mixeur, rouleau à patisserie !! (je n'en reviens t | | |