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Certain le savent déjà, d'autres doivent nous penser au Pérou ou même en Colombie ... en réalité nos mastodontes sont soigneusement rangés en haut d'une armoire depuis 2 semaines déjà. Vidés de leur contenu. En attente. Du jamais vu...
Après une boucle par le Pérou (Arequipa, Cuzco), l'heure était venue de faire une halte, de dire "ouf" dans un endroit coup de coeur, vous aurez deviné ... La Paz. Retour sur nos pas donc, avec une idée bien précise en tête. Mettre Didine de côté quelques semaines (au chaud dans le sac à dos avec son copain le dictaphone of course), et passer du statut de témoins à celui d' "actrices". Dans un autre sens que celui que nous connaissons tous : être "actives", tout simplement. Pas que l'on ait été passives durant 6 mois (!), mais vous comprendrez la nuance (j'espère).
À La Paz, du monde, on en connaît. A force d'y revenir régulièrement, on s'est créé un petit réseau de contacts, dans le milieu artistique le plus souvent, amical aussi évidemment, et on se surprend même à dire bonjour dans la rue. Commeça. En croisant un visage familier. "Comment-ça-va-bien-et-toi" (en espagnol évidemment "Que-tal-bien-y-tu"). Mouarf mouarf mouarf. On s'y croirait presque. On se sent limite chez nous. Du coup, ça nous a permis de trouver du travail très rapidement, dans l'Espace Culturel d'un des comédiens rencontrés à nos débuts, Miguel Angel Estellano.
Ici Miguel et devinez-qui, Miguel que l'on surnomme "el Lobo", c'est à dire "le loup", parce qu'il en a l'allure, tout simplement. Miguel, il faut le savoir, est aussi surtout un sacré bon comédien.
Concernant l'Espacio Cultural Creativo, l'idée est de promouvoir l'endroit, par le biais d'un petit film d'animation... réalisé par nos soins. A savoir : le matériel qui s'y vend est créé à partir de pâtes colorées de toutes sortes (des p'tites, des grosses, des rondes, en forme d'étoiles, de papillon, de coquillages, etc...). Les enfants viennent y suivre des ateliers pour développer leur imaginaire et leur sens créatif.
Quand à nous, à partir de ça, on crée des personnages, des objets et un univers dans lequel pourra évoluer notre histoire.
Côté logement parce que c'est quand même super important, après avoir démarré dans l'hôtel le moins cher du coin ( j'ai nommé le Belzu : certains n'y venaient d'ailleurs pas seulement pour dormir ... ), nous voilà en coloc dans un appart' super, grandes pièces à vivre, parquet luisant, cuisine sympa avec four qui marche, eau chaude 24h sur 24... et locataires super. Grâce à Matias (Matias si tu nous lis ... "merci pour tout").
Qui plus est, on a tout à 2 pas : du pain au mercado en bas de la rue,
l'Espacio à quelques blocs dans une rue perpendiculaire, l'aérobic près de la plaza en contre-bas, l'hypermarché à 200 mêtres ... que demander de mieux ? Rien, si ce n'est de s'organiser au mieux et de faire du bon boulot.
"Qu'est-ce t'en penses Nast'?"
"Oh ben oui c'est sûr Caro"
C'est promis on fera au mieux!
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Publié à 02:40, le 17/12/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Toujours bloquées ... ce ne sont plus les trains, mais à nouveau les routes, les bus ne partent pas, rien ne va plus, il faut croire que La Paz s'acharne à vouloir nous retenir encore un peu, à prolonger notre séjour en Bolivie. Comme s'il y avait encore quelque chose de bien particulier à y faire (autre que de l'escalade vous m'aurez comprise). On s'est d'ailleurs posé la question, un soir de fatigue : "Pourquoi est-on encore là ?" Oui, on ressent toujours ce besoin curieux de donner une raison d'être à tout ce qui nous arrive. On a encore un peu de mal à "lâcher prise" à ce niveau-là, mais on y travaille. On progresse vers la sagesse un peu plus chaque jour. Comme des petits moines. Nasta en a d'ailleurs presque la coupe . Bref.
Contre toutes attentes c'est à l'escalade, le weekend dernier (pour ceux qui croient qu'on ne passe plus notre temps qu'à ça), qu'on a rencontré Yannick, un toulousain, qui travaille dans une ONG del Alto depuis 2 ans. Curieusement, on l'avait déjà croisé la première fois, au début du voyage, mais il ne nous avait pas adressé la parole, à peine regardé, on s'était même demandé s'il n'avait pas un problème avec les français (on découvrira un peu plus tard qu'on ne s'était pas trompées) Certains étrangers sont comme ça, à renier quelques temps leurs origines pour mieux se fondre dans le pays ... nous on est françaises, ça se voit à 300 km à la ronde, et on en est presque fières . Toujours est-il que cette fois-là, le Yannick est venu nous parler beaucoup plus ouvertement, avec l'accent chantant que l'on connaît, et nous a appris qu'il travaillait et vivait a El Alto (cf fiche pays), c'est à dire sur les hauteurs de La Paz, tout ce qui est en surface plane. Il faut savoir que El Alto est une ville à part entière, bien distincte de La Paz, qui se trouve dans la cuvette montagneuse. Ce sont 2 mondes juxtaposés. El Alto s'étale sur des kilomètres et des kilomètres, des "maisons" (cubes de briques) se construisent chaque jour en périphérie et font de cette ville un chantier perpétuel. La population augmente de 6% par an, c'est dire. C'est d'ailleurs très différent de La Paz. Beaucoup plus sauvage, beaucoup plus pauvre, beaucoup plus spacieux (les rues sont larges, les habitations petites et trapues, on rencontre peu voir pas de trottoirs...) et surtout beaucoup plus dangereux pour 2 touristes comme nous. Mais aux dires de Matias, c'est sans doutes le lieu le plus représentatif de ce qu'est la Bolivie. Jusqu'alors, on n'avait fait qu'y passer, en voiture, sans jamais faire de halte, comme des petites gringos en sécurité derrière leur vitre blindée, à regarder avec curiosité l'étrange grouillement qui se fait au dehors. C'était sans compter cette rencontre. Car en réalité, dès notre arrivée en Juin, on avait bien entendu parler d'un théâtre qui se faisait là-haut, le Teatro Trono, mais sans jamais réussir à soutirer un nom, un numéro ou une adresse mail. Dès le début, la nana de l'Alliance française nous avait suggéré de nous mettre en relation avec eux, nous assurant qu'il serait interessant de voir leur travail avec les enfants del Alto, mais n'ayant pas de nom à nous donner. Durant toute notre investigation, on avait systématiquement interrogé chaque comédien, tous connaissaient, mais aucun n'avait de contact. Curieux. Clivages culturels à nouveau. On se connaît, on se tolère, mais on ne se mélange pas. Et là, alors qu'on a le sentiment d'avoir fait le tour de ce qui se fait en matière de théâtre à La Paz, on tombe sur ce gars, qui nous apprend qu'il habite à 2 pas du Teatro Trono. Il nous donne un contact dès le lendemain, un français (décidément) qui travaille au sein de l'association, David Sorin. On l'appelle en suivant, impatientes de découvrir El Alto, sa vie artistique et culturelle, et le Teatro Trono. David nous répond, il rit franchement en entendant mon accent (Caro), "Française, hein ?" Moi, cramoisie : "heuu, oui-i ..." Il ne m'en tient pas rigueur (merci David) et nous propose un RV le lendemain matin à 2 pas de chez nous, Plaza Estudiante, devant l'office de tourisme. On prendra tous les 3 un trufi (sorte de taxi-bus avec une trajectoire précise) direction El Alto.
Mercredi matin donc, levé 7h30, pas très fraîches, la trace de l'oreiller encore bien visible sur la joue, les cheveux en pétard, et un petit-déj' avalé à la hâte. Plaza Estudiante, David est déjà là. Nasta a revêtu sa Funky Jacket (il fait froid sur Les Altos), ce qui lui permet de nous reconnaître directement, parmi tous les passants. Il a l'oeil qui frise en nous saluant. On doit avoir une drôle d'allure. On grimpe dans un trufi à quelques mêtres de là. Durant le trajet, il nous explique le fonctionnement du Teatro Trono, son travail à lui au sein de l'association en tant qu'intervenant ponctuel pour le gouvernement canadien (on n'en saura pas plus), les clivages entre le théâtre de La Paz et celui del Alto, son envie profonde de lutter contre tout ça et de réunir ces 2 mondes. Arrivés à El Alto, en bordure de l'immense cuvette montagneuse, on rejoint en quelques minutes la calle de la Cultura où se trouve le Teatro Trono, à 2 pas de là. On découvre une façade colorée, faite uniquement de matériaux récupérés. On entre par la petite porte.
On a tout d'abord RV avec le fondateur du Teatro, Ivan Nogales, qui vit tout en haut de l'immeuble dans un appartement parfaitement incroyable, sorte de caverne d'Ali Baba, remplie d'objets de toutes sortes, récupérés ça et là au fur et à mesure de son installation; une vieille valise accrochée sur le mur qui fait office de porte-CD, des lampes qui pendent partout, des coussins, des cadres, des tapis, des masques, des sacs, bref, tout ce qu'on peut trouver dans une maison, mais multiplié par 3.
Il a fondé cet "empire" il y 19 ans de ça, alors que la calle de La Cultura n'était qu'une vaste décharge à ordures. Tout l'immeuble est fait de briques et de broques, de matériaux de récup' amenés par les uns les autres. Il en est très fier. Parti de rien comme la plupart de ces "pionniers théâtraux", il règne à présent sur tout ce petit monde du haut de son belvédère. Voir la fiche artiste, bientôt sur www.voyageauboutdutheatre.blogspot.com.
Nous retrouvons David après l'interview, qui insiste pour que l'on revienne à 19h filmer l'atelier de travail de Tintin, un jeune intervenant bolivien qui vaut le détour. On hésite plusieurs fois : revenir dans les Altos le soir, est-bien raisonnable ? On entend tellement de choses ... On décide finalement de ne se fier qu'à nous même, le Teatro est à 2 pas de l'arrêt du Trufi, on ne risque rien. C'est pour la bonne cause. Et est-ce que ce ne sont pas aussi des rumeurs colportées par des pacéniens qui n'osent pas s'aventurer à El Alto ?
A 19h pétantes, on s'engouffre à l'intérieur du Teatro Trono, Didine bien rangée au fond du sac de Nasta, et on retrouve David au 2ème étage. Il paraît plutôt étonné de nous voir. Tiens, les 2 françaises. Elles sont finalement venues. Il nous présente Luis Alejandro Vasquez, surnommé Tintin, après l'avoir cherché dans les escaliers pendant plusieurs minutes. Le voilà qui arrive, coiffé d'un grand bonnet vert, cheveux noirs attachés en queue de cheval. Il a tout d'un comédien : souriant, à l'aise, dynamique, bavard, un peu clown aussi ... on le suit jusqu'à l'étage supérieur pour le début du cours, les enfants ne sont pas encore là, on les entend chahuter dans les couloirs, on a le temps de discuter avec Tintin un peu plus en profondeur. Il s'exprime avec fougue, place au moins une blague par minute, on rit beaucoup. C'est un charmeur. Il n'est pas seulement acteur, mais aussi sculpteur. Il étudie l'art en bas, à La Paz, car pour toute reconnaissance professionnelle, il lui faut un diplôme. On lui pose des questions sur les autres compagnies théâtrales de LPZ, est-ce que ça leur arrive de travailler ensemble, etc ... Là encore la réponse va toujours dans le même sens, il déplore lui aussi ces clivages, ces jugements dévalorisants sans même connaître vraiment le travail des uns et des autres. Il trouve que les spectacles devraient être gratuits, pour être propriété de tous et non pas réservés à une élite. On l'écoute attentivement.
Vers 19h30, les enfants arrivent enfin pour suivre leur cours.

Ils ne sont que 7 ce soir, et ce sont des messieurs. Turbulents, au début. Comme un groupe de gamins de 10 ans qui commencent un cours. Ils observent notre caméra, nos têtes aussi, on n'a pas l'air bien boliviennes ... Tintin nous présente, ils saluent Didine en gloussant, puis le cours peut démarrer. 1 heure pendant laquelle Tintin leur fera travailler la concentration, les reflexes, l'imagination, par des exercices corporels, des jeux d'impro, etc ... première constatation, les enfants sont à l'ecoute, bien plus que certains adultes ... ils observent attentivement Tintin, le suivent avec intérêt. L'un d'eux paraît plus timide, reste un peu en retrait, observe davantage. Il paraît si sage. Nasta a un vrai coup de coeur. Tintin n'aura a faire le gendarme que 2 ou 3 fois, pas plus. Ils s'appliquent tous à effectuer le travail demandé. Fin de la classe, ils partent comme ils sont venus, en courant. On est ravies. Tintin paraît fier de nous avoir fait partager son expérience. On le quitte dans le froid de la rue de la Cultura, "Nos vemos", dit-il. Ils disent tous ça. Mais c'est pas toujours vrai... Là encore une rencontre importante, qui nous donne le ton sur ce qui se peut se faire socialement grâce au théâtre.
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Publié à 05:45, le 4/08/2008 dans Bolivie, El Alto Mots clefs : |
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Et voilà la première étape de notre "Voyage au bout du théâtre" sur le point de s'achever. Si tout va bien, nous prenons le train demain pour la frontière et nous arriverons à Salta, Argentine, lundi en fin d'après-midi. C'est avec un gros pincement au coeur qu'on quittera La Paz et sa nuée de lumières qui se déversent de l'Alto au mont Illimani, les cafés con leche de l'Alexander, les boules de glace saveur "Richard" (oui, c'est un nom de parfum...!), l'hamburger de l'Irish Pub, le soleil qui tape à 3600m, la fraîcheur de l'ombre et des nuits paceniennes, l'Avenida 20 de Octubre qu'on a descendu et monté des dizaines de fois, l'appartement de Matias, et surtout tout le groupe d'escaladeurs qui nous ont accueillies si chaleureusement et aiguillées dans nos investigations boliviennes. L'occasion aussi de faire un point, histoire de "boucler la boucle" (nous vous renvoyons à la première "fiche pays" que nous avions rédigées sur la Bolivie) sur ce pays éblouissant, fragile, bouillonnant qui nous a plus d'une fois décoiffées ! Difficile pour nous d'avoir un regard "objectif" puisqu'on compare forcément à ce que l'on connaît, mais nous allons tâcher de faire un portrait de la Bolivie le plus fidèle et honnête possible. Nous vous écrivions que l'un des problèmes majeurs que rencontre la société bolivienne, c'est le racisme. Nous avions été un peu déroutées quand on nous avait parlé d'apartheid, le mot nous paraissait exagéré, mais nous avons bien dû nous rendre à l'évidence : la société bolivienne est fracturée et les actes racistes se multiplient sur le territoire. (Là où nous nous sommes trompées, et nous tenons à le rectifier, c'est que ce n'est pas par racisme que certains taxis refusent de nous prendre, mais parce qu'ils ont des trajectoires prédéfinies !!). Ce qui nous choque profondément, c'est le peu d'information que l'on a, en Europe, sur les évènements qui se déroulent ici. Il faut dire que la presse bolivienne, de son côté, relaye peu d'informations internationales (à peine 3-4 petits encarts dans la presse quotidienne)... Le 10 août, les Boliviens sont appelés à voter pour soutenir ou non le président Evo Morales. Il va s'en dire qu'il y a beaucoup de corruption et tout le monde semble connaître déjà l'issue du scrutin... Evo Morales va ensuite tenter de faire passer un référendum qui lui permettrait de rester président... à vie! On vous laisse juger de la situation... Les murs du pays, véritables espaces de propagandes, sont recouverts de messages tels que : "Evo cumple"("Evo tient parole, accomplit"), "Bien hecho Evo"("Bravo Evo") (dans les régions de l'est) ou "Sí a la autonomía" (dans les régions qui se sont déclarées autonomes). On peut ainsi prendre la température de la région dans laquelle on se trouve rien qu'en lisant les inscriptions qui défilent devant nos yeux. Au niveau économique, on doit avouer qu'on a pas très bien compris comment ca fonctionnait : sachez par exemple que l'essence n'a pas augmenté d'un kopeck ici malgré l'explosion du prix du baril, c'est le gouvernement qui paie la différence ! Et, chaque fois qu'ils consomment, les boliviens exigent leur factura, qu'ils envoient tous les mois et qui leur permet de bénéficier de réduction d'impôts. Pour vous donner une petite idée des prix boliviens (qui font du bien à notre portemonnaie, on doit l'avouer): un almuerzo (repas de midi) complet (salade, soupe, plat principal et dessert) coûte entre 7 et 25 BS (70cts-2,5€), un trajet en taxi dans le centre ville 7BS (70 centimes d'€), 10h de bus d'une ville à l'autre coûte entre 50 et 80 BS (5-8€), bref, tout est entre 4 et jusqu'à 10 fois moins cher que sur notre vieux continent ! Le théâtre bolivien est véritablement le reflet de cette société fracturée, tiraillée entre fascination et répulsion pour l'Occident, qui cherche un moyen de se sortir la tête de l'eau. Il n'y a pas de tradition théâtrale à proprement parler, le public est une terre qu'il faut conquérir, convaincre et fidéliser. Mais le théâtre bolivien semble se développer ces dernières années, même s'il ne bénéficie d'aucune politique culturelle favorable. Nous avons eu la chance de découvrir un large panorama de ce qui se fait théâtralement ici, du théâtre social de l'Alto au théâtre plus intelectuel et minoritaire des grandes villes en passant par le théâtre populaire et le Teatro de los Andes, véritable institution à travers tout le pays. César Brie nous disait qu'il "préférait mourir de faim plutôt que de faire du mauvais théâtre". L'engagement de l'artiste pour son art est donc total. Quant à l'engagement social et/ou politique, il est variable, et vraiment différent pour chaque artiste que nous avons pu interviewer, selon ses convictions. Nous sommes persuadées que si le pays acquiert une stabilité économique et politique, le tourisme pourrait se développer à vitesse grand V (reste à savoir si cela aurait vraiment des effets bénéfiques pour le pays et le peuple...). Les paysages sont magnifiques, les possibilités sont multiples (notamment pour tous les sports de montagnes) les Boliviens accueillants et on a ressenti un véritable effort d'ouverture, une envie de partager et de faire découvrir leur pays. Vivement le jour où toutes ces énergies positives ne seront plus freinées par un manque d'infrastructures, des bloqueos et autres grèves en tout genre... Quant à nous, on se dit qu'on repasserait bien par ici, un jour ou l'autre... pour diffuser notre documentaire, peut-être?! ;)
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Publié à 07:32, le 2/08/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Petites images de notre WE escalade aux environs de Cochabamba, dans le dossier BLOQUando-WE escalade ... attention, ceci n'était pas une investigation théâtrale !
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Publié à 08:47, le 25/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Un petit coucou de nous deux pour dire que tout va bien. Nos aventures sont pour l'heure en suspens, contre toutes attentes on est toujours en terres boliviennes, car pour changer, les routes (entre autre celle qui nous interesse...pom pom pom) sont bloquées. Ne nous demandez pas pourquoi, sûrement une nouvelle revendication obscure ... Ce matin, en allant chercher nos billets à l'aube, fraîches comme la rose, le guichetier (à qui on a juste envie de tordre le cou devant sa lenteur de dinosaure) nous apprend -comme s'il parlait des dernières céréales en vente au Super Mercado- qu'on ne peut pas acheter nos places, "porque hay un bloqueo cerca de Oruro, y todavia nos sabemos cuando tiempo puede tardar ... blablabla" Bref, on ne peut pas accéder à la gare d'Oruro, et y prendre le train qui nous embarquerait (notez le conditionnel) en Argentine. Je crois qu'on y aura goûté aux coutumes du pays. Ah ça oui. En attendant de savoir si ça va se dé"bloquer" un jour, on vous embrasse fort : ceux qui se moquent des bouillottes parisiennes et des tenues de guerre pour affronter le froid, ceux qui craquent pour nos pulls en poils d'alpaga, ceux qui restent sceptiques devant la coupe de cheveux de Nasta, ceux qui oublient systématiquement de signer leurs commentaires (grrrr), ceux qui tombent en pamoison devant nos bonnets en laine, ceux qui suivent le blog comme un feuilleton télé ... bref, tout le monde. Merci encore de nous suivre ...
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Publié à 08:37, le 23/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Après trois jours passés dans le Salar d'Uyuni et le Sud Lípez, quelque part dans l'immensité de l'Altiplano, entre les lagunes multicolores, les geysers à 5000m d'altitude, les montagnes rouges et les lamas (nouvelles photos dans l'album Uyuni + Sud Lípez ), nous retrouvons la fièvre de la grande ville et des températures plus décentes : Cochabamba, la capitale culinaire de la Bolivie ! Cinq repas par jour, excusez du peu ! A peine arrivées, 7h de train et 4h de bus dans les jambes, nous retrouvons Ivette Mercado près de la fontaine de la plaza centrale. C'est une jeune femme de 26 ans aux yeux clairs qui contrastent avec ses longs cheveux noirs. Elle nous invite à aller au mARTadero, dans le quartier sud de la ville (quartier le plus pauvre), un centre culturel qui se développe depuis 2004 et qui abrite une salle de théâtre, une salle de projection, trois salles d'expositions et une salle pour les activités créatrices des enfants. Un espace bouillonnant de culture dans un quartier désafecté. Avec la directrice du centre, Ivette nous fait faire la visite des lieux. C'est un ancien abattoir de viande bovine. Il y a encore les crochets et les rails d'origine au plafond ! Dans les cours, des enfants s'amusent et cahutent. On prend le temps de regarder les expositions photos. Des clichés qui reflètent les inondations de l'Oriente (région ouest) au début de cette année, et les affrontements entre blancs et indiens à Cochabamba et Sucre. C'est avec étonnement et encore un peu plus d'incrédulité que l'on apprend qu'il y a eu deux autres évènements similaires à ceux du 24 mai. La Bolivie semble être sur des charbons ardents. Nous interviewons Ivette dans une des salles du mARTadero. Ses yeux pétillants illuminent le plan, derrière elle, un tableau noir. Son projet Para que te acuerdas ("Pour que tu te souviennes"), arrive bientôt à terme après 3 ans de travail : elle est allée, avec 3 collègues, dans 3 communautés distinctes dans la région de Cochabamba récolter leurs contes (ils ont une forte tradition orale). Ceci afin d'en faire une compilation et de les porter sur la scène. Pour lire l'interview, c'est ici !
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Publié à 11:15, le 18/07/2008 dans Bolivie, Cochabamba Mots clefs : |
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Le 24 mai 2008, alors que nous fêtions allègrement notre départ à Paris, voici ce qui se passait à Sucre :
Le président Evo Morales devait venir fêter l'indépendance (le départ des colons espagnols) dans le stade de la ville. L'opposition étant très puissante dans cette région - notamment suite aux évènements de novembre 2007 (2 jours d'affrontements entre les civils et les militaires) - le président est interdit de séjour (dans sa capitale!) jusqu'à ce qu'il ait demandé pardon. Les affrontements entre l'opposition et les militaires est telle autour du stade qu'Evo Morales est forcé de rebrousser chemin (en hélicoptère).
Les indiens venus soutenir leur président (Evo Morales est le premier président d'origine indienne en Bolive) sont alors victimes d'un déchaînement raciste indescriptible : frappés jusqu'au sang (femmes et enfants compris, aucune distinction), volés et humiliés. 55 d'entre eux sont amenés sur la place centrale (Plaza 25 de mayo), obligés d'enlever leur chemises, de se mettre à genoux, de proférer des slogans qui ne sont pas les leurs ("Qu'Evo meure!", entre autres), de baiser le sol de la place, de brûler leur drapeaux, de renier leur appartenance au MAS (Movimiento al Socialismo, parti d'Evo Morales). Ils sont insultés (¡Masistas de mierda! - "Massiste de merde", ¡Vamos a matarle! - "On va vous tuer") et obligés d'avaler des excréments de poulet.
Depuis, la ville dort, vit et respire comme si de rien n'était. Personne (ou presque) n'en a entendu parler à l'extérieur du pays (à peine 5 lignes sur le site internet de Libération), et non ne sait pas dans quelle mesure cette information à été diffusée à l'intérieur du pays. Nous avons trouvé cet article, le seul en francais qui en parle de manière un peu détaillée.
C'est César Brie, l'artiste que nous avons rencontré avant-hier qui nous a décrit ce qui s'est passé. Il était là ce 24 mai, avec sa caméra. Il a tout filmé et nous a montré son documentaire. Depuis, il est considéré comme un traître à Sucre. C'est la chose la plus violente et la plus révoltante qu'il ait vu dans sa vie, nous a-t-il confié (sachant qu'il a connu la dictature en Argentine et l'exil...).
Difficile de vous décrire ce que nos yeux ont vu cet après-midi-là. On a été sous le choc, et la nausée de nous a pas quittées avant la nuit.
On a beaucoup hésité : fallait-il écrire un article sur notre blog ? Si oui, comment l'écrire ? Et puis il nous est apparu comme un devoir de le faire. Le choc, le désespoir, les larmes et la colère que ces images ont provoqués en nous font intégralement partie de notre voyage.
Il ne nous appartient pas de juger ce qui est de l'ordre du politique, mais il nous semblait cependant important que les gens qui nous lisent sachent qu'il s'est passé cela, il y a un peu plus d'un mois, dans la "cité blanche".
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Publié à 04:01, le 10/07/2008 dans Bolivie, Sucre Mots clefs : |
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Petit post car nouvelles photos dans le dossier Santa Cruz, Sucre. Pour les curieux.
Merci pour les commentaires touchants, ca fait tellement plaisir de faire decouvrir tout cela. Merci merci merci !!
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Publié à 11:34, le 9/07/2008 dans Bolivie, Sucre Mots clefs : |
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Hier, journée à marquer d´une pierre blanche : rencontre avec Cesar Brie, fondateur du Teatro de los Andes, excusez du peu. C´est à peu près l´equivalent du Théâtre du Soleil d´Ariane Mnouchkine, mais en Bolivie. Il nous attendait pour el almuerzo (le déjeuner) à 12h30. Leur Q.G se trouve dans les alentours de Sucre, à Yotala très exactement, pueblito charmant mais vraiment perdu, que seul un micro dessert depuis Sucre. "Micro" est le terme adéquat, quand on voit la taille de l´engin. Ce qui est effrayant, c´est le nombre de personnes qu´ils arrivent à entasser là dedans. On a 1/3 de fesse qui s´accroche désespérément à une mini banquette, les jambes repliées au plus près de soi, les pieds posés où ils peuvent sur le sol jonché de coquilles de je-ne-sais-quoi, de sacs de marché, d´oranges ... à gauche un bras qui agrippe une poignée, à droite la tête natée d´une cholita, et plus bas le visage buriné d´une petite fille, dont l´expression sereine prouve sa grande habitude à effectuer ce genre de voyage.
Bref. Nous arrivons à Yotala, seines et sauves, après des petites routes de montagne sinueuses (paysage extraordinaire comme toujours) que le chauffeur emprunte avec fougue., je dirai même avec rage. A Yotala, tout le monde connaît el Teatro de los Andes. Le conducteur, la mamita à côté, les laveuses un peu plus bas près de la rivière, le jardinier qui déjeune sur une pierre avec sa femme et sa fille. C´est lui qui nous indique la grille bleue, un peu plus loin. "Aqui esta el Teatro de Don Cesar". C´est comme cela qu´ils l´appellent tous. Respect. On cogne à la grille, comme indiqué. Un immense chien blanc se précipite vers nous en aboyant, suivi d´un jeune homme souriant : un des acteurs de la troupe. On est accueillies dans le jardin de la propriété (magnifique) par plusieurs des comédiens, qui nous offrent une limonade. Bientôt nous rejoint César Brie, cheveux grisonnants, petites lunettes, peau hâlée, barbe de 4 jours, yeux d´un bleu quasi transparents. Il est habillée un peu n ´importe comment. Mais on sait que c´est lui. Son visage est marqué par une expérience artistique et personnelle qui vaut son pesant d´or. Il nous sert la main, s´excuse du retard, nous invite à manger à l´intérieur. Là, 2 cuisinières boliviennes s´affairent au dessus de chaudrons magiques fumants. Elles nous servent 2 assietées de pâtes délicieuses, on déjeune autour de la table, tous les 3, tranquillement. César sait parler français, ce qui nous facilite la tâche pour démarrer. Notre timidité s´atténue peu à peu, les questions fusent avant même que la caméra soit allumée. On est fascinées par le personnage, par ce qu´il a accompli, par cette vie en communauté si ... organisée, si pro. Une grande brune filiforme, comédienne evidemment, nous rejoint et prend part à la discussion. Nous la dévisageons. Elle est d´une grande beauté. C´est la femme de César. Ils ont 2 petites filles qui courent dehors, qui chahutent. Elles suivent leur scolarité à Yotala. Deviendront-elles actrices ? Allez savoir ... cela ressemble à une grande famille, des couples, des enfants, des frères, des soeurs ...
Le déjeuner se termine sur une note chocolatée, César propose de nous montrer la propriété. On allume Didine. Hors de question de rater ça. C´est une superbe occasion. Au fil de la visite et des dires de César, on en apprend sur tout : les débuts du Teatro de los Andes, comment tout cela a pris vie, comment ils ont trouvé ce lieu paradisiaque, pour quelles raisons, dans quel état, pour combien, comment la troupe fut peu à peu fondée, les anecdotes incontournables, les soucis, les joies ... César est extrêmement ouvert, il se prête au jeu, répond à toutes nos attentes, tout en nous montrant les recoins de son petit paradis.
Un peu plus en contrebas, sa maison, qu´il a construit lui même évidemment, après avoir mis de l´argent de côté à l´etranger pendant qlqs mois (conférences, etc ...) laissant le théâtre tourner sans lui. L´intérieur de la maisonnée est comme lui : captivant. Des livres, des cadres au mur, des photos, des objets, de la paperasse, des couleurs, du bruit (les petites qui jouent dans la mezzanine) ... on est sous le charme.
Nous l´interviewons dans sa cuisine, en buvant un cafecito con crema. Il sera en retard à la répétition, mais tant pis. Les autres commenceront sans lui.
Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre expérience, comment en êtes vous venu au théâtre ?
J´ai commencé le théâtre à 17 ans à Buenos Aires. Puis j´ai quitté l´Argentine car un des acteurs de la troupe s´est fait capturer et torturer. Je suis parti en Italie, m´installer près de Milan, où j´ai créé une troupe. On a travaillé 8 ans en Italie, puis j´ai filé au Danemark, où je suis resté 9 ans. Ensuite je suis revenu en Italie pendant 1 an, puis j´ai quitté l´Europe pour la Bolivie en 1991, date à laquelle j´ai fondé el Teatro de los Andes. Cela fait 17 ans que je travaille ici. Je ne suis jamais retourné vivre en Argentine.
Mon envie de faire du théâtre est venue à cause des femmes. J´étais extrêmement timide, et je n´arrivais pas à leur parler. J´ai fait du théâtre pour ça. Pour leur exprimer mon âme. J´ai le sentiment que le théâtre est un tout : il y a l´esprit, les mots, le corps ... J´étais un poète, il me fallair le corps aussi. Après quoi j´ai quitté les femmes qui s´interposaient entre le théâtre et moi. C´est paradoxal.
Quand a éte fondé le Teatro de los Andes, et quelle est sa philosophie ?
Il a été fondé en 1991. Il y a bien une philosophie, oui. La chose que je voulais faire avec ce théâtre, c´était créer un endroit pour faire des expérimentations artistiques, essayer différentes choses. Je voulais également faire corps avec le public, en faisant du théâtre à la fois expérimental et populaire. Le language devait être à la fois simple et complexe. Mon but n´était pas de travailler seulement pour l´elite. Je suis fatigué de ça, vraiment. Il nous fallait travailler tous les jours les thèmes de la vie. L´idée était donc de créer un endroit pour vivre et travailler. Ici, on a un moyen de transport, la lumière, le son.. le résultat ne dépend que de nous. C´est ça qui me plaît. Il s´agit d´un projet culturel de vie. Tout en respectant l´intimité et les rêves de chacun. Je ne veux pas être le seul metteur en scène, si qlq´1 veut faire qlq ch, il peut.
Comment définiriez-vous votre genre théâtral ?
Grotesque.
Mais je déteste quand on dit : "le théâtre, ça doit être comme ça." Il n´y a pas une seule vérité au théâtre, il y a la différence au théâtre. Il faut dire : "Moi, je fais comme ça". Pas "c´est comme ça".
Selon vous, quel est le devoir de l´acteur ?
L´acteur, c´est un artiste qui utilise son corps, sa voix, pour dire les choses, le présent. Il s´agit donc de dénoncer, mais pas seulement. Sinon c´est ennuyeux. Il y a le devoir de mémoire, grâce à la conscience intuitive du comédien, du metteur en scène.
Est-ce que le Teatro de los Andes essaie de toucher tout le monde ?
C´est sa prétention, oui. Mais nous n´avons pas réussi. Ce qui nous en empêche. c´est le manque de moyens. notre manière de vivre. On a quitté les grosses villes pour se faire ici, à Yotala. Moins d´argent donc. On fait du théâtre pour les paysans, les étudiants ... le peuple. Je pense d´ailleurs que dans les années à venir, je vais dédier mon travail encore davantage aix paysans. Ce sont eux qui ont le plus de choses à dire.
Pensez-vous que le théâtre change avec les évènements politiques ?
Bien sûr. C´est nous qui changeons, et notre théâtre s´en ressent. Nous n´avons aucun modèle préconçu pour faire les choses, donc on réagit à ce qu´on voit. La matière théâtrale, cést la mémoire.
Comment travaillez-vous au sein du T de los A ?
On travaille différemment à chaque fois. Le théâtre est un lieu où l´on doit expérimenter ensemble les choses, à travers la matière artistique, des allégories, etc ... On recherche par les images, grâce à des improvisations, on travaille sur la forme du texte, sur la manière différente à chaque fois de dire les choses.
Combien de temps peuvent durer les répétitions ?
4 mois, 6 mois, 1 an. Cela dépend du résultat obtenu. Ici, contrairement à la France, on a une richesse extraordinaire : le temps. On se donne le temps de faire les choses, d´arriver à ce que l´on veut. Du coup, le temps de répétition varie, c´est notre force. Comme Ariane Mnouchkine.
Que pensez-vous du théâtre comme moyen d´education, d´insertion sociale ?
C´est évidemment un moyen d´education, Le théâtre permet à tout un chacun de s´ouvrir, de se découvrir, de montrer qui l´on est. Cela permet de se connaître. C´est d´ailleurs le travail le plus important.
Cesar finit son café à toute allure, il vient de regarder l´horloge murale, il faut qu´il file. On s´embrasse. Il nous donne 2 DVD, les pièces qu´il a écrites, sa biographie (passionante). On oublie de prendre une photo, bouleversées.
4 heures dans la vie du Teatro de los Andes, mémorables. Merci Cesar Brie !!
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Publié à 04:13, le 9/07/2008 dans Bolivie, Sucre Mots clefs : |
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Nous arrivons à l'école de théâtre vers 10h15 ce matin. Le micro bus attrapé à la hâte au coin de la calle Sucre et de la calle Cochabamba nous a bringueballées 45 minutes durant à travers les quartiers de la ville. La route peu à peu n'est plus asphaltée, la végétation prend le dessus sur les habitations. Mais le bâtiment qui abrite l'école est flambant neuf et très spacieux !
Nous rencontrons les deux secrétaires qui nous permettent de filmer des cours de danse, de technique corporelle et de technique vocale. Don Marcelo, le concierge, nous ouvre gentiment les portes de toutes les salles (dont une qui porte le nom d'Antonin Artaud...). Les élèves, très communicatifs (ah!, ces apprentis-comédiens... ;)) viennent nous parler à la sortie du cours. Certains font les pitres devant la caméra. Le cours de technique corporelle nous a apaisées, on aurait pu rester des heures assises contre le miroir de la salle de danse à les regarder évoluer dans l'espace sur de la musique douce et rythmée.
Pour dire la vérité, on est abasourdies par la diversité des cours qu'offre la formation : jeu, technique corporelle, chant, kung-fu, yoga, danse, histoire du théâtre.... voilà une véritable formation de l'acteur, complète et riche ! Avoir baigné dans cette atmosphère deux petites heures durant nous a enthousiasmées et nous fait réfléchir à notre formation à nous, à nos lacunes (sûrement), à la nécessité de se former, encore et toujours. Le travail sur le corps semble primordial ici, et nous sommes souvent bluffées par l'aisance scénique des comédiens que nous avons l'occasion de voir sur scène.
Nos images sur la bande de la cassette, nous reprenons le bus pour le centre. Carla, une apprentie-comédienne que nous avons vue danser en classe est assise pas loin. On échange nos impressions sur nos formations respectives avant qu'elle ne quitte le bus.
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Publié à 10:52, le 4/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Cela fait maintenant 4 jours que nous sommes à Santa Cruz.
La Paz est à présent derrière nous. Déjà une première vague de nostalgie ... parce que c´est LA ville qui a déclenché chez nous l´envie de revenir. Notre premier coup de coeur en Amérique Latine. Oh il y en aura d´autres, en 1 an, on le sait. Mais en attendant, c´est l´endroit où l´on commençait à se sentir presque chez nous. Et c´est à ce moment-là qu´il faut partir. C´est tjs comme ça nous direz-vous. Alors voilà , lundi dernier, achat de tickets au terminal de bus de LP. Départ initialement prévu à 17h30. Seulement voilà, on nous annonce au guichet qu´il y aura sans doutes du retard en raison de "bloqueos".
Retard ? Peu nous importe, ça fait partie du voyage. Ravies d´attendre, on met notre patience à l´epreuve, fait pas de mal. Ce qu´on ne sait pas, c´est que cela va durer 4 heures au Tal, puis, une fois montées dans le bus (sursaut d´espoir vite effacé) va pour encore 1 bonne heure de désespération totale : partira, partira pas ? On se crispe un peu, d´autant plus que 2 boliviennes s´installent bruyammant derrière nous, enfoncent leurs pieds dans nos dossiers et appellent toute la famille en mettant le haut parleur. Il n´est que 21h, tout va bien. Vers 21h30, le bus démarre, les bloqueos doivent être levés, c´est parti ... que néni ! Les bus boliviens font TOUJOURS de petites haltes, des "pausitas" indispensables à la survie de l´équipage, pour acheter tout le nécessaire de voyage - nous entendons par là : chips, boissons gazeuses, biscuits, sucreries, cuisses de poulet, etc ... - suite à quoi nous pouvons démarrer en toute sécurité. Jusqu´à ce que le bus s´enlise un peu plus loin dans la boue. On somnole déjà à moitié. Boules Quiès (les 2 boliviennes semblent avoir trouvé un bouton magique pour augmenter encore un peu le volume sonore derrière nous ...), masques (la lumière s´allume dès que le bus fait un stop, càd toutes les 15 minutes), sacs de couchages ... nous, on est parées pour la nuit, mais pas le bus. Bref, au bout d´un temps indéfini, nous démarrons pour de bon et sombrons dans un sommeil profond et mérité.
Au petit matin, surprise, voici ce qu´on aperçoit derrière les vitres embuées :
Plus rien à voir avec les alentours de La Paz, ici c´est végétation luxuriante, chaleur humide, routes de terre, ... on se croit dans un autre pays, changement radical, mais où sont les pitons rocheux ??
Le bus arrive finallement vers 14h30 à Santa Cruz, après avoir traversé une étendue de suburbs assez importante, petites cahutes en tôle, vendeurs à la sauvette qui tendent leur marchandise sur une branche pour atteindre les fenêtres du bus, étals d´oranges en veux-tu en voilà.
Santa Cruz nous ouvre ses portes : elle a quelque chose de ces villes américaines, avec des routes larges bordées de palmiers, habitants court-vétus, circulation agitée ... l´air dehors est lourd, le soleil tape ... il nous semble que l´on va pouvoir s´adapter plus facilement.
A voir dans l´album photo, la suite des photos de La Paz dans le dossier du même nom. Et les articles sur nos différentes rencontres théâtrales, l´Ecole de Santa Cruz, etc ...
A bientôt !
Nasta et Caro
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Publié à 09:57, le 4/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Après nous être perdues dans l'Avenue Béni aux confins de Santa Cruz, dans une rue où les numéros passaient très naturellement de 2028 à 364 (oui oui, la logique des numéros cruceñiens : le facteur doit s'arracher les cheveux), et être revenues en centre ville (oui, parce qu'en fait nous avions rendez-vous RUE Béni et non pas AVENUE... mouais), Marcelo Araúz nous reçoit dans une petite cour intérieure au sein de l'APAC (Asociación Pro Arte y Cultura), au calme.
Toutes transpirantes (c'est qu'il fait chaud, à Santa Cruz !), nous commençons l'interview qui se déroule en français ;)
Marcelo Araúz est directeur de l'APAC qui organise notamment le Festival international de Théâtre de Santa Cruz qui a lieu une fois tous les deux ans (le prochain en avril 2009).
Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre travail ?
J'ai été pendant 12 ans directeur de la Casa de la Cultura de la ville de Santa Cruz. Puis, à la fin des années 80 j'ai travaillé au ministère de la culture avant de fonder l'APAC. Nous avons commencé par organiser le Festival de Musique Baroque qui a lieu, lui aussi, une fois tous les deux ans. Nous faisions venir des troupes d'Argentine, d'Uruguay, d'Espagne déjà avant de créer le festival.
Santa Cruz a connu une croissance exceptionnelle, de 48'000 habitants nous sommes passés à plus d'un million à l'heure actuelle. Il n'y a pas de grand théâtre mais pas mal de petits lieux, de petites salles. Lors du festival, toutes les salles sont occupées.
Quand a été fondée l'APAC et quel est son objectif ?
Avant d'être une institution, l'APAC est un groupe d'amis. À vrai dire, l'APAC est née après qu'ait eu lieu le premier festival de théâtre !
Où est née l'idée d'un Festival de Théâtre ?
Nous avons toujours eu l'idée de le faire. Et, avec le succès rencontré par le festival de musique baroque, nous avons décidé de créer ce festival de théâtre.
C'est donc vous qui en êtes le fondateur ?
Oui, tout à fait.
Comment s'organise un festival de ce type en Bolivie ?
Tout d'abord, il faut un groupe de travail très optimiste car nous devons tout faire de A à Z, nous n'avons aucun appui de la part de l'Etat. Il faut donc démontrer que l'on travaille bien pour acquérir une certaine crédibilité. Il faut des gens qui ont beaucoup de courage pour travailler dans le secteur culturel dans un pays comme le nôtre.
Comment choisissez-vous la programmation ? Quels sont les critères ?
Je me déplace beaucoup à l'étranger pour assister à des festivals de théâtre (notamment au Brésil, en Argentine, au Chili, ...). Comme nous avons très peu de moyens, on demande souvent de l'aide aux ambassades et on invite des plus petites troupes. Nous avons un budget beaucoup plus restreint que les autres festivals de théâtre du continent.
Est-ce que le festival a drainé beaucoup de spectateurs dès le début ?
Oui. Nous avons réussi à atteindre 22 populations hors de la ville, dans un rayon de 500 à 600 km.
Est-ce qu'il y a beaucoup de jeunes parmi le public ?
Il y a beaucoup de jeunes, oui. Comme il y a maintenant l'école de théâtre nationale, cela draine un public plus jeune.
Que pensez-vous que le théâtre puisse apporter aux gens, à la société ?
De nos jours avec la télévision et l'audiovisuel, il faut tâcher de reconquérir un public qui aime le théâtre, mais qui n'a pas l'occasion d'y aller.
Fin de l'interview. Marcelo nous présente un autre Marcelo. A eux deux, il vont nous donner une tonne de contacts à Buenos Aires, notre prochaine destination majeure pour le théâtre. Marcelo Alcón se fait une joie de répondre à nos questions. 2-3 petites photos, une embrassade, une brochure et un dvd de la dernière édition du festival de théâtre, nous repartons, une fois de plus enrichies tant humainement que théâtralement.
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Publié à 10:03, le 3/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Arrivées hier a Santa Cruz de la Sierra, a l'ouest de la Bolivie ("el Oriente"), apres quasiment 24h de voyage suite a des bloqueos (blocages de route), nous avions rendez-vous aujourd'hui avec René Hohenstein au Musée de l'Histoire. Pourquoi le musée de l'histoire, nous sommes-nous demandées ?? Parce qu'une petite salle de théatre se cache dans un coin de la cour intérieure. René Hohenstein nous ouvre ses portes. Premier choc : il nous apprend qu'Ingrid Betancourt a été libérée. Les larmes aux yeux, nous prenons quelques minutes pour nous remettre de nos émotions. L'interview peut commencer.
Parlez-nous du théatre a Santa Cruz.
Au XIXe siecle, il y avait tres peu d'activité. Mais il y a eu une évolution a partir du XXe siecle, avec des spectacles universitaires puis l'émergence du théatre expérimental, mais il n'y avait rien de stable. A la fin des années 1970 est née la Casa de la Cultura, qui avait une véritable politique culturelle : faire connaïtre tous types de théatres, de tous endroits (Uruguay, Argentine, ...). En 1986 j'ai fondé la compagnie CasaTeatro, au début nous étions dépendants de la mairie. Puis cette salle a été construite (celle oú il nous recoit, ndlr) ce qui nous a permis de trouver une certaine indépendance. Il y a également beaucoup de groupes paralleles qui se sont formés, mais d'une durée de vie de 3 ou 4 ans.
1997 est une date importante puisque c'est celle du premier festival de théatre de Santa Cruz, ca a commencé avec une dizaine de groupes. A peu pres a la meme période s'est formé l'APAC (Asociacion Pro Arte y Cultura de Bolivia).
Existe-t-il différents types de théatre comme a La Paz ?
En 1970 il y a eu une grande effervescence pour le théatre populaire, avec beaucoup de pieces locales (il y en avait 3 ou 4 par an), c'étaient plutot commercial, cela cherchait a atteindre un public, le faire rire ou le faire pleurer. Les éleves issus de l'école de Santa Cruz ont essayé de montrer un autre type de théatre. Ici a Santa Cruz il n'y avait pratiquement pas de dramaturgie, c'est pour cela que je me suis mis a écrire, il y a eu aussi Gonzalo de Córdoba (un argentin), et Oscar Barbery qui maniait tres bien la dramaturgie, il a écrit des pieces en rapport avec les problemes sociaux actuels tels que la drogue.
Racontez-nous votre expérience.
Je suis arrivé par accident dans le milieu théatral. Je viens de Cochabamba, je voulais faire du cinéma mais il n'y en avait pas en Bolivie. J'ai voulu étudier a l'étranger. On m'a appelé par hasard pour remplacer quelqu'un dans une piece et c'est comme ca que je suis monté sur les planches. Mais ma premiere véritable expérience a été dans La Lecon de Ionesco. J'ai commencé a faire de la mise en scene a Cochabamba, quelques ateliers, puis je suis venu sur Santa Cruz. En tant qu'acteur j'ai 30 pieces a mon actif. Aujourd'hui je suis d'avantage metteur en scene. CasaTeatro a déja 20 ans et nous avons proposé un théatre tres varié. Nos pieces pouvaient rester a l'affiche entre 3 et 6 mois, ce qui est énorme pour la Bolivie.
Quelles sont vos influences théatrales ?
L'auteur qui m'a le plus marqué est Bertolt Brecht. Sans doute parce que mon pere est allemand. J'en reviens toujours a la dramaturgie de Brecht.
A quel genre théatral pensez-vous appartenir ?
C'est difficile de se classer, je ne peux pas vraiment répondre a cette question.
Selon vous, quel est le devoir de l'acteur ?
Il est évident que le théatre doit dire quelque chose. Mais son objectif premier doit etre de divertir le public.
Est-ce que le théatre peut etre un moyen d'éducation et d'insertion sociale ?
Oui. On peut l'utiliser pour enseigner. Si tous les profs étaient de bons acteurs, tout irait beaucoup mieux ! (rires). Il faut sans cesse assumer un role dans la vie de tous les jours pour pouvoir dire quelque chose de particulier. On joue en permanence un role, vous quand vous m'interviewez, moi quand je vous réponds par exemple. Le théatre peut vraiment rapprocher les gens, cela peut etre une aide précieuse mais également une arme dangereuse.
Que pensez-vous de l'école de théatre de Santa Cruz ? Croyez-vous que cela soit un moyen de professionaliser le métier d'acteur ?
Je suis tres craintif a ce sujet. Aujourd'hui moi-meme je ne vis pas du theatre, alors que cela fait 32 ans que j'en fait. Je m'inquiete de la professionalisation de cet art, je ne sais pas si cela arrivera un jour. Beaucoup de comédiens vivent de la télévision. Les éleves de l'école pour la plupart évoluent toujours au sein de l'école, ils deviennent enseignants ou mettent en scene des ateliers. Je suis assez pessimiste par rapport a tout cela.
Pensez-vous que le théatre change avec les évenements socio-politiques ?
Cela devrait. Le théatre est un miroir de la réalité. Dans les années 40, le théatre populaire a été le premier mouvement qui tentait de mettre en scene les problemes du quotidien. Cela a permis a beaucoup de gens d'accéder au théatre et d'y revenir. Aujourd'hui le théatre populaire est devenu tres commercial et a perdu de sa profondeur. L'important est avant tout de divertir le public.
Vous considérez-vous comme un acteur engagé ?
Je suis engagé dans l'importance de faire du théatre, dans le théatre comme une forme d'expression humaine, artistique qui permet a l'etre humain de se sensibiliser aux choses. Mais par contre je n'ai pas d'engagement au niveau politique a proprement parler.
René Hohenstein nous laisse partir apres s'etre preté au jeu de la caméra, patient (probleme de piles et changement de cassette). Il nous répete qu'on peut l'appeler sur son portable si on a le moindre probleme. Son expérience théatrale est tellement étendue que l'on se sent toutes petites, ignorantes, on oublie meme de prendre une photo. On aurait aimé le serrer dans nos bras. Mais on est trop timides.
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Publié à 07:08, le 2/07/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Le docu avance pas a pas, avec son lot de découvertes et de surprises ... ce matin par exemple, interview d´Eduardo Calla, figure incontournable du théâtre pacenien. RV à 12h à la Cinémathèque où il travaille , il nous y retrouve avec une bonne demi heure de retard, on a eu largement le tps d´installer Didine (la caméra), de placer le micro, de choisir le meilleur angle de vue, il debarque en courant, s´excusant mille fois (il est tellement charmant qu´on lui pardonne sur le champ). Allez savoir pourquoi, on choisit la cafeteria à l´etage pour effectuer l´interview. La lumière sans doutes. La plante verte sur le mur du fond. Pas un seul instant on pense au bruit qu´il peut y avoir dans une cafeteria. Surtout à midi. Bref, on commence a filmer, première découverte, Eduardo est bcp moins expansif qu´à la normale, il parle tout bas. Moi (Caro) qui suis à 1 mêtre, je n´entends rien. La radio qui se met en marche en rajoute une couche. Et pourtant, je n´ose pas interrompre l´entretien. Je laisse la caméra tourner, alors que je sais que ca ne va pas. Qu´on ne pourra probablement pas utiliser les images avec le son qu´on aura. Je bous interieurement de cette lâcheté. Nasta poursuit ses questions. Et moi dans ma tête je me dis "ca ne va pas, ca ne va pas". Mais je reste silencieuse. Tout à coup, parce que ca ne suffisait pas, un groupe débarque et s´installe a la table derrière nous. Ils conversent en toute discrétion. Je leur lance un regard significatif mais ca ne semble pas les préoccuper. Le tournage se termine, on effectue d´autres prises de vue au sein de la cinémathèque, Eduardo nous souhaite tout le meilleur, on se quitte.
A l´appartement Nasta et moi nous precipitons pour visionner les images sur la television de Matias. Verdict : une belle lumière. C´est à peu près tout ce qu´on peut en dire. Le son est déplorable, même si on entend Eduardo, tous les bruits alentours sont multipliés par 10. Je ne sais pas si c´est utilisable. On verra avec Davd, notre monteur. Il va sans doutes nous passer un de savon...
Il nous semble cependant que les autres interviews sont bonnes. On ne peut hélas pas toutes les visionner, cela abîme la camera. Il y aura probablement d´autres belles surprises. Hum. Cela dit toutes ces rencontres nous comblent, elles sont toutes plus enrichissantes les unes que les autres.
Quelques photos pour illustrer notre petite vie à La Paz ... dans l´album photo, dossier : LA PAZ
Bises à tous !
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Publié à 12:16, le 26/06/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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On ne pouvait passer par La Paz sans aller à la rencontre de son Teatro Popular. Bien différent de ce que l´on a pu voir jusque là, c´est aux côté d´Hugo Pozo que nous découvrons cette autre forme de théâtre.
Hugo Pozo nous reçoit au 5ème étage d'un immeuble en plein centre de La Paz, on arrive évidemment complètement essouflées, le soleil tape sur les vitres de l'atelier (Hugo y donne des cours), mais c'est dans son bureau que l'on choisit de l'interviewer. Sa secrétaire (oui oui) nous offre un coca, on installe le matériel, Hugo nous demande s´il a 1 minute pour se recoiffer, nous la lui accordons. C'est parti.
Racontez-nous votre expérience.
J´ai commencé le théâtre en 1973 avec Eduardo Casi, durant 6 ans, j'ai fait ce qu'on appelle du théâtre expérimental, puis d'autres gens m'ont contacté pour faire du drame et de la comédie. J'ai 200 oeuvres à mon actif au niveau national et international. Je fais de la mise en scène et je donne des cours.
Dès 1992, j'ai formé ma propre compagnie : Compañía de Teatro Hugo Pozo Bolivia. La différence avec les autres troupes, c´est que je travaille au niveau national et non pas local. Je participe également aux festivals internationaux où je représente la Bolivie. J'ai aussi travaillé dans le cinéma, avec de nombreux réalisateurs internationaux. Le théâtre c'est ma vie, le cinéma c´est ma passion.
Quand et comment vous est venue l'envie de faire du théâtre ? Quel a été le déclic ?
Depuis tout petit je rêve d'être acteur de cinéma, c'était mon rêve d'enfant. Comme la plupart des acteurs, j'étais un enfant très timide et très introverti. Le théâtre m´a permis de m´ouvrir. Il n´y a pas un jour où je ne fais pas de théâtre. D´ailleurs, je suis en stress pour la représentation de demain, et ce sera le cas jusqu´à l´ouverture du rideau !
Comment définiriez-vous ce qu´on appelle le "théâtre populaire" ?
Le terme "populaire" vient du mot peuple. William Shakespeare a écrit son Roméo et Juliette pour le peuple. Je fais du théâtre populaire pour mon peuple. Le théâtre doit être à l´image du peuple, tant pour les points positifs que pour les points négatifs. La vie doit être reflétée dans le théâtre. ll devrait y avoir un théâtre populaire propre à chaque pays, cela me semble dénué de sens de monter des oeuvres européennes ici. Nous n´avons pas les mêmes problématiques de société. Le théâtre populaire est fait par le peuple pour le peuple.
Quel type de relation entretenez-vous avec votre public ? Essayez-vous d´atteindre tout le monde ?
La meilleure qui soit ! (rires) C´est une relation réciproque d´admiration, le public témoigne beaucoup d´effervescence pour mon travail.
Cherchez-vous à faire passer un message dans vos oeuvres ?
Toutes les oeuvres devraient avoir un épilogue qui contient un message et une morale. Ma pièce contient tout cela.
Pensez-vous que le théâtre change avec les evènements socio-politiques ?
Aujourd´hui à La Paz il y a environ 200 compagnies (avant il n´y en avait qu´une ou deux), certaines d´entres elles font du théâtre à des fins sociales, religieuses, politiques, moi je veux faire du théâtre pur.
Vous considérez-vous comme un acteur engagé ?
Si on considère que le théâtre est issu de la société pour la société, on est nécessairement engagé. La Bolivie est un pays trop problématique au niveau politique, social, économique et régional. Les gens n´ont pas envie d´aller au théâtre pour retrouver leurs problèmes quotidiens. Sauf si c´est de la comédie, car ils peuvent oublier et rire. La comédie est la fonction de l´acteur, les spectateurs doivent se divertir.
Que pouvez-vous nous dire du métier de comédien en Bolivie ? Est-ce considéré comme une véritable profession, ou plutôt comme un hobby ?
On ne peut pas vivre de l´art en Bolivie. Comme on n´a pas d´appui du gouvernement ni des entreprises, il nous faut travailler indépendemment, ça ne devrait pas être comme ça. Les acteurs sont obligés de travailler à côté, alors que l acteur professionnel devrait répéter toute la journée, tous les jours de la semaine.
Parlez-nous de la pièce que nous allons voir, de quoi parle-t-elle ?
"¡Ayyy Warjaaata ... que Warjaaata!" C´est une pièce que j´ai écrite. C'est l'histoire d´un personnage exotique surnommé Warjata, qui ici se convertit en prof de danse traditionnelle bolivienne. C'est une oeuvre de moeurs populaire mais pas tradtionnelle. Elle est également générique, ce qui permet de la jouer partout.
Pour finir, que pensez-vous que le théâtre puisse apporter aux gens ?
Cela peut apporter beaucoup à un peuple, les gens sont à la recherche de figures, pour pouvoir s´identifier. L´apport du théâtre dans une société est essentielle, la preuve, c´est que beaucoup de politiques ont cherché l´appui de grands noms du théâtre bolivien pour s´attirer la sympathie du peuple. Moi, je suis un travailleur de la culture, mais pas de la politique. La culture et la politique doivent être bien disctinctes.
On coupe la caméra. Le soleil a déjà baissé dans le ciel. Curieux, il nous demande quel type de théâtre nous faisons, et dans quelles pièces nous avons joué. Nous répondons timidement La Tempête-Lughnasa-Les Muses-Le Songe-Cendrillon, il semble intéressé et propose une future collaboration lors de ses prochains voyages. Ca marche, Hugo, on part la-dessus !
Retrouvez toute son actu sur : www.hugopozoteatrobolivia.com
"¡Ayyy Warjaaata...que Warjaaata!", ou une expérience de théâtre populaire à La Paz !
Vendredi 26 juin, au soir. Après avoir marché une bonne demi-heure dans les rues labyrinthiques de La Paz, on arrive au Cine Teatro Mexico. Une foule se presse déjà devant l'entrée, on se demande comment on va faire pour retrouver la coordinatrice d'Hugo Pozo pour qu'elle nous laisse entrer. Heureusement on l'aperçoit vite, et elle nous installe au premier étage. Le lieu est vétuste, éclairé aux néons, mais grand (1200 places), les techniciens sont en train d'installer le décor. Les projecteurs sont montés sur une armature, juste dans notre champ, et niveau sono : 4 micros pendants au-dessus de la scène, Hugo nous avait prévenu! On essaie tant bien que mal de régler la caméra, mais la lumière est vraiment blafarde. Un poste diffuse trois chansons de reggaeton à plein tube et en boucle.
Le public entre : une foule de cholitas, de mères avec leur bébé, des familles entières équipées en nourriture : cuisses de poulet frites, pop-corn, sodas,.... on avait jamais vu ça !!! Le théâtre commence dans la salle, du côté des spectateurs. Le peuple bolivien est là, je crois qu'on est les seules blanches.
La lumière s'éteint, une annonce grésillante nous présente la compagnie de théâtre d'Hugo et donne la liste de tous les comédiens qu'on s'apprête à voir, la pièce va commencer...
Le théâtre populaire : des personnages stéréotypés, qui exagèrent à outrance, des courses poursuites (une femme qui veut assomer son mari avec son sac à main), deux travestis, et le personnage principal joué par Hugo Pozo, Warjaaata. En tout 20 comédiens pour 3 actes (2 heures de spectacle), pure comédie "gagesque". Le public s'esclaffe, rit, applaudit. Nous on reste un peu sous le choc : c'est tout à fait le genre de théâtre qu'on trouve moins intéressant (et comme on comprend pas la plupart des gags parce qu'ils parlent à toute vitesse). En plus on est frigorifiées et affamées (les effluves de pop-corn et de poulet n'aidant pas notre estomac à se taire...). Nous voilà confrontées à une nouvelle forme de théâtre qui, même si elle nous plaît pas, touche le peuple bolivien en plein. Quelle expérience !
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Publié à 07:36, le 26/06/2008 dans Bolivie, Mots clefs : |
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Eduardo Calla est une figure incontournable du théâtre contemporain pacenien. A la fois dramaturge, acteur et metteur en scène il nous accueille chaleureusement à la Cinémathèque. Raconte-nous ton expérience ? Tout ?! (rires) J'ai une dizaine d'années d'expérience durant lesquels j'ai notamment eu l'occasion de voyager en France, en Espagne et en Argentine pour me former. J'ai commencé en tant qu'acteur, puis j'ai participé à un atelier de dramaturgie, "tintas frescas" qui a été une révélation pour moi. Quand et comment t'es venue l'envie de faire du théâtre ? Et d'écrire ? J'ai toujours su que j'avais envie d'être acteur, il n'y a pas vraiment eu de déclic. Pour l'écriture, les ateliers m'ont donné envie. D'autre part, c'était un bon compromis : allier mes études en communication et le théâtre. L'idée de créer des textes pour la scène me motivaient, d'avantage que de jouer ou de mettre en scène. Le fait que l'oeuvre et le public se rencontrent dans un même lieu m'enthousiasme. Quelles sont tes influences théâtrales ? Rodrigo Garcia, auteur argentin et Ramón Grifero, auteur chilien. Mais c'est surtout parce que j'ai eu l'occasion de les étudier. Sinon mes influences sont multiples. A quel genre théâtrale penses-tu appartenir ? Je ne saurais pas le définir, je ne peux pas le classifier. Mais je dirais que mon théâtre est contemporain, qu'il dénonce des choses actuelles. Peux-tu nous parler de ton oeuvre en général ? Est-ce que tu as pu mettre en scène toutes tes pièces ? Est-ce que tu as un thème de prédilection ? Ce qui caractérise mes pièces, c'est qu'elles ne sont jamais linéaires. Le discours politique est toujours sous-entendu même s'il n'est pas forcément évident au premier abord. Esthétiquement, je n'aime pas qu'il y ait trop d'artifices. Jusqu'à présent, j'ai toujours eu la chance de pouvoir mettre en scène mes pièces, oui. Mon thème de prédilection est sans aucun doute la parole, en utilisant la déstructuration du discours pour dénoncer la difficulté de communiquer et celle d'établir des relations humaines, le danger de mettre des gens dans des cases, de les étiquetter. Nous avons vu "Smell. Yo no soy este típo de gente", peux-tu nous parler de cette pièce, quel type de message veux-tu faire passer ? C'est une pièce qui parle de la difficulté de ne pas être charismatique. Elle est comme une réponse à ma pièce précédente, dans laquelle le personnage parlait trop. Ici il y a beaucoup plus de silences. Elle est aussi beaucoup plus pessimiste, cela parle d'une certaine époque, où tout change. C'est une oeuvre transitoire, qui dépend entièrement du public. Les acteurs réagissent en fonction des spectateurs. Il s'agit pour eux d'être stupide sur scène et de l'assumer. Cela implique que le public comprenne les codes de jeu. Est-ce que tu pensais déjà à la mise en scène en écrivant la pièce ? Et aux acteurs ? A la mise en scène non, pas du tout. Par contre j'avais déjà une idée pour certains des comédiens. Le fait que la mise en scène soit si sobre, était-ce un choix ? Parle-nous du choix des lumières (éclairage rouge, néons)? Oui c'était un choix. Je voulais créer une ambiance plus que réaliser un décor. Les lumières, l'odeur (un des acteurs était tout le temps en train de se parfumer) génèrent une ambiance particulière, un peu baroque. Je cherche aussi surtout à déconstruire le jeu scénique avec un minimum de décor. Pour être en rupture avec le théâtre tel qu' | | |